HyLight : le drone dirigeable français qui veut remplacer l’hélicoptère d’inspection
HyLight a annoncé, le lundi 12 octobre 2026, une levée de 13 millions d’euros. À l’échelle de l’aéronautique, la somme reste modeste. Elle finance pourtant un pari peu banal : remplacer l’hélicoptère qui inspecte les lignes électriques, les voies ferrées et les gazoducs par un dirigeable autonome, gonflé à l’hélium et propulsé grâce à l’hydrogène. Quatre appareils volent aujourd’hui. La start-up de Brétigny-sur-Orge en veut quinze en service simultané dès 2027.
Pour un télépilote, l’affaire dépasse la jolie histoire de ballon. Elle touche au marché de l’inspection de réseaux, l’un des débouchés professionnels les plus réguliers du drone, et au cadre qui conditionne tout vol hors vue en Europe. On fait le tri entre ce qui est vérifié, ce que l’entreprise affirme et ce qui reste à démontrer.
HyLight, une start-up de Brétigny qui fabrique ses propres aéronefs
L’entreprise est née en 2022. Ses trois cofondateurs se partagent les rôles sans ambiguïté : Martin Bocken dirige (CEO), Josef Rokusek pilote l’ingénierie (CTO) et Thomas Laporte s’occupe des clients (CBO). L’équipe fondatrice affiche 27 ans de moyenne d’âge, d’après le communiqué. Un article de presse cite un quatrième fondateur ; le site de l’entreprise, son investisseur principal et la Région Île-de-France n’en nomment que trois, et c’est cette version que nous retenons.
L’atelier est installé sur la base aérienne 217, à Brétigny-sur-Orge (Essonne). Ce détail compte. HyLight conçoit, fabrique et exploite elle-même ses appareils, puis analyse les données qu’ils rapportent, là où beaucoup de jeunes pousses du drone achètent un vecteur sur étagère. Passée par la promotion d’été 2023 de Y Combinator, elle a levé 3,7 millions d’euros en avril 2024. La Région l’a aussi aidée (Innov’up Leader en 2023, PM’up Jeunes pousses industrielles en 2025). L’équipe compte « une trentaine » de personnes, selon son dirigeant dans un entretien publié par la Région Île-de-France le 5 octobre 2026.
Le HyLighter, un drone dirigeable porté par l’hélium

Le HyLighter ressemble à un petit dirigeable d’environ 12 mètres, avec des hélices électriques et une nacelle de capteurs sous l’enveloppe. Le principe physique tient en une formule de Martin Bocken : « L’hélium porte, l’hydrogène propulse ». L’hélium, gaz inerte, assure la portance sans consommer d’énergie. Une pile à combustible transforme l’hydrogène embarqué en électricité pour les moteurs, avec de l’eau pour seul rejet. Un multirotor, à l’inverse, dépense la plus grosse part de sa batterie à rester en l’air.
Le constructeur annonce jusqu’à 10 heures de vol et 350 km par mission, à environ 35 km/h. La charge utile atteint 10 kg : LiDAR, caméras haute résolution, détecteurs de méthane. HyLight revendique une image à 1 mm par pixel depuis 25 mètres de hauteur et un nuage LiDAR de plus de 1 000 points par mètre carré. Ce sont des chiffres de constructeur. Prudence, donc : lors d’un vol d’essai filmé par TF1 en 2025, l’autonomie évoquée tournait plutôt autour de trois à six heures.
Autre argument, moins visible, la sécurité. En cas de panne, un dirigeable descend doucement au lieu de tomber, explique le dirigeant, et cela a pesé dans l’obtention des autorisations de vol hors vue. Un dirigeable, hydrogène dans la pile et hélium dans l’enveloppe, fait aussi bien moins de bruit qu’un hélicoptère. Josef Rokusek le soulignait lors d’un essai pour Enedis : moins de gêne pour les habitants comme pour les animaux.
Hélicoptère, multirotor ou drone dirigeable : pourquoi la lenteur paie
Sur le papier, la comparaison tient en trois chiffres. Un hélicoptère d’inspection passe à environ 100 km/h au-dessus de l’ouvrage. Un drone multirotor classique tient une trentaine de minutes en l’air. Le HyLighter avance à 35 km/h, pendant des heures. Ces ordres de grandeur viennent de Martin Bocken, pas d’un banc d’essai indépendant. Mais la logique se tient.
Ici, la lenteur devient un atout. Devant les caméras de TF1, Thomas Laporte prenait l’exemple d’une photo prise depuis un TGV lancé à pleine vitesse : elle sort floue. À une trentaine de km/h, en revanche, on distingue l’isolateur fendu, le nid d’oiseau, la branche qui frôle le câble. Et c’est exactement ce que cherchent les équipes de maintenance.
