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Accueil Drones professionnels

Cubature par drone : mesurer un stock ou un déblai sur un chantier

Jacques Par Jacques
21 octobre 2026
dans Drones professionnels
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Drone survolant un chantier de terrassement, engins et talus en contrebas, avant un calcul de volume (illustration)

Cubature par drone : mesurer un stock ou un déblai sur un chantier

Une cubature par drone tient en une soustraction : la surface d’un tas de gravier, d’une fouille ou d’une plateforme, moins la surface sur laquelle on décide de la mesurer. Le drone fournit la première en quelques minutes de vol. La seconde, c’est vous qui la choisissez. Et c’est là que les mètres cubes se gagnent ou se perdent.

L’occasion d’en reparler vient de SkyeBrowse. Le 21 octobre 2026, DroneDJ a détaillé la nouvelle panoplie chantier de l’éditeur américain : jusqu’à dix relevés d’un même site comparés sur une frise, un calcul de déblai remblai contre une surface projet, un inventaire des stocks et un contrôle sur points d’appui (GCP). Pix4D et DJI Terra savent déjà faire l’essentiel, mais l’annonce tombe bien pour remettre la méthode à plat, jusqu’au cadre français.

Cubature par drone : ce que le modèle mesure vraiment

Cubature par drone : un drone quadrirotor survole un stock de gravier sur un chantier, une cible de point d’appui posée au sol au premier plan
Un drone survole un stock de granulats, une cible de point d’appui au premier plan. Image d’illustration.

Tout part de la photogrammétrie. Chantier, carrière ou plateforme de négoce, le principe ne change pas : le drone prend des photos qui se chevauchent, le logiciel retrouve les mêmes points d’une image à l’autre et en tire un nuage de points en 3D. Pour DJI Terra, DJI conseille 80 % de recouvrement dans le sens du vol et 70 % sur le côté, jamais moins de 65 % et 60 %. Notre dossier sur la photogrammétrie par drone reprend la technique pas à pas.

De ce nuage sort un modèle numérique de surface (MNS) : l’altitude de tout ce qui dépasse, tas, engins, arbres et base vie compris. Le modèle numérique de terrain (MNT) ne garde que le sol. Pour un stock isolé, la nuance pèse peu ; sur un terrassement où stationne une pelle, la pelle est comptée comme de la terre. L’outil Bare Earth annoncé par SkyeBrowse classe justement les points « sol » pour passer de l’un à l’autre.

Le calcul n’a rien de mystérieux. Pix4D le décrit dans sa documentation : une grille au pas de la résolution au sol (le GSD, distance au sol entre deux pixels), et une colonne par cellule. Chaque cellule vaut GSD × GSD × (altitude du terrain − altitude de la base) ; au-dessus de la base, c’est du déblai, en dessous du remblai. Avec un GSD de 2 cm, un tas de 1 000 m² au sol représente déjà 2,5 millions de colonnes. Bref, le calcul de volume, drone ou pas, ne vaut que ce que valent les deux surfaces.

La surface de référence, là où deux volumes divergent

Deux prestataires font la même cubature par drone, le même matin, et rendent deux chiffres différents. Aucun ne s’est forcément trompé : ils n’ont pas posé la même base. Pour reconstruire le sol caché sous un tas, la liste annoncée par SkyeBrowse est représentative : pied du tas triangulé, plan ajusté au mieux, plan moyen, point le plus bas, surface personnalisée.

Le choix n’est pas anodin. Sur une aire en pente, la base « point le plus bas » ajoute au stock tout le terrain naturel compris entre ce point et le pied réel du tas. Et quelques centimètres suffisent : pour 2 000 m² au sol, une base posée 5 cm trop bas ajoute 100 m³. D’où une exigence à inscrire dans tout cahier des charges, la méthode de base écrite noir sur blanc à côté du volume.

