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Accueil Drones professionnels

Drone captif : voler des heures au bout d’un câble, d’Elistair à l’ANAFI UKR

Evelyne Par Evelyne
23 octobre 2026
dans Drones professionnels
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Drone relié au sol par un câble, en surveillance au-dessus d’un grand site événementiel au crépuscule

Drone captif : voler des heures au bout d’un câble, d’Elistair à l’ANAFI UKR

Un drone captif ne redescend pas quand sa batterie faiblit, pour une raison simple : il n’en dépend plus. Un câble fin lui apporte l’énergie depuis le sol. Il tient alors des heures au-dessus du même point. Le 21 octobre 2026, le lyonnais Elistair a présenté un module filaire pour le Parrot ANAFI UKR, le micro-drone de reconnaissance du parisien Parrot. Deux industriels français, une idée : faire d’un appareil annoncé pour 38 minutes de vol un poste d’observation permanent.

Reste à trier. Le vol filaire a de vrais usages, des limites très concrètes et un cadre légal plus subtil qu’il n’y paraît : le câble ne fait pas du drone un ballon captif, ni pour Bruxelles ni pour l’arrêté français sur l’espace aérien.

Drone captif : le principe d’un drone qui ne se pose plus

Drone captif en vol stationnaire au-dessus d’un champ, relié par un câble fin à une station posée dans l’herbe (illustration)
Illustration générée par IA : un drone relié par un câble à sa station au sol. Ni le lieu ni le matériel représentés ne sont réels.

Imaginez un mât télescopique, sans le mât. Une station au sol, branchée sur le secteur ou sur un groupe électrogène, pousse du courant dans un micro-câble qui monte jusqu’à l’appareil. Celui-ci reste en vol stationnaire et filme. Plus de batterie à changer toutes les demi-heures, plus de relais entre deux drones pour couvrir une nuit.

Ce que les fabricants vendent, c’est la persistance. Elistair, fondé en 2014 par Guilhem de Marliave et Timothée Penet, revendique plus de 2 000 stations déployées par des forces de sécurité dans plus de 70 pays. Son drone filaire maison, l’Orion 2, aurait volé 50 heures d’affilée lors d’un essai de son équipe près de Lyon. Chiffre maison, invérifiable de l’extérieur, mais il dit où se déplace la limite : l’équipe au sol, la mécanique, la météo.

Le prix à payer saute aux yeux. Un drone captif ne va nulle part : il observe depuis un point fixe, dans un rayon que le câble verrouille.

Comment fonctionne un drone filaire

Trois pièces travaillent ensemble. La station convertit le courant du réseau (110 à 220 V alternatif pour la Safe-T 2) à la tension du drone et commande un treuil qui gère la longueur et la tension du câble. Le micro-câble achemine ce courant sans interruption. Le module fixé sur le drone le reçoit à la place de la batterie.

Sur le module conçu pour le drone de Parrot, le constructeur lyonnais ajoute une batterie de secours : si l’alimentation au sol tombe, elle couvre un atterrissage contrôlé. Point à vérifier sur tout système filaire. Un drone privé de courant à 50 m de haut, sans réserve à bord, ne plane pas.

La hauteur est bornée par le câble. La Safe-T 2 déroule 110 m de micro-fil et annonce des vols jusqu’à 100 m ; la Ligh-T 4, plus compacte, se contente de 70 m de fil et de 70 m d’altitude opérationnelle, pour 20 kg au total. On reste sous les 120 m de la catégorie ouverte, ce qui ne dit rien de la catégorie où vous volerez (on y revient).

Schéma du vol filaire : une station au sol alimente le drone par un micro-câble, batterie de secours à bord, hauteur limitée par le câble, chiffres des stations Safe-T 2 et Ligh-T 4
Le principe du vol filaire, avec les chiffres annoncés par Elistair et Parrot et les seuils des règlements (UE) 2019/945 et 2019/947.

