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Accueil Défense et sécurité publique

Drone de recherche et sauvetage : comment on retrouve une personne disparue

Sophie Par Sophie
21 octobre 2026
dans Défense et sécurité publique
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Drone muni d'un projecteur survolant un champ de maïs au crépuscule pendant une recherche (illustration)

Drone de recherche et sauvetage : comment on retrouve une personne disparue

Un drone de recherche et sauvetage a mis fin, le week-end des 17 et 18 octobre 2026, à une vraie frayeur dans l’Iowa. Près de Harcourt, rapporte le média local Iowa’s Pulse, les adjoints du shérif du comté de Webster trouvent une voiture accidentée, vide, et des dégâts tels qu’ils craignent un conducteur éjecté. Le drone décolle avec sa caméra thermique. Il repère vite le conducteur, entre deux rangs de culture. Indemne.

Belle histoire, pas un miracle. En France aussi, des drones survolent forêts, ravins et berges quand une personne disparue est signalée. Qui les pilote ? Comment balaient-ils un secteur ? Qu’est-ce qui les aveugle ? Et votre propre drone, a-t-il sa place dans une battue ?

Comment un drone de recherche et sauvetage repère une personne

Drone de recherche et sauvetage en vol au crépuscule près d’une lisière de forêt, deux secouristes en veste orange suivent l’image sur une radiocommande et une tablette (illustration)
Scène d’illustration générée par IA : un drone survole une lisière brumeuse au crépuscule pendant que deux secouristes suivent l’image au sol. Ni le lieu ni le matériel ne sont réels.

La caméra thermique ne « voit » pas une personne. Elle mesure un écart de température. Une fiche technique du département américain de la Sécurité intérieure (DHS) le résume : le capteur traduit en image l’infrarouge lointain, invisible à l’œil, et chiffre les différences de chaleur. Un corps allongé dans un champ froid ressort donc comme une tache claire, ou rouge, selon la palette.

D’où l’intérêt de voler avec deux yeux. Sur un drone thermique de secours, le capteur infrarouge détecte, la caméra visible et son zoom confirment. Les gendarmes appellent ça lever le doute : un sac, un chevreuil ou une victime ? Notre comparatif des caméras thermiques pour drone passe en revue les capteurs du marché.

Pourquoi les secours y tiennent autant ? Le DHS parle de « multiplicateur de force » : on couvre vite une grande surface avec moins de monde. La gendarmerie, dans un dossier de 2018, voyait déjà le drone comme un complément de l’hélicoptère sur les terrains escarpés. Ses hélicoptères avaient mené 1 387 recherches de personnes en 2016 ; 285 personnes avaient été retrouvées par l’action directe de l’appareil. Un drone de recherche et sauvetage ne transporte personne, en revanche. Il ne remplace ni le chien ni l’équipe à pied.

Du dernier lieu connu au quadrillage : la méthode pas à pas

Schéma des cinq étapes d’une recherche par drone thermique, du renseignement à la transmission des coordonnées GPS, et des quatre limites de la caméra thermique
Les cinq étapes d’une recherche par drone thermique et ce qui peut la faire échouer (sources : DGSCGC, gendarmerie, DHS).

La méthode existe noir sur blanc. Le guide de doctrine opérationnelle de la Direction générale de la sécurité civile (DGSCGC), publié en septembre 2022 pour les sapeurs-pompiers, pose trois principes avant tout décollage.

D’abord, se renseigner : tout ce qui permet de reconnaître la victime et de comprendre le contexte. La fiche officielle sur la disparition d’un adulte liste ce que la famille doit fournir : photo récente, vêtements portés, véhicule, téléphone, habitudes, problèmes médicaux. Une veste rouge se repère au zoom. Un pantalon kaki, beaucoup moins.

Ensuite, partir du dernier lieu connu : l’endroit où la personne disparue a été aperçue en dernier. Enfin, avancer « de façon méthodique », sans sortir des zones de vol autorisées. Concrètement, on quadrille : le secteur est découpé, puis balayé bande par bande. La gendarmerie prépare la suite avec EsDROP, un programme lancé en 2024 par sa chaire de recherche HuNum : un essaim de drones à caméras thermiques, couplé à de l’intelligence artificielle, pour quadriller le secteur plus efficacement et détecter d’abord les personnes vivantes.