Pour un calcul de déblai remblai, la base devient une surface connue : l’état initial du terrain, relevé avant travaux, ou la surface projet du bureau d’études. SkyeBrowse importe celle-ci en LandXML, DXF ou GeoTIFF, puis affiche une carte de chaleur, les volumes restant à déblayer ou à remblayer et le solde. PIX4Dmatic compte le calcul de volume sur LandXML parmi ses nouveautés de 2025.

Schéma du calcul de volume par drone : modèle numérique de surface, surface de référence, colonnes de déblai et de remblai, méthodes de base et contrôle de précision
Du vol au volume : MNS, surface de référence et contrôle sur points indépendants.

Reste le tonnage. Le drone mesure des mètres cubes ; pour obtenir des tonnes, il faut une masse volumique par matériau, que l’inventaire de SkyeBrowse laisse saisir tas par tas. Ce chiffre vient de vous (ou du laboratoire), jamais du vol. Si le tonnage ne colle pas avec le pont-bascule, c’est la première valeur à vérifier.

Points d’appui GCP, RTK ou PPK : d’où vient la précision

Un modèle peut être juste en interne (la distance entre deux objets) et décalé sur la carte. SkyeBrowse chiffre, sur son propre site, l’erreur absolue d’un drone à GPS standard à 1 à 3 m, et à 2 à 5 cm avec un drone RTK sans cible au sol. Pour une cubature par drone isolée, la cohérence interne suffit souvent. Pas pour comparer deux vols ou caler le modèle sur un plan projet.

En photogrammétrie, chantier ou carrière, les points d’appui (GCP), des cibles mesurées au GNSS, calent le modèle. Les points de contrôle, mesurés de la même façon mais laissés hors du calcul, le vérifient. Attention au vocabulaire : en français, DJI Terra appelle les premiers « points de contrôle » et les seconds « points de vérification ». Le RTK (corrections en temps réel) et le PPK (corrections après le vol) réduisent le besoin de cibles sans le supprimer, comme l’explique notre article sur le RTK pour télépilotes.

Encore faut-il chiffrer l’écart. Aux États-Unis, la norme fédérale NSSDA demande au moins 20 points de contrôle et exprime la précision verticale à 95 % par 1,96 × RMSEz (l’erreur quadratique moyenne en altitude) : un RMSEz de 2 cm donne 3,9 cm. Le nouvel outil GCP de SkyeBrowse sort ces indicateurs (écarts en X, Y et Z, RMSE, biais, NSSDA) et rend un verdict selon votre tolérance, sans retoucher le modèle.

Piège classique en France : les hauteurs. Le GNSS donne des hauteurs au-dessus de l’ellipsoïde, alors que la référence altimétrique légale en métropole est le NGF-IGN69. L’IGN publie le modèle RAF qui fait le pont, mis à jour en janvier 2021 avec le RGF93 v2b. Sur un tas mesuré à son propre pied, un décalage vertical constant ne change rien. Contre une surface projet en NGF, il fausse tout le bilan déblai remblai.

Pour une cubature par drone commandée par un maître d’ouvrage public, le décret n° 2000-1276 fixe en plus le système national de référence (ETRS89, EVRS), et son article 4 renvoie à un arrêté sur les niveaux de précision. Notre liste de contrôle de la topographie par drone reprend ces livrables.

SkyeBrowse, Pix4D, DJI Terra : qui calcule quoi

Commençons par la nouveauté. D’après DroneDJ, Timelines aligne jusqu’à dix relevés d’un même site sur une frise ; si un relevé s’écarte d’environ 10 cm (4 pouces) ou plus, le logiciel fait pointer trois points communs. S’y ajoutent le déblai remblai contre surface projet, des profils en travers (CSV, DXF, PDF), l’inventaire de plusieurs stocks en une passe et l’outil GCP. Le tout sur les modèles Pro, à 49,99 dollars pièce selon la grille tarifaire, et dans les offres Public Safety et Enterprise.