Sur le terrain de l’inspection, lignes électriques, drones multirotors et hélicoptères se partagent aujourd’hui le travail. Le multirotor garde l’avantage sur un pylône isolé ou un ouvrage d’art : il décolle, s’approche à quelques mètres, revient. Le dirigeable vise autre chose, le linéaire, des dizaines ou des centaines de kilomètres d’affilée, là où l’hélicoptère régnait faute d’alternative. HyLight y ajoute un argument carbone : jusqu’à une tonne de CO2 équivalent par heure de vol d’hélicoptère, selon son communiqué.

Enedis, SNCF Réseau, gaziers : ce que HyLight inspecte déjà
La liste publiée avec la levée cite Enedis, NaTran (l’ex-GRTgaz), Téréga, SNCF Réseau et VINCI. Dans son entretien à la Région, Martin Bocken mentionne aussi GRDF, et le site de l’entreprise affiche le logo de Suez, pour qui une décharge a été survolée en 2025. Électricité, gaz, rail : les trois grands réseaux linéaires sont représentés.
Le cas Enedis est le mieux documenté. Le 14 mai 2025, à Saint-Quentin-en-Tourmont (Somme), le distributeur a fait voler le dirigeable au-dessus d’une ligne aérienne de 20 000 volts, a rapporté France Bleu. Une première en Picardie, après un essai dans le Pas-de-Calais en 2024. L’échelle du marché saute aux yeux : rien qu’en Picardie, Enedis surveille par hélicoptère, tous les trois ans, ses 7 000 km de lignes aériennes moyenne tension. Ce qu’il en attend ? Repérer les pièces à changer et la végétation à élaguer.
Sur le rail, SNCF Réseau a testé l’appareil au-dessus d’une ligne à grande vitesse, un sujet diffusé par TF1 en juin 2025. En 2026, le HyLighter trônait à l’entrée de VivaTech, où HyLight est monté sur scène avec Altametris, qui opère des drones pour SNCF Réseau. Altametris n’en est pas à son coup d’essai : elle avait obtenu avec Flying Eye une autorisation d’exploitation hors vue pour le DJI Dock sur le réseau ferré.
Reste le volume. Rubio Impact Ventures, l’investisseur principal, écrit sur sa fiche consacrée à HyLight que ses inspections couvraient moins de 500 km l’an dernier et dépasseront 16 000 km en 2026, portées par un contrat avec Enedis. L’entreprise revendique plus de 750 heures de vol. Côté gaz, l’argument tient aux détecteurs de méthane : une fuite repérée tôt coûte moins cher, et pollue moins.
13 millions d’euros : qui finance HyLight, et pour quoi faire
Le tour de table est mené par Rubio Impact Ventures, un fonds d’impact basé à Amsterdam, qui l’écrit noir sur blanc dans son annonce du 12 octobre 2026. DRW et Teampact Ventures entrent au capital ; Y Combinator et Ring Capital remettent au pot. Le montant de 13 millions d’euros figure dans le communiqué, repris par Maddyness, et dans le titre de la vidéo publiée le jour même sur la chaîne YouTube de l’entreprise.
À quoi va servir l’argent ? D’abord à fabriquer. Un nouveau site de production est déjà en service, et la société veut internaliser davantage de composants. Ensuite à recruter : 50 personnes en ingénierie, IA et données, opérations, affaires réglementaires et développement commercial. Enfin à sortir de France, avec l’Allemagne et les Pays-Bas en tête de liste.
Le logiciel n’est pas oublié. La start-up dit identifier et géolocaliser automatiquement plus de 50 types de défauts et de risques liés à la végétation. À terme, elle rêve d’un jumeau numérique des réseaux survolés, dont les données pourraient intéresser l’assurance, l’agriculture ou la gestion des territoires.
Passer de quatre à quinze appareils exploités en même temps en 2027 revient presque à quadrupler la flotte en un an. Franchement ambitieux. Le juge de paix sera commercial : il faudra que les gestionnaires de réseaux transforment leurs essais en contrats de volume. Chez Enedis, du moins, les premiers signaux vont dans ce sens.
Catégorie spécifique : le cadre de vol d’un drone dirigeable en France
Un dirigeable sans personne à bord reste un aéronef sans équipage à bord, donc un drone au sens du droit européen. Il relève du règlement d’exécution (UE) 2019/947, dans sa version consolidée au 1er mai 2025. Ce texte range chaque exploitation dans l’une de trois catégories : ouverte, spécifique ou certifiée (article 3).
La catégorie ouverte est exclue d’emblée. Elle suppose, entre autres, une masse au décollage inférieure à 25 kg, un vol à moins de 120 mètres du sol et un télépilote qui garde l’appareil en vue directe (article 4). Un HyLighter qui longe une ligne sur des dizaines de kilomètres, piloté à distance, sort de ce cadre. Le vol hors vue (BVLOS) fait basculer l’opération en catégorie spécifique (article 5).
Dans cette catégorie, l’exploitant a trois portes d’entrée. Il peut déclarer un scénario standard européen (STS-01 ou STS-02, réservés aux drones de classe C5 et C6), obtenir une autorisation d’exploitation, ou détenir un certificat allégé d’exploitant d’UAS (LUC). Un dirigeable conçu sur mesure ne porte pas, a priori, de marquage C5 ou C6 : restent l’autorisation et le LUC.
