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Accueil Législation drone

Drone 4G : piloter par le réseau mobile, ce que la règle permet en Europe

Etienne Par Etienne
21 octobre 2026
dans Législation drone
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Drone de loisir équipé d'un module cellulaire 4G posé sur un rocher, antenne-relais au loin (illustration)

Drone 4G : piloter par le réseau mobile, ce que la règle permet en Europe

Un drone 4G garde le contact avec son pilote par le réseau mobile, en plus de sa liaison radio directe. Antigravity en fait un argument de vente depuis le 20 octobre 2026 : la marque incubée par Insta360, qui fabrique le drone 360° A1, vend désormais un module cellulaire qui se clipse sur l’appareil. DJI propose déjà la même idée avec son Dongle 2 cellulaire.

Reste la question que se pose tout télépilote français : a-t-on le droit ? La réponse tient en deux étages. Côté fréquences, l’Europe a posé un cadre en 2022, la décision ECC (22)07 de la CEPT, amendée le 6 mars 2026, que la France n’applique pas encore. Côté vol, rien ne bouge : en catégorie ouverte, la vue directe reste obligatoire, réseau mobile ou pas.

Bref, la 4G sert de filet de sécurité. Pas de laisse plus longue.

Antigravity A1 et DJI : ce que l’on achète vraiment

Deux accessoires transforment aujourd’hui un drone grand public en drone 4G. Même promesse, conditions très différentes.

Le module 4G Antigravity A1

Le module 4G Antigravity A1 (nom commercial : module cellulaire 4G Antigravity) embarque une eSIM. Pas de carte à glisser, donc, mais un forfait de données distinct à acheter à part pour chaque module. Car on peut en poser deux, un sur le drone et un sur les lunettes Vision. La boutique française d’Antigravity l’affiche à 129 € seul et 147 € en « pack drone », avec une remise de lancement qui ramenait le module à 103,20 € le 21 octobre 2026.

Son rôle ? Prendre le relais en 4G quand la liaison OmniLink 360 subit des interférences, selon le communiqué. La description de la vidéo officielle va un peu plus loin : la 4G intervient dès que la liaison vidéo principale est coupée, et elle promet une portée accrue. Antigravity annonce une couverture en Chine et en Europe, Royaume-Uni compris. Les États-Unis, eux, restent à l’écart : d’après DroneXL, la boutique américaine bloque le module, sans explication du fabricant, dans un pays où la FCC a durci le ton contre les drones étrangers.

Trois réserves figurent en petit sur la fiche. Le module fait passer le drone au-dessus de 249 g. Il interdit les protections d’hélices. Et il raccourcit le vol, d’où le conseil de prendre la batterie haute capacité. Antigravity prévient aussi que les performances dépendent de la couverture 4G locale, avec latence ou décalage possibles. Pour situer le drone lui-même, notre présentation de l’Antigravity A1 reprend sa fiche.

Le dongle 4G DJI et sa transmission améliorée

Chez DJI, le dongle 4G DJI porte le nom de Dongle 2 cellulaire et coûte 149 €. Il active la transmission améliorée : la liaison vidéo O4 reste la voie principale, et la 4G garde le contrôle du drone si ce signal se dégrade derrière un obstacle ou dans les interférences. Un an de service est inclus. Ensuite, il faut s’abonner dans l’application. La carte SIM, c’est vous qui la fournissez, achetée chez un opérateur local.

La compatibilité demande un peu de lecture. La fiche française cite les Air 3 et Air 3S, le Mini 4 Pro (avec un kit de montage à 20 €) et le Mini 5 Pro, alors que le Mavic 4 Pro n’est compatible qu’en Chine. Sur le Mini 4 Pro, le dongle fait lui aussi dépasser les 249 g. DJI vend deux versions de la transmission améliorée, l’une pour la Chine continentale, l’autre pour le reste du monde, et se réserve le droit de couper le service « conformément aux lois et réglementations locales ». Franchement, cette ligne mérite d’être lue avant de payer.

