Côté drone gendarmerie, le Sénat donne l’échelle : 1 350 appareils recensés en mai 2026, environ 1 200 télépilotes, 21 030 heures de vol en 2025. Ces drones cherchent des disparus, surveillent frontières et rassemblements. Pour filmer en prévention ou en secours, il faut une décision écrite du préfet, et les images sont gardées sept jours au plus, hors procédure.
Reste à savoir ce qu’un drone de la gendarmerie fait vraiment, comment on devient télépilote sous l’uniforme et ce qu’il n’a pas le droit de filmer. Les règles communes aux forces de l’ordre sont dans notre article sur ce que la loi autorise aux policiers et aux gendarmes.
Drone gendarmerie : un parc rangé en trois familles
La gendarmerie vole depuis 2015 pour ses missions courantes, d’après son magazine Gendinfo. En avril 2024, les services de l’État dans les Hautes-Alpes parlaient d’environ 600 appareils ; le rapport du Sénat déposé le 30 juin 2026 en compte 1 350. Les sources diffèrent, mais le parc du drone gendarmerie a visiblement grossi. Le Sénat le range en trois familles.
| Famille | Masse habituelle | Emploi |
|---|---|---|
| Drones « du quotidien » | moins de 4 kg | observation d’une zone réduite, sûreté immédiate des personnels |
| Drones spécialisés | plus de 4 kg | police judiciaire, montagne, surveillance d’aérodromes, recherche |
| Capacité nationale | plus de 25 kg | opération planifiée ou événement majeur |
Le nouveau venu du drone gendarmerie s’appelle DT46. Ce drone à voilure fixe conçu par Delair, l’un des fabricants français, pèse 30 kg pour 5 mètres d’envergure. Deux unités le mettent en œuvre depuis peu : la Cellule d’appui drone de Guadeloupe, créée le 1er août 2026 contre les trafics maritimes, et la Section d’appui drone d’Amiens, créée le 1er septembre 2026 contre l’immigration irrégulière en Manche et en mer du Nord.
L’activité suit. Selon les réponses de la direction générale de la gendarmerie, citées par le Sénat, ses drones ont totalisé 21 030 heures de vol en 2025, contre 3 775 en 2019, et pour la première fois plus que les hélicoptères (17 004 heures). Le rapporteur tempère : une heure de micro-drone ne produit ni les mêmes effets ni les mêmes coûts. Un drone ne transporte personne, ne treuille pas, dépend de ses batteries et de la météo, et peut être brouillé.
Ce que fait un drone de la gendarmerie sur le terrain

La fiche métier de la gendarmerie raconte une journée type : vérification du matériel, météo, puis une recherche de personne disparue, caméra thermique au-dessus d’un bois, source de chaleur repérée, coordonnées GPS transmises au sol. Ce récit sert à recruter, donc il flatte, mais la mission existe : notre article sur la recherche et le sauvetage par drone en donne la méthode.
En montagne, regardez les Hautes-Alpes (page mise à jour le 11 avril 2024) : 4 télépilotes et 2 drones pour le groupement départemental. Ils pratiquent la photogrammétrie, peuvent modéliser une scène de crime en 3D, et un drone de la gendarmerie peut enjamber une falaise pour passer une drisse à des personnes en difficulté, de quoi monter une tyrolienne. Toujours sur autorisation du préfet, précise la page. Le peloton de haute montagne de Briançon dispose aussi de Lifeseeker, un équipement embarqué qui repère les téléphones allumés sur une zone.
Sur la côte, le drone de la gendarmerie change de rôle. À Calais, face à l’immigration illégale, la compagnie compte onze télépilotes pour plus de 45 kilomètres de littoral. « Un drone permet de couvrir une surface d’un kilomètre carré en 15 minutes », explique l’adjudant Maxime, télépilote et instructeur, dans Gendinfo (9 février 2026). Il admet aussi les limites de la thermique : l’été, les troncs d’arbres restituent la nuit la chaleur du jour et peuvent passer pour des corps à l’écran.
Sur un grand événement, le drone gendarmerie se compte en dizaines. La gendarmerie dit n’avoir jamais engagé autant de drones et d’hélicoptères qu’au sommet du G7 d’Évian, du 15 au 17 juin 2026 : 70 drones, du Mini 5 Pro de moins de 250 grammes, confié aux escadrons mobiles, au DT46 qui tenait la durée de nuit au-dessus du lac. Un détail parlera à tout télépilote : si le GIGN annonce une reconnaissance à basse altitude, tous les drones ont ordre de se poser le temps du vol.
La même institution traque aussi les drones des autres : 51 systèmes de lutte et 3 300 militaires formés, d’après le Sénat (voir qui a le droit de détecter et de neutraliser un drone).
Devenir télépilote gendarmerie : le concours passe d’abord
La fiche métier ne prévoit qu’une entrée, le concours de sous-officier (SOG), et aucun brevet de drone ne figure parmi les conditions. Le parcours du télépilote gendarmerie se lit dans le récit de Michaël, à Briançon, et sur la page du recrutement.