Et les données ? Sur la Safe-T 2, le micro-fil transporte aussi les données à haut débit, avec une option fibre optique : en principe, plus d’émission radio à brouiller pour la vidéo. En 2022, le fabricant écrivait déjà que la liaison filaire de l’Orion 2 protège des brouillages. Pour le nouveau module, la page produit ne parle que d’alimentation. Prudence avant de lui prêter les vertus de la station haut de gamme.

Le module Elistair pour l’ANAFI UKR : ce qui est annoncé

L’ANAFI UKR, Parrot l’a présenté au salon du Bourget en juin 2025 : un quadricoptère pliable de reconnaissance, conçu pour voler sous brouillage (voir notre article sur le Parrot ANAFI UKR). Sa fiche batterie annonce jusqu’à 38 minutes de vol, mesurées à 6 m/s. Bien pour une reconnaissance, trop court pour veiller sur un périmètre toute une nuit.

Le module d’Elistair pèse 325 g et se branche sur une Safe-T 2 ou une Ligh-T 4. D’après le communiqué, l’ensemble est prêt à voler en moins de deux minutes. L’argument malin est ailleurs : on pose le drone, on décroche le câble sans outil, et il repart en vol libre.

Un détail cloche. Sur la même page, le micro-câble mesure 70 m dans l’accroche et 55 m dans la description ; la page de la Ligh-T 4 décrit, elle, un module ANAFI UKR de 500 g avec 70 m de câble. Sans doute une version antérieure, rien ne le précise. Retenez quelques dizaines de mètres et demandez la fiche technique avant de bâtir une mission sur un chiffre.

Côté industrie, la carte est française. Elistair, installé à Dardilly, conçoit et fabrique ses stations en France et opère aussi depuis la Caroline du Nord ; Parrot, fondé en 1994 par Henri Seydoux, développe ses ANAFI en Europe et les fait fabriquer aux États-Unis et en Corée du Sud. Le câble n’est d’ailleurs pas une première pour ce drone : dès juillet 2025, Parrot présentait une solution filaire d’ARASTELLE pour l’ANAFI UKR, spécialiste qui avait déjà rendu captif l’ANAFI USA en 2022. Le lyonnais arrive sur un terrain occupé, avec son parc de stations comme atout.

Vidéo d’Elistair (chaîne officielle du fabricant, 20 octobre 2026, 58 s, description en anglais) : le module qui relie l’ANAFI UKR à une station Safe-T ou Ligh-T. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Surveillance par drone captif : ce qu’on a déjà vu en France

Le terrain de prédilection du vol filaire, c’est la foule. En septembre 2018, pour la Ryder Cup au Golf national, près de Versailles, la préfecture de police et la police nationale ont employé, d’après le fabricant, un Orion d’Elistair mis en œuvre par Delta Drone. Selon son retour d’expérience, le drone a volé de jour du jeudi au dimanche, 8 à 11 heures par jour, au-dessus de 193 hectares et de 50 000 visiteurs quotidiens.

Plus parlant encore : le meeting aérien de La Ferté-Alais. Un Orion y a appuyé le SDIS 91 et la gendarmerie pour surveiller 40 000 visiteurs, les parkings et la piste, avec des images envoyées par un réseau 4G local. Il a même repéré un départ de feu près de la piste. Un drone en l’air pendant les démonstrations, sur un aérodrome actif : sans câble, l’idée ferait frémir n’importe quel directeur des vols. Pour les secours, c’est un outil de plus à côté des flottes de drones des pompiers.

Les armées s’y sont mises aussi. En mai 2022, la DGA a retenu des drones captifs Orion 2 pour surveiller ses zones d’essais de missiles : vol à 100 m pendant 24 heures et détection dans un rayon de 10 km, selon le communiqué du fabricant. En 2026, sa DroneBox filaire Khronos a participé à l’exercice ORION 2026, qui a mobilisé jusqu’à 12 500 militaires et près de 1 200 drones entre le 8 février et le 30 avril.