L’idée n’est pas neuve. Le français Parrot présente son ANAFI Ai comme un « drone professionnel 4G ». Ce qui change, c’est l’arrivée du dongle 4G DJI et du module Antigravity sur des drones grand public, jusqu’aux modèles de 249 g, à portée des amateurs.

Vidéo en anglais (Antigravity, 20 octobre 2026, 3 min 9 s) : présentation du Follow Me Bundle, de la radiocommande et du module cellulaire 4G de l’A1. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Décision ECC (22)07 : le cadre européen des fréquences

Le droit des ondes et celui du vol avancent séparément, et c’est là que beaucoup se perdent. La décision ECC (22)07, approuvée le 18 novembre 2022 par le comité des communications électroniques de la CEPT, fixe les conditions techniques pour qu’un « aerial UE » (le terminal mobile embarqué sur un drone 4G, voire sur un hélicoptère) utilise les réseaux LTE et 5G NR. Le texte le dit noir sur blanc : ce cadre ne traite pas de la réglementation de l’aviation civile.

Il vise sept bandes déjà harmonisées pour les réseaux mobiles : 703-733 MHz, 832-862 MHz, 880-915 MHz, 1710-1785 MHz, 1920-1980 MHz, 2500-2570 MHz et 2570-2620 MHz. Dans deux d’entre elles (880-915 et 1920-1980 MHz), aucune condition ne s’ajoute à celles des téléphones. Ailleurs, des limites d’émission hors bande protègent les satellites météo et les radars, et chaque pays doit définir des zones de non-émission, par exemple autour des radiotélescopes.

Un détail parle aux télépilotes : dans la bande 703-733 MHz, le terminal ne doit pas émettre à moins de 30 m du sol, pour ne pas brouiller la TNT. Décollage et atterrissage passent donc par une autre bande.

Surtout, la décision suppose que le réseau sache distinguer un terminal aérien d’un téléphone ordinaire, par un mécanisme que l’utilisateur ne peut pas modifier, et que ce terminal relève d’un abonnement aérien. Elle a été corrigée le 7 mars 2025, puis amendée le 6 mars 2026. Les retouches restent techniques : bandes soumises aux zones de protection des radiotélescopes ramenées à 832-835 MHz, puis à 703-713,5 MHz, et mention d’une première étude sur les radioaltimètres. L’économie de la décision ECC (22)07 n’a pas changé.

Frise de la décision ECC (22)07 de la CEPT, de l’atelier de mai 2018 à l’amendement du 6 mars 2026, avec l’état de sa mise en œuvre dans les 46 pays membres, dont la France où elle est prévue
La décision ECC (22)07, de sa genèse à son dernier amendement, et sa mise en œuvre pays par pays.

En France : une mise en œuvre « prévue », des forfaits muets

En France, c’est l’Agence nationale des fréquences (ANFR) qui défend la position française au sein de l’ECC. Elle le rappelle elle-même : les décisions de l’ECC n’ont pas de caractère obligatoire, mais la France et ses voisins les appliquent, à de rares exceptions près.

Pour celle-ci, pas encore. Dans le tableau de suivi de la CEPT, la France figure en « planned », soit une mise en œuvre prévue, avec une mise à jour datée du 22 août 2024. Elle a de la compagnie. Sur 46 pays, 8 seulement déclarent appliquer le texte (Estonie, Lituanie, Slovaquie, Géorgie…), 7 le prévoient, 10 l’étudient, dont l’Allemagne et l’Italie, et la Belgique comme les Pays-Bas ne l’ont pas mis en œuvre. Le Danemark et Chypre disent attendre une décision harmonisée de l’Union européenne.

Et les opérateurs ? La CEPT notait dès 2022 qu’ils n’ont pas l’intention de planifier leurs réseaux pour ces usages aériens : les stations de base sont en général déployées pour couvrir le sol. La décision prévoit aussi qu’ils puissent identifier ces terminaux et, au besoin, en limiter la densité. Or ni la fiche d’Antigravity ni celle de DJI, qui propose pourtant un abonnement à la transmission améliorée, ne disent si leur forfait relève d’un abonnement aérien. DJI vous renvoie vers « votre opérateur de téléphonie mobile local » pour la carte SIM, point.