- Réussir le concours : nationalité française, bac ou niveau 4 du RNCP, journée de défense citoyenne faite, 17 à 35 ans au 1er janvier de l’année. Deux sessions par an au plus.
- Suivre douze mois de formation : huit en école, quatre sur le terrain, payés 1 635 euros nets en internat.
- Servir en unité. Il faut en général quatre ans d’expérience pour une spécialité ; la page ne cite pas le télépilote gendarmerie, et de bons résultats peuvent ouvrir une unité spécialisée dès la sortie d’école.
- Répondre à un appel à volontaires. Michaël, venu de la gendarmerie mobile, a passé des tests sur la réglementation aérienne et la sécurité, puis des épreuves de pilotage et de gestion des vols.
- Obtenir le brevet. Gendinfo décrivait en mars 2018 un stage à Cazaux : cinq jours de théorie, trois sur les modèles en dotation, cinq de pilotage, et un dernier vol en autonomie complète.
- Entretenir la qualification : au moins quatre heures de vol par an et un examen annuel, selon la page des Hautes-Alpes.
D’après le Sénat, la plupart de ces 1 200 télépilotes exercent cette fonction en complément de leur emploi principal : on reste gendarme avant d’être pilote. Au 3 novembre 2026, le site annonce 2 145 euros nets en début de carrière, logement pris en charge, et des inscriptions ouvertes. Si votre projet est de voler toute la journée, la formation de pilote de drone, du A1/A3 au CATS, reste la voie la plus directe.
Drone de la gendarmerie : ce que la loi l’autorise à filmer
Pour un drone gendarmerie, tout part de l’article L242-5 du code de la sécurité intérieure. Il peut filmer pour protéger des lieux exposés aux agressions, vols ou trafics et des bâtiments publics menacés, sécuriser des rassemblements susceptibles de troubles graves, prévenir le terrorisme, réguler les flux de transport (aux seules fins d’ordre et de sécurité publics), surveiller les frontières, secourir des personnes. La loi du 18 août 2026 a ajouté les infractions routières d’une particulière gravité, en renvoyant leur liste à un décret : l’article R242-8 énumère toujours six finalités au 3 novembre 2026.
Le préfet tranche, par décision écrite et motivée. Durée : trois mois au plus, renouvelables, ou le seul temps du rassemblement. Depuis le 20 août 2026, face à un risque grave et imminent pour les personnes, l’autorisation peut être immédiate, formalisée dans l’heure, pour 72 heures au plus.
Dans les Yvelines, le groupement départemental a obtenu, sur une demande du 18 décembre 2025, une caméra sur un drone de type Mavic 2 pour le lendemain de 10 à 18 heures, à Gambais, lors d’une visite ministérielle. Dans la Loire, la compagnie de Montbrison a eu quatorze heures, les 24 et 25 octobre 2026, sur deux quartiers. Le Morbihan va plus loin : arrêté du 14 avril 2026, six aérodromes, trois mois, pour la brigade de gendarmerie des transports aériens de Brest. Le plafond existe, mais il laisse de la marge.
L’enquête judiciaire suit une autre route, celle de l’article 230-47 du code de procédure pénale : un lieu public, un crime ou un délit puni d’au moins trois ans de prison, la recherche des causes d’une mort ou d’une disparition, ou celle d’une personne en fuite. Le procureur autorise pour un mois, renouvelable une fois ; le juge d’instruction pour quatre mois renouvelables, deux ans au total.

Images et domiciles : les limites de la loi et du décret de 2023
Les interdits tiennent en peu de lignes, à l’article L242-4 : une captation jamais permanente, aucun son, aucune reconnaissance faciale, aucun rapprochement automatisé avec un autre fichier.
Un drone de la gendarmerie ne doit viser ni l’intérieur des domiciles ni, de façon spécifique, leurs entrées. S’il les voit, l’enregistrement s’arrête. Si l’arrêt n’a pas pu se faire, ces images sont supprimées sous 48 heures, sauf signalement à la justice. Le reste est conservé sept jours au plus, sans accès, hors procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire.
Le décret n° 2023-283 du 19 avril 2023 règle le détail. Un drone de la gendarmerie enregistre les images, le jour et la plage horaire, le lieu, le nom ou le numéro du télépilote. L’accès revient au commandant d’unité et aux personnels désignés et habilités. Un journal garde la trace des opérations trois ans, et la direction générale de la gendarmerie envoie d’abord à la CNIL un engagement de conformité. Le Conseil d’État a rejeté les recours contre ce décret le 30 décembre 2024.
Et vous, si vous êtes filmé ? Le public est informé « par tout moyen approprié », sauf si l’urgence ou les conditions de l’opération l’interdisent. Vous n’avez pas de droit d’opposition. Vous gardez un droit d’accès, de rectification et d’effacement auprès du responsable ; s’il est restreint pour protéger une enquête, vous passez par la CNIL. Sur sa page consacrée aux drones de sécurité publique, celle-ci recommande en plus des dispositifs sonores ou des barrières sur place.