Quand une silhouette apparaît, le télépilote zoome, confirme, puis transmet les coordonnées GPS aux sauveteurs, et si besoin à l’hélicoptère. Le guide prévoit aussi un haut-parleur pour parler à la victime, un projecteur la nuit et le dépôt de petit matériel : bouée, eau, médicaments, couverture de survie (voir notre article sur le transport de matériel d’urgence par drone). Le largage, lui, reste une « opération à haut risque ».

Et rien ne démarre sans feu vert. Le spécialiste se place sous les ordres du commandant des opérations de secours (COS), lui présente son étude météo et d’espace aérien ; c’est le COS qui valide le vol.

Canopée, sol chaud, météo : là où le drone thermique cale

Premier piège, le plus contre-intuitif : ni le verre ni l’eau. La fiche du DHS est formelle, la thermographie ne voit pas à travers. Une personne restée dans un véhicule aux vitres fermées, ou tombée à l’eau, n’apparaît pas comme une silhouette chaude.

Deuxième piège, la forêt. Les feuilles arrêtent l’infrarouge lointain : sous une canopée épaisse, le drone thermique mesure surtout leur température. Une lisière, une clairière, un sous-bois clairsemé laissent passer une partie de la signature ; un couvert fermé la masque. Le DHS cite pourtant la recherche d’animaux « dans un feuillage dense ». Tout dépend de l’épaisseur, et c’est là que le chien reprend la main.

Troisième piège, la chaleur du décor. Un rocher, une route ou un champ chauffés tout l’après-midi restent tièdes à la tombée du jour : l’écart avec un corps se réduit. L’aube et la nuit donnent en général les images les plus contrastées.

Reste la météo, détaillée sans détour par le guide de la DGSCGC. Brouillard, brume ou nuages bas font perdre la référence au sol : le vol s’arrête. La pluie perturbe le drone et la caméra. Un orage interdit tout décollage, avec des turbulences sévères possibles dans un rayon de 20 à 40 km. Le froid fatigue les batteries ; une forte activité géomagnétique (indice Kp) peut, elle, dérégler le GPS. Même le télémètre laser du DJI Matrice 4T peut perdre en performance sous la pluie ou dans le brouillard, de l’aveu du fabricant.

Et l’autonomie ? En 2018, la gendarmerie parlait de 30 minutes. DJI annonce aujourd’hui 49 minutes au maximum pour ce modèle, mesurées sans vent. Sur une recherche de plusieurs heures, un drone de recherche et sauvetage vit au rythme de ses batteries.

En France, qui pilote un drone de recherche et sauvetage ?

Quand un adulte disparaît dans des circonstances inquiétantes, l’enquête revient à la police ou à la gendarmerie, sous la supervision du procureur. Aucun délai minimum n’est exigé avant de les prévenir. Le drone arrive alors aux côtés des hélicoptères et des équipes cynophiles, comme lors de deux disparitions dans le Finistère et la Drôme en novembre 2024.

Pour les forces de l’ordre, les caméras aéroportées relèvent de l’article L. 242-5 du code de la sécurité intérieure, qui cite parmi ses finalités le secours aux personnes. Il faut une autorisation écrite et motivée du préfet, trois mois au plus, sur un périmètre strictement nécessaire. Depuis une loi du 18 août 2026, une procédure d’urgence permet d’autoriser le vol par tout moyen, à formaliser dans l’heure, pour 72 heures au maximum. Voir notre article sur ce que la loi autorise aux forces de l’ordre.

Ce cadre reste fragile. Selon une question écrite du député de Haute-Savoie Antoine Valentin, publiée le 22 septembre 2026, le juge des référés de Grenoble aurait suspendu le 11 septembre l’autorisation préfectorale qui permettait à la gendarmerie du département d’utiliser des drones pour chercher une personne disparue en montagne. Motif avancé : un arrêté couvrant tout le département pendant trois mois, jugé disproportionné. Le principe, lui, n’aurait pas été remis en cause. Détail qui compte : cet arrêté datait du 14 août, quelques jours avant la loi créant la procédure d’urgence. Le ministère n’avait pas répondu au 21 octobre.