Notre conseil, concret : avant de glisser une SIM dans un drone 4G, posez la question par écrit à votre opérateur, conditions générales en main. Et ne comptez pas sur une couverture garantie en l’air. Personne ne vous la promet, pas même les fabricants.

Drone 4G en catégorie ouverte : la vue directe reste la règle

Pilote de drone 4G équipé de lunettes d’immersion dans un champ, une observatrice debout à ses côtés suit le drone des yeux, une antenne-relais au loin sur la colline
En immersion, l’observateur placé à côté du pilote garde la vue directe. Image d’illustration.

L’article 4 du règlement d’exécution (UE) 2019/947 ne laisse pas de marge : le pilote conserve à tout moment une vue directe sur son drone, sauf en mode suivez-moi ou avec un observateur. La définition de la vue directe parle d’un contact visuel continu « sans aide ». Un écran, des lunettes ou une image relayée par la 4G n’y changent rien. La hauteur reste plafonnée à 120 m.

Avec l’A1, qui se pilote le plus souvent aux lunettes Vision, la question se pose dès le premier vol. Le point UAS.OPEN.060 autorise un observateur qui se tient aux côtés du pilote et suit le drone à l’œil nu. C’est lui qui garde la vue directe, pas le pilote. Ce cas du vol en immersion avec observateur revient dans notre point sur ce qui change pour les drones en France. Le mode suivez-moi, lui, est limité à 50 m du pilote en sous-catégorie A1.

Concrètement, la liaison cellulaire d’un drone 4G de loisir ne sert qu’à une chose : éviter de perdre le drone quand la liaison radio flanche derrière un arbre ou un mur. C’est utile. La « portée accrue » vantée par Antigravity, en revanche, ne vous donne aucun droit d’aller plus loin que vos yeux, ou que ceux de votre observateur. Le règlement demande aussi au pilote de rester en mesure de garder le contrôle, sauf liaison perdue : la 4G réduit ce risque, elle ne touche pas à la règle. Si les sous-catégories vous semblent floues, reprenez les bases de la réglementation européenne en catégorie ouverte.

249 g, C0, C1 : le poids du module compte

Le piège du drone 4G grand public est là. Avec sa batterie standard, l’A1 pèse 249 g et sa fiche technique l’annonce en classe C0. Or le règlement délégué (UE) 2019/945 exige pour la classe C0 une masse maximale au décollage inférieure à 250 g, charge utile comprise. Avec le module 4G Antigravity A1, le drone dépasse 249 g, le fabricant le reconnaît. Et avec la batterie haute capacité qu’il recommande, l’A1 pèse déjà 291 g sans le module, une configuration qu’Antigravity classe C1.

La différence n’a rien de théorique. En sous-catégorie A1, un drone C0 peut survoler des personnes qui ne participent pas au vol (jamais un rassemblement). Avec un C1, vous devez pouvoir raisonnablement estimer qu’aucune ne sera survolée. Le C1 impose aussi une formation en ligne et un examen de 40 questions, réussi à 75 % au moins, ainsi qu’une identification directe à distance active. L’enregistrement de l’exploitant sur AlphaTango, lui, est de toute façon obligatoire pour un drone équipé d’une caméra.

Même logique pour le dongle 4G DJI : sa fiche prévient qu’il fait dépasser 249 g au Mini 4 Pro. Notre conseil : demandez au fabricant, par écrit, quelle classe couvre le drone équipé de son accessoire. La réponse décide des endroits où vous pouvez voler.

En catégorie spécifique, le drone 4G trouve sa place

Le vrai terrain de la 4G, c’est le vol hors vue des professionnels. La CEPT le reconnaît dans l’exposé des motifs de sa décision : la demande porte surtout sur les vols au-delà de la vue directe, à des fins professionnelles. Pour le principe, notre dossier sur le drone BVLOS fait le tour de la question.