Télépilote civil : ce que ces règles changent pour vous
Ces articles visent les services de l’État et ne vous donnent aucun rôle dans une opération de gendarmerie. Le règlement européen 2018/1139 exclut de son champ les activités de police et de recherche et sauvetage : ne déduisez pas la trajectoire d’un drone de la gendarmerie des limites de votre catégorie ouverte.
Votre obligation la plus directe est au point UAS.OPEN.060 du règlement 2019/947 : ne pas voler « à proximité ou à l’intérieur de zones où des mesures d’intervention d’urgence sont en cours », sauf autorisation des services responsables. Un accident, une recherche, un drone gendarmerie en l’air ? Vous posez le vôtre.
Les zones interdites pèsent plus lourd. L’administration peut interdire le survol pour raison militaire ou de sécurité publique (article L6211-4 du code des transports). Un survol par maladresse ou négligence expose à six mois de prison et 15 000 euros d’amende, y engager ou y maintenir votre drone à un an et 45 000 euros (article L6232-12). Pour les repérer : notre guide des zones temporaires. Les abords d’un aéroport relèvent d’un autre texte, voir les sanctions près d’un aéroport.
Reste le signalement. Au-dessus de 800 grammes, votre drone doit porter un signalement électronique ou numérique et un signalement lumineux (article L34-9-2 du code des postes, détaillé dans notre guide de conformité). L’article R20-29-2 en donne l’usage : les services de sécurité de l’État peuvent s’en servir pour identifier propriétaire et utilisateur. L’inverse ne marche pas : un drone gendarmerie employé en mission de police en est exempté.
Et les gendarmes contrôlent. La brigade des transports aériens de Pau a mené, le 28 décembre 2022, une opération à l’aéroscope et aux jumelles télémétriques dans le Parc national des Pyrénées, pour localiser le drone et surtout son télépilote. Ce jour-là, aucun drone détecté. Le contrevenant risque aussi la neutralisation ou la confiscation du drone.
Foire aux questions
Drone de gendarmerie : faut-il une autorisation pour chaque vol ?
Pour un drone gendarmerie, une même autorisation peut couvrir plusieurs interventions. En prévention ou en secours, la décision du préfet fixe la finalité, le périmètre, le nombre de caméras et la durée, jusqu’à trois mois renouvelables. En enquête judiciaire, le procureur ou le juge d’instruction autorise.
Comment devenir télépilote dans la gendarmerie ?
Réussir le concours de sous-officier (bac, 17 à 35 ans), suivre douze mois de formation, servir en unité. Le poste de télépilote gendarmerie vient ensuite, sur appel à volontaires, avec tests théoriques et pratiques, puis brevet. La plupart des télépilotes gardent leur emploi principal.
Un drone de surveillance gendarmerie peut-il filmer votre maison ?
Un drone de la gendarmerie ne doit viser ni l’intérieur de votre domicile ni, de façon spécifique, son entrée. S’il les voit, l’enregistrement s’interrompt. Si l’interruption n’a pas pu avoir lieu, les images sont supprimées sous 48 heures, sauf signalement à la justice.
Comment savoir si un drone de la gendarmerie vous a filmé ?
Cherchez l’arrêté du préfet, en général publié au recueil des actes administratifs et souvent sur le site de la préfecture. Vous pouvez demander l’accès ou l’effacement au responsable du traitement, mais les images partent au bout de sept jours au plus.
Sources
- Sénat, rapport n° 812 (2025-2026), 30 juin 2026
- Gendarmerie, fiche Télépilote de drone
- Gendarmerie, page Sous-officier sur le terrain
- Gendinfo, unités d’appui drone, 9 septembre 2026
- Gendinfo, sommet du G7, 18 juin 2026
- Gendinfo, mission LIIC, 9 février 2026
- Gendinfo, formation des télépilotes, 19 mars 2018
- Gendinfo, contrôle dans les Pyrénées, 2 janvier 2023
- Gendinfo, drones et événements sportifs, 11 septembre 2023
- Services de l’État dans les Hautes-Alpes, 11 avril 2024
- Code de la sécurité intérieure, L242-5
- Code de la sécurité intérieure, L242-4
- Code de la sécurité intérieure, R242-9 à R242-14
- Code de procédure pénale, 230-47 à 230-53
- Code des transports, L6232-12
- Code des postes et communications électroniques, L34-9-2
- CNIL, drones de sécurité publique, 5 juin 2025
- Conseil d’État, décision n° 473506 et autres, 30 décembre 2024
- Préfecture des Yvelines, arrêté BPA 25-775
- Préfecture du Morbihan, 14 avril 2026
- Préfecture de la Loire, octobre 2026
- EUR-Lex, règlement (UE) 2018/1139
- EUR-Lex, règlement (UE) 2019/947