Pour les forces de l’ordre, la captation d’images par drone relève du code de la sécurité intérieure, câble ou pas : voyez ce que la loi autorise aux drones des forces de l’ordre.

Inspection, relais radio, télévision : les autres usages du drone filaire

L’inspection a fourni l’un des premiers cas français. En août 2016, la DGAC avait autorisé trois interventions de drones filaires du constructeur lyonnais à Roissy-Charles-de-Gaulle et au Bourget pour le Groupe ADP : deux vols d’une heure vers 20 m pour inspecter des passerelles hautes, puis sept vols de deux à trois heures, à 50-60 m, pour calibrer des aides à la navigation aérienne. Avec un lien direct vers la tour de contrôle.

Pour des inspections longues et mobiles, le câble devient un handicap, et d’autres pistes existent, comme le dirigeable d’inspection de HyLight. Le drone captif garde l’avantage quand l’objet surveillé ne bouge pas : un chantier, un site industriel, une zone sinistrée.

Moins spectaculaire, le relais de communication. Le fabricant cite la mise en place de réseaux de communication temporaires parmi les missions de ses clients : une antenne à 50 ou 100 m de haut porte bien plus loin qu’au sol, et le câble la garde en l’air aussi longtemps qu’il faut.

Côté télévision, l’exemple le mieux documenté vient de Suède. Aux championnats du monde de ski de 2019, Aerocam a relié un DJI M600 à une Safe-T pour la chaîne publique SVT : jusqu’à cinq heures de vol par jour, par -15 °C. Une grue de caméra, la grue en moins.

Aéronef captif : ce que dit la réglementation

Première idée reçue à écarter : le câble ne fait pas sortir le drone du droit commun. L’arrêté du 3 décembre 2020 sur l’utilisation de l’espace aérien par les drones, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, exclut de son champ les ballons captifs, les cerfs-volants, les fusées et les drones évoluant selon les règles de la circulation aérienne militaire. Pas les drones attachés au sol. Un aéronef captif motorisé reste soumis aux restrictions de survol (article 4), aux règles de la catégorie ouverte en agglomération (article 5) et, hors catégorie ouverte, à la déclaration préalable au préfet en zone peuplée (article 6).

Le règlement (UE) 2019/947 ne crée pas non plus de catégorie à part : ouverte, spécifique ou certifiée, tout dépend du risque. Il connaît pourtant le cas. Dans le scénario standard européen STS-01, la zone contrôlée au sol autour d’un aéronef captif se réduit à un cercle dont le rayon vaut la longueur de l’accroche plus 5 m, centré sur le point de fixation, et la limite de vitesse sol de 5 m/s ne vise que les drones non captifs.

Le règlement délégué (UE) 2019/945 va plus loin. Pour les classes C2 et C3, un UA captif doit avoir une accroche dont la longueur de traction reste inférieure à 50 m, et une résistance d’au moins dix fois sa masse maximale. En échange, il est dispensé du dispositif de rétablissement de liaison et de la liaison de commande protégée ; un C3 captif l’est même de l’identification directe à distance (rien à voir avec le signalement électronique français).

Faites le calcul : 70 m pour la Ligh-T 4, 110 m pour la Safe-T 2, 55 ou 70 m pour le module ANAFI UKR. Tout dépasse les 50 m. À notre lecture, un drone professionnel relié à ces stations relève donc, sauf cas particulier, de la catégorie spécifique. Vérifiez auprès de la DGAC avant de promettre quoi que ce soit à un client. Et lisez au passage ce qui change en 2026 dans la réglementation européenne.