Chez les secours, l’article L. 242-6 autorise sapeurs-pompiers, marins-pompiers, unités de la sécurité civile et membres des associations agréées de sécurité civile à filmer « en tous lieux » pour le secours aux personnes. Pas de son, pas de reconnaissance faciale, des images effacées au bout de sept jours. Pour les associations, la CNIL précise qu’il faut l’agrément de type A, celui des opérations de secours.

Côté aérien, selon une réponse ministérielle publiée le 3 mars 2026, le cadre national des drones des services d’incendie et de secours est tombé le 1er janvier 2026, et le Gouvernement les fait passer sous la réglementation aéronautique de l’État. Nous l’expliquons dans notre dossier sur les flottes de drones des pompiers.

Votre drone peut-il aider ? Ce que la loi permet à un particulier

Réponse courte : pas de votre propre initiative. Le règlement européen qui encadre vos vols interdit de voler « à proximité ou à l’intérieur de zones où des mesures d’intervention d’urgence sont en cours », sauf autorisation des services d’intervention d’urgence responsables (point UAS.OPEN.060 du règlement d’exécution (UE) 2019/947).

La raison tient en un mot : l’hélicoptère. Un appareil de la gendarmerie ou de la sécurité civile peut voler très bas au-dessus d’une zone de recherche, et un drone non annoncé y devient un danger. Même les télépilotes des pompiers doivent céder le passage à tout aéronef habité. Une recherche suspendue à cause d’un curieux ? Le scénario à éviter.

Deuxième obstacle, l’heure. En France, en catégorie ouverte, le vol de nuit est interdit, rappelle la DGAC. Une dérogation du préfet existe, mais elle se demande au moins 30 jours avant : inutile pour une disparition signalée la veille. Le vol de nuit au profit des secours reste donc l’affaire des services publics (voir les règles du vol de nuit en drone).

Troisième obstacle, les personnes au sol. En sous-catégorie A1, le survol n’est toléré qu’avec un drone de moins de 250 g (C0) ou, accidentellement, avec un C1 ; en A2, il faut rester à 30 m (5 m en mode basse vitesse) ; en A3, à 150 m. Jamais au-dessus d’un rassemblement, ce que devient vite une battue. Pour revoir ces règles, consultez notre point sur la réglementation européenne en catégorie ouverte.

Alors, que faire ? Appelez le 17 ou le 112 si vous avez une information. Proposez votre aide au poste de commandement : le COS décide, et un refus n’a rien de vexant. Si l’envie est sérieuse, devenez télépilote bénévole dans une association agréée. Le ministère de l’Intérieur publie la liste des associations agréées de sécurité civile : Croix-Rouge, Protection civile, Ordre de Malte, Fédération française de spéléologie, SNSM… Un télépilote bénévole y trouve formation, procédures et assurance. Franchement, c’est la seule porte d’entrée qui tienne.

Iowa, Caroline du Sud : ce que racontent les recherches américaines

Retour à Harcourt. Le drone de recherche et sauvetage du comté de Webster n’est pas tombé du ciel : le procès-verbal de la commission de gestion des urgences du 16 janvier 2020 mentionne trois devis de drones à caméra thermique, financés par un don du pipeline Dakota Access, et une motion d’achat. Le bureau du shérif n’a pas dit quel appareil a volé, note DroneXL.

Plus au sud, la Carolina Emergency Response Team, association de bénévoles de Charleston, dit participer à des recherches de personnes disparues avec ses drones. Le 17 octobre au soir, sa cellule drone s’est entraînée sur un DJI Matrice 4T neuf, rapporte DroneXL. Interrogée sur Facebook à propos de « l’interdiction » de DJI, l’équipe a répondu qu’elle n’était pas une agence gouvernementale et a dénoncé un excès de pouvoir.