Une réserve : au matin du 21 octobre, le journal des versions de SkyeBrowse s’arrêtait au 9 octobre, sans un mot sur ces outils. Tout vient donc de l’annonce relayée par DroneDJ. L’éditeur, lui, part d’une vidéo continue, grâce à une vidéogrammétrie brevetée décrite sur sa page de présentation, et affiche 0,5 pouce de précision (environ 1,3 cm) en Commercial et Pro. Chiffre d’éditeur, à recouper avec vos propres points de contrôle.

Pix4D faisait déjà presque tout cela. PIX4Dcloud, dans sa formule Pro, compare les volumes dans le temps, suit l’avancement du chantier et superpose des plans DXF ou IFC. PIX4Dsurvey mesure le volume d’un tas adossé à un mur ou coincé dans un angle, le cas typique du hangar de stockage. En clair, SkyeBrowse rattrape plus qu’il n’invente, avec un argument : tout faire dans le navigateur, sans aller-retour vers la CAO.

DJI Terra reste le choix naturel d’une flotte DJI. Sa version 5 ajoute le Gaussian Splatting, mais pour une cubature par drone l’intérêt est ailleurs : MNS, mesure de volumes, points de contrôle, PPK et plus de 8 500 systèmes de coordonnées. Pour un petit tas, un drone de la gamme Mini peut voler une mission de photogrammétrie (voir notre guide UgCS et Litchi), à condition de caler le modèle sur des cibles. À l’autre bout, le WingtraRAY, annoncé en classes C3 et C6, vise les grandes emprises.

Vidéo en anglais (PIX4D Training, chaîne de formation de Pix4D, 4 juin 2026, 1 min 17) : calculer des volumes dans PIX4Dmatic. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Prestation de cubature par drone en France : le cadre

Avant la première cubature par drone, l’exploitant s’enregistre sur AlphaTango, rappelle la page officielle sur la catégorie spécifique. Ensuite, tout dépend du lieu. En catégorie ouverte, la sous-catégorie A2 exige un drone C2, le brevet d’aptitude de pilote à distance et 30 m avec toute personne étrangère au vol (5 m en mode basse vitesse), selon le règlement (UE) 2019/947 consolidé. L’A3 impose 150 m avec toute zone résidentielle, commerciale, industrielle ou récréative : un chantier urbain n’y entre pas.

La France ajoute sa notion de zone peuplée : une agglomération portée sur les cartes aéronautiques du SIA (ou moins de 50 m autour), ou moins de 150 m d’un rassemblement de personnes. Le guide DSAC de la catégorie spécifique (mars 2026) impose alors une déclaration en préfecture avec un préavis de 10 jours ouvrables, sur AlphaTango ou par Cerfa 15476. Sans réponse, le vol est réputé autorisé, mais la préfecture peut l’interdire. Un exploitant peut ainsi voler en zone peuplée en catégorie ouverte pour son activité professionnelle (voir notre article sur l’arrêté Espace en agglomération).

Hors de ces cases, place à la catégorie spécifique. Le STS-01 couvre les vols en vue, à 120 m au plus, au-dessus d’une zone contrôlée au sol en environnement peuplé (plus de 250 habitants au km²), avec un drone C5. Le STS-02 autorise le hors vue jusqu’à 1 km en zone peu peuplée, avec un drone C6. Les scénarios nationaux S-1 à S-3 ont disparu le 1er janvier 2026. Un drone non classé C5 peut passer par le PDRA-S01, sur autorisation de la DSAC. Détails dans notre point sur les scénarios standard européens.

La zone contrôlée au sol doit rester vide de tiers, quitte à la baliser ou à la clôturer : sur un chantier déjà fermé, le travail est à moitié fait. Deux points encore. La captation d’images est interdite dans les zones ZICAD (article D. 133-10 du code de l’aviation civile, liste fixée par un arrêté du 26 juin 2024). Et le télépilote est de plein droit responsable des dommages causés aux personnes et aux biens à la surface (articles L. 6131-1 et L. 6131-2 du code des transports). L’assurance n’a rien d’un détail.