Dernier point, lourd vu la clientèle d’Elistair (armées, forces de l’ordre, sécurité civile) : les drones militaires, de police, de douane ou de lutte contre l’incendie sortent du règlement de base (UE) 2018/1139 quand ils opèrent sous le contrôle de l’État. Ils relèvent de règles nationales. L’ANAFI UKR filaire d’un régiment ne vole pas sous les mêmes textes que celui d’une société de sécurité privée.

Les limites du vol filaire : ce qu’il faut savoir avant d’investir

Le drone captif n’a rien d’un couteau suisse. Il observe depuis un point fixe, à une hauteur que le câble plafonne, et il lui faut de l’énergie au sol : prise, groupe électrogène ou véhicule. La Ligh-T 4, dite compacte, pèse 20 kg pour un déploiement annoncé en moins de 5 minutes. Rien de dramatique pour une équipe de sécurité, mais on est loin du petit drone sorti du sac à dos.

Le câble impose aussi sa discipline : il ne doit rien accrocher, et il délimite physiquement la zone de vol. C’est sa force aux yeux du régulateur. Et sa contrainte sur le terrain. Quant au prix, aucun tarif n’apparaît sur la page du nouveau module. Pour un particulier, la question ne se pose guère : ces systèmes visent forces de sécurité, industriels et prestataires de surveillance.

Bref, le vol filaire complète le drone libre là où une image doit durer des heures sans trou. Le vrai test viendra des premiers retours d’utilisateurs, pas des plaquettes.

Foire aux questions

Un drone captif est-il soumis aux mêmes règles qu’un drone libre ?

Oui, à quelques allègements près. L’arrêté français sur l’espace aérien n’exclut que les ballons captifs, pas les drones attachés au sol. Côté européen, la catégorie dépend du risque. Le règlement 2019/945 allège certaines exigences pour un UA captif de classe C2 ou C3, à condition que l’accroche fasse moins de 50 m. Avec un câble plus long, comptez plutôt sur la catégorie spécifique.

Combien de temps un drone filaire peut-il rester en l’air ?

Des heures, tant que la station est alimentée. Elistair annonce des heures de vol avec son module pour l’ANAFI UKR, contre 38 minutes sur la batterie standard du drone. En pratique, la limite vient de l’équipe, de la maintenance et de la météo.

Peut-on relier n’importe quel drone à une station Elistair ?

Non, il faut un module dédié au modèle. Le fabricant en annonce pour l’ANAFI UKR, les DJI Matrice 30, 350 et 400 ou le Flir SkyRaider, entre autres, et invite à le contacter pour les autres appareils.

Le câble protège-t-il des brouillages ?

En partie, quand il transporte aussi les données. C’est le cas sur la Safe-T 2, dont le micro-fil transmet aussi les données à haut débit, avec une option fibre optique. Pour le nouveau module, le fabricant ne parle que d’alimentation : ne tenez pas la protection pour acquise sans la fiche technique.

Sources

  • Règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée au 1er mai 2025 (EUR-Lex)
  • Règlement délégué (UE) 2019/945, version consolidée au 24 juin 2025 (EUR-Lex)
  • Règlement (UE) 2018/1139, version consolidée au 2 août 2026 (EUR-Lex)
  • Arrêté du 3 décembre 2020 relatif à l’utilisation de l’espace aérien par les aéronefs sans équipage à bord, version en vigueur (Légifrance)
  • Article 1 de l’arrêté du 3 décembre 2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2026 (Légifrance)
  • ORION 2026 : les armées françaises face au combat de haute intensité (ministère des Armées)
  • ORION 2026 : le test de haute intensité (ministère des Armées)
Lu 11
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Evelyne s'intéresse aux lieux où l'on vole : spots de vol, littoral, sites naturels et patrimoine vu du ciel. Avant de recommander un endroit, elle vérifie les restrictions qui s'y appliquent, zones militaires, parcs naturels ou espaces en mer. Elle couvre aussi les zones créées pour les drones d'État le long des côtes et leurs effets sur les vols de loisir. Au-delà de ces sujets, Evelyne couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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