Interdiction, vraiment ? Pas encore. Depuis le 22 décembre 2025, la FCC inscrit les drones fabriqués à l’étranger sur sa Covered List : les nouveaux modèles ne peuvent plus être autorisés, mais ceux déjà autorisés restent importables, vendables et utilisables, précise la foire aux questions de la FCC. En juillet 2026, ses services ont proposé de bloquer aussi l’importation des drones étrangers dits « de qualité militaire », dont ceux à imagerie thermique, sans toucher aux appareils déjà achetés. Nous avions analysé la première étape dans DJI interdit aux États-Unis.

Pourquoi ce modèle revient-il partout ? La fiche technique du DJI Matrice 4T annonce une caméra thermique de 640 × 512 pixels à 30 Hz, un zoom hybride 112x, un télémètre laser portant à 1 800 m, un éclairage infrarouge et 1 219 g au décollage. Des données de constructeur, à prendre comme telles. En Europe, rien n’interdit son achat, comme le montrent les secouristes de montagne autrichiens ci-dessous.

Vidéo en allemand (DJI Enterprise, 15 mai 2025, 5 min 47) : le secours en montagne autrichien présente son usage du DJI Matrice 4T pour retrouver des personnes disparues. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Foire aux questions

Un drone thermique voit-il à travers les arbres ?

Pas vraiment. L’infrarouge lointain ne traverse pas un feuillage épais : sous une canopée dense, la caméra mesure surtout la chaleur des feuilles. Une trouée ou une lisière laissent passer un peu de signal. Pour retrouver une personne disparue en forêt, le drone complète donc les équipes au sol et les chiens, sans les remplacer.

Puis-je voler de nuit pour aider des recherches ?

Non, sauf demande des secours. En catégorie ouverte, le vol de nuit est interdit en France, et la dérogation préfectorale se demande au moins 30 jours avant. Surtout, le règlement européen interdit de voler près d’une intervention d’urgence sans l’autorisation des services qui la dirigent.

Comment devenir télépilote bénévole pour les secours ?

En rejoignant une association agréée de sécurité civile, dont le ministère de l’Intérieur publie la liste. Pour utiliser des caméras sur drone en opération de secours, l’association doit détenir l’agrément de type A. Elle forme ses membres et les engage à la demande des autorités.

Quel drone utilisent les équipes de recherche ?

Beaucoup d’équipes volent avec un DJI Matrice 4T ou un appareil comparable. Ce qui fait un bon drone de recherche et sauvetage, c’est le couple caméra thermique et caméra visible, l’autonomie et surtout la formation du télépilote. Aucun modèle n’est imposé en France.

Sources

  • Légifrance, code de la sécurité intérieure, article L. 242-5
  • Légifrance, code de la sécurité intérieure, article L. 242-6
  • Légifrance, code de la sécurité intérieure, article L. 725-1
  • EUR-Lex, règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée
  • DGAC, exploitation de drones en catégorie ouverte
  • DGSCGC, guide de doctrine des appareils télépilotés (2022)
  • Ministère de l’Intérieur, associations agréées de sécurité civile
  • CNIL, les caméras aéroportées (annexe 4)
  • Gendarmerie nationale, recherches par moyens aériens
  • Gendarmerie nationale (CRGN), programme EsDROP
  • Assemblée nationale, question écrite n° 18388
  • Assemblée nationale, question écrite n° 11412
  • Service-public.gouv.fr, disparition d’un adulte
  • DHS, Thermal Imaging Technology
  • FCC, Covered List et drones (FAQ)
  • FCC, avis public DA 26-758
  • Comté de Webster (Iowa), procès-verbal du 16 janvier 2020
Lu 7
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Sophie suit l'innovation : micro-drones, électronique embarquée, résistance au brouillage, nouveaux usages industriels et de livraison. Elle s'intéresse aussi à la navigation aérienne, des itinéraires VFR de nuit aux espaces temporaires, et à ce qu'elle implique pour les drones. Elle aime expliquer simplement comment fonctionnent les technologies qui font l'actualité. Au-delà de ces sujets, Sophie couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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