En France, l’autorisation est délivrée par la DSAC, au sein de la DGAC. Elle repose sur une évaluation des risques (article 11), le plus souvent selon la méthode SORA ; la DGAC propose d’ailleurs un formulaire de demande « SORA 2.5 » sur sa page consacrée à la catégorie spécifique. L’autorité vérifie que les mesures d’atténuation sont assez robustes, puis fixe dans l’autorisation les lieux, les limites et les conditions de vol (article 12).
Deux points pèsent pour HyLight. L’expansion, d’abord : voler en Allemagne ou aux Pays-Bas avec une autorisation française impose de saisir l’autorité du pays visé, copie de l’autorisation et mesures d’atténuation adaptées au terrain local à l’appui (article 13). Les zones denses, ensuite : le survol de rassemblements de personnes figure parmi les cas de la catégorie certifiée (article 6). L’entreprise dit voler avec l’accord de la DGAC et de l’EASA, en zones rurales, périurbaines et urbaines ; son investisseur parle d’une approbation de l’EASA pour le survol de zones densément peuplées, de nuit comme de jour. Le détail de ces autorisations n’est pas public.
Dernière chose, très concrète : en France, tout exploitant, catégorie spécifique comprise, s’enregistre d’abord sur AlphaTango et tient un manuel d’exploitation. Et certains couloirs de vol hors vue font l’objet d’une zone réglementée temporaire, comme celle créée pour la surveillance de lignes ferroviaires par drones près de Courtalain.
Ce que l’arrivée de HyLight change pour les télépilotes
Faut-il y voir une menace pour les pilotes de multirotors qui vivent de l’inspection ? Pas vraiment, du moins à court terme. Le dirigeable s’attaque d’abord aux tournées d’hélicoptère sur de longues distances, un marché que le multirotor, avec sa demi-heure d’autonomie, ne savait pas servir. L’inspection fine d’un pylône, d’une toiture industrielle ou d’une éolienne reste son terrain, comme nous l’expliquions dans notre guide pour intégrer des drones en inspection industrielle.
Le signal intéressant est ailleurs. Les gestionnaires de réseaux s’habituent à acheter de la donnée aérienne plutôt que des heures de vol, et à exiger des rapports exploitables plutôt que des milliers d’images brutes. Un opérateur qui livre un diagnostic, et pas seulement des photos, prend une longueur d’avance. C’est vrai pour le dirigeable. Ça l’est tout autant pour le multirotor.
Et puis il y a l’emploi. HyLight annonce 50 recrutements, dont des profils réglementaires et opérationnels, et son équipe compte déjà un poste de télépilote chargé de la réglementation. Pour un télépilote à l’aise avec la SORA et le vol hors vue, la start-up de Brétigny devient un employeur à suivre de près.
Foire aux questions
Qu’est-ce que HyLight ?
HyLight est une start-up française fondée en 2022 et installée à Brétigny-sur-Orge (Essonne). Elle conçoit, fabrique et exploite le HyLighter, un drone dirigeable autonome qui inspecte lignes électriques, voies ferrées et gazoducs. Elle vend ensuite aux gestionnaires de réseaux les diagnostics tirés des données : défauts sur les ouvrages, végétation menaçante, fuites de méthane.
Le HyLighter vole-t-il à l’hydrogène ?
En partie. L’hélium, un gaz inerte, assure la portance de l’enveloppe. L’hydrogène alimente une pile à combustible qui produit l’électricité des moteurs, avec de l’eau pour seul rejet. Le constructeur annonce jusqu’à 10 heures de vol et 350 km par mission, à environ 35 km/h.
Combien HyLight a-t-elle levé ?
13 millions d’euros, annoncés le 12 octobre 2026, auprès de Rubio Impact Ventures (chef de file), DRW et Teampact Ventures, avec Y Combinator et Ring Capital. Ils s’ajoutent aux 3,7 millions d’euros levés en avril 2024 et aux soutiens publics reçus, dont ceux de la Région Île-de-France.
Un drone dirigeable peut-il voler hors vue en France ?
Oui, mais pas en catégorie ouverte. Le vol hors vue relève de la catégorie spécifique du règlement (UE) 2019/947 : autorisation d’exploitation délivrée par la DGAC après une évaluation des risques, ou certificat allégé d’exploitant (LUC). Le survol de rassemblements de personnes figure, lui, parmi les cas de la catégorie certifiée.
Sources
- Règlement d’exécution (UE) 2019/947 concernant les règles et procédures applicables à l’exploitation d’aéronefs sans équipage à bord, version consolidée au 1er mai 2025 (EUR-Lex)
- Exploitation de drones en catégorie spécifique, DGAC (ecologie.gouv.fr), mise à jour du 13 juillet 2026
- Specific Category, Civil Drones, Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA)
- HyLight : le dirigeable à hydrogène francilien qui réinvente l’inspection aérienne, Région Île-de-France, 5 octobre 2026