Chantier, carrière : organiser les relevés

En carrière, la cubature par drone répond à une obligation écrite. L’article 15 de l’arrêté du 22 septembre 1994, dans sa version du 10 juillet 2026, exige pour chaque carrière à ciel ouvert un plan portant les bords de la fouille et les courbes de niveau ou les cotes des points significatifs, mis à jour au moins une fois par an. Un vol annuel nourrit ce plan ; des vols plus fréquents suivent chaque stock, carrière par carrière, au rythme des expéditions.

Sur un chantier, tout repose sur l’état zéro : le terrain naturel relevé avant le premier coup de pelle, calé sur les mêmes points d’appui (GCP) que tous les relevés suivants. Sans lui, pas de bilan déblai remblai fiable. SkyeBrowse le reconnaît : empiler des vols sans GCP peut produire des modèles qui ne se superposent pas. C’est la règle de base de la photogrammétrie, chantier ou carrière : mêmes cibles, même système de coordonnées, même méthode de base d’un vol à l’autre.

Le jour J d’une cubature par drone, garez les engins hors de la zone mesurée (le MNS les compte), volez par temps clair et contrôlez la netteté des images avant de partir, comme le recommande DJI. Puis livrez un rapport complet : date, drone, GSD, surface de référence, masse volumique, écarts sur les points de contrôle. Autres usages du secteur : notre panorama des drones dans la construction et le BTP.

Foire aux questions

Quelle précision attendre d’une cubature par drone ?

Elle dépend du GSD, du calage et surtout de la surface de référence. SkyeBrowse chiffre à 2 à 5 cm l’erreur absolue d’un drone RTK sans cible au sol. Mais dans un calcul de volume, drone parfait ou non, une base posée 5 cm trop bas sous 2 000 m² ajoute 100 m³. Exigez les écarts sur des points de contrôle indépendants.

Faut-il des points d’appui GCP avec un drone RTK ?

Pas forcément pour caler le modèle, puisque le RTK ou le PPK fournissent déjà une position centimétrique. Gardez quand même quelques points de contrôle mesurés au GNSS : ils n’entrent pas dans le calcul, ils prouvent la précision. Aux États-Unis, la norme NSSDA en demande au moins 20 pour annoncer une précision à 95 %.

Faut-il une autorisation pour une cubature par drone en ville ?

Un vol en zone peuplée se déclare à la préfecture 10 jours ouvrables à l’avance, via AlphaTango. En catégorie ouverte, l’A2 demande un drone C2 et 30 m avec les tiers. Sinon, le STS-01 (drone C5, zone contrôlée au sol) se déclare ; tout autre montage passe par une autorisation de la DSAC.

Peut-on convertir le volume en tonnes ?

Oui, avec une masse volumique par matériau. Une cubature par drone donne un volume apparent, que le logiciel multiplie par la valeur que vous lui fournissez ; SkyeBrowse, par exemple, permet de la saisir tas par tas. Si le tonnage s’écarte des pesées, vérifiez d’abord cette valeur, puis la surface de référence.

Sources

  • Règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée du 1er mai 2025 (EUR-Lex)
  • Exploitation de drones en catégorie spécifique, ministère de la Transition écologique (mise à jour du 13 juillet 2026)
  • Guide DSAC sur la catégorie spécifique, mars 2026 (DGAC)
  • Décret n° 2000-1276, article 1 (Légifrance)
  • Décret n° 2000-1276, article 4 (Légifrance)
  • Arrêté du 22 septembre 1994 relatif aux exploitations de carrières, article 15 (Légifrance)
  • Mise à jour du repère de référence en France, IGN, janvier 2021
  • FGDC-STD-007.3-1998 (NSSDA), Federal Geographic Data Committee
Lu 7
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Jacques couvre la réglementation européenne et la défense : avis de l'EASA, classes de drones, exercices militaires et lutte anti-drones. Il part des textes officiels et des communiqués pour expliquer ce qui change vraiment, sans dramatiser ni minimiser. Il s'intéresse aussi aux zones créées pour les drones d'État et à leurs effets sur les vols civils. Au-delà de ces sujets, Jacques couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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