Le scénario standard STS-02 autorise le vol hors vue avec un drone de classe C6, au-dessus d’une zone contrôlée au sol, dans un environnement peu peuplé. Avec des observateurs de l’espace aérien, le drone reste à 2 km au plus du pilote et à 1 km au plus de l’observateur le plus proche. Sans observateur, il suit une trajectoire préprogrammée, à 1 km au plus. Les classes C5 et C6 doivent, de leur côté, donner au pilote le moyen de surveiller en permanence la qualité de la liaison de commande et de contrôle, avec une alerte avant la coupure et une autre quand elle survient.

Les scénarios nationaux S-1 à S-3 n’existent plus depuis le 1er janvier 2026, rappelle la DGAC. Hors STS, il reste les PDRA (G01 et G02 couvrent du vol hors vue) ou une analyse de risque complète selon la méthode SORA. Dans ce dossier, l’exploitant décrit les caractéristiques techniques de son drone et leurs performances dans les conditions prévues. C’est là qu’une liaison cellulaire redondante peut peser, à condition de prouver que le réseau tient sur la zone survolée.

Un drone 4G de loisir ne vous ouvre donc pas cette porte. Un dossier bien ficelé, si.

Foire aux questions

Un drone 4G peut-il voler hors de vue en loisir ?

Non. En catégorie ouverte, l’article 4 du règlement 2019/947 impose la vue directe à tout moment, sauf en mode suivez-moi ou avec un observateur placé à côté du pilote. La 4G maintient la liaison, elle n’autorise aucun vol hors vue. Ce type de vol relève de la catégorie spécifique : déclaration selon le scénario STS-02 avec un drone C6, ou autorisation sur la base d’un PDRA ou d’une analyse SORA.

Faut-il un forfait particulier pour un drone 4G ?

Le module 4G Antigravity A1 exige un forfait de données distinct, vendu à part, et chaque module a le sien. DJI demande une carte SIM achetée chez un opérateur local et inclut un an de transmission améliorée. Le cadre européen suppose, lui, un abonnement aérien identifié par l’opérateur. Interrogez le vôtre par écrit avant de voler.

La décision ECC (22)07 s’applique-t-elle en France ?

Pas encore. Le tableau de la CEPT indique une mise en œuvre « prévue » pour la France, avec une mise à jour du 22 août 2024. Les décisions de l’ECC ne sont pas obligatoires, mais la France les applique presque toujours, selon l’ANFR. Huit pays sur 46 déclarent avoir mis celle-ci en œuvre.

Le module 4G change-t-il la classe de mon drone ?

Il peut la remettre en cause. La classe C0 exige moins de 250 g, charge utile comprise, et Antigravity comme DJI préviennent que leur accessoire fait dépasser 249 g (A1 et Mini 4 Pro). Demandez au fabricant quelle classe couvre le drone équipé avant de voler près de personnes.

Sources

  • CEPT : décision ECC/DEC/(22)07, version amendée le 6 mars 2026
  • CEPT : état de mise en œuvre de la décision ECC/DEC/(22)07
  • ANFR : la CEPT et le rôle de l’ANFR
  • EUR-Lex : règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée du 1er mai 2025
  • EUR-Lex : règlement délégué (UE) 2019/945, version consolidée du 24 juin 2025
  • DGAC : exploitation de drones en catégorie ouverte
  • DGAC : exploitation de drones en catégorie spécifique
Lu 5
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Etienne

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Etienne suit l'espace aérien pour drone-flyview.blog : zones réglementées temporaires, SUP AIP, NOTAM. Il lit les publications du SIA pour en tirer l'essentiel : où se trouve la zone, quand elle est active et ce que cela change pour un vol de drone. Son but : qu'un télépilote sache en quelques minutes s'il peut décoller, et à quelles conditions. Au-delà de ces sujets, Etienne couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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