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Accueil Pilotage et prise de vue

Drone follow me : le mode suivi, ses limites et ce que dit la règle en France

Jacques Par Jacques
23 octobre 2026
dans Pilotage et prise de vue
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Randonneur sur un sentier de falaise au lever du soleil, suivi par un petit drone

Drone follow me : le mode suivi, ses limites et ce que dit la règle en France

Un drone follow me vous suit tout seul pendant que vous roulez, marchez ou skiez, et c’est l’un des rares cas où la règle européenne relâche la vue directe sur l’appareil. Rare, et étroit. Le 20 octobre 2026, Antigravity a mis en vente un pack qui pilote son A1 depuis une montre et une bague, sans lunettes ni radiocommande. L’occasion de remettre les choses à plat : comment le drone vous suit, ce qui le fait décrocher et ce que disent exactement les règlements 2019/947 et 2019/945.

Le résumé qui circule (« le follow-me dispense de la vue directe dans un rayon de 50 m ») est presque juste. Presque : la dispense ne vaut que dans une sous-catégorie, et les constructeurs ont leur propre contrainte.

Drone follow me : trois façons de vous suivre

Le règlement européen définit le mode suivez-moi comme un mode d’exploitation « selon lequel l’UA suit constamment le pilote à distance dans un rayon prédéterminé ». Rien sur la technique, et chaque constructeur fait à sa façon.

Première méthode, la plus répandue : la vision. La caméra repère une silhouette, l’ordinateur de bord la garde dans le cadre et calcule une trajectoire. C’est l’ActiveTrack de DJI, présent sur le Neo 2 (151 g, classe C0) que nous avons présenté dans notre article sur le DJI Neo 2, le caméraman qui vous suit. Son guide d’utilisateur fixe des plages précises pour une personne : 4 à 20 m à l’horizontale, 0,5 à 15 m de hauteur. Pour une voiture ou un bateau, la distance monte à 50 m.

Drone follow me : un petit drone gris accompagne un vététiste sur un chemin en lisière de pinède (illustration)
Illustration générée par IA : un petit drone accompagne un vététiste en lisière de forêt. Ni le lieu ni l’appareil ne sont réels.

Deuxième méthode : un récepteur satellite porté par la personne suivie. Le drone connaît votre position même quand la caméra vous perd. Antigravity combine les deux sur l’A1 : la montre embarque GPS, BeiDou et Galileo, et le constructeur reconnaît que le suivi visuel « peut ne pas fonctionner si le sujet disparaît derrière des obstacles ». Le satellite prend alors le relais.

Troisième approche : le geste. La bague de l’A1 permet de « saisir » le drone et de le placer d’un mouvement de bras, jusqu’à une dizaine de mètres selon Antigravity. Plus vraiment du suivi automatique, plutôt une télécommande gestuelle pour cadrer.

Antigravity A1 : une montre, une bague et plus de lunettes

Jusqu’ici, l’A1 se pilotait avec des lunettes Vision et une poignée. Pour se filmer, il fallait lancer le drone, retirer les lunettes et marcher en espérant que le suivi tienne. Le pack Follow Me, vendu 799 dollars aux États-Unis selon DroneXL, en fait un drone follow me piloté au poignet, avec des protections d’hélices intégrales et la grosse batterie. Notre présentation de l’Antigravity A1 et de sa caméra 360° reprend les bases.

Le détail qui change tout côté règle, c’est la balance. D’après la fiche technique d’Antigravity, le pack décolle à 351 g, en classe C1. L’A1 de base pèse 249 g et reste en C0 avec sa batterie standard. Avec les protections, vous changez de case réglementaire, et de formalités.

La montre (44,7 g, étanche IP67) affiche un retour vidéo en 360p à 15 images par seconde, avec environ 300 ms de latence. Sa liaison Bluetooth porte de 150 à 200 m en terrain dégagé, mais tombe à 20 à 50 m avec des obstacles. Autonomie annoncée : 23 minutes, mesurées en laboratoire sans vent. Le vent, justement : 5,4 m/s au maximum avec les protections, contre 10,7 m/s pour l’A1 nu. Un pack de beau temps, donc.

Plus besoin d’un équipier pour se filmer ? Sur le plan légal, c’est plus subtil. Les lunettes imposaient un observateur ; la montre, non, à condition de rester dans les clous du mode suivez-moi.

Vidéo en anglais (Antigravity, 20 octobre 2026, 3 min 09) : présentation officielle du pack Follow Me, de la radiocommande et du module 4G de l’A1. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Ce qui casse le suivi automatique

Avec un drone follow me, la plupart des décrochages ont la même origine : il ne vous voit plus, ou voit mal ce qui l’entoure. Le guide d’utilisateur du DJI Neo 2 est franc sur ce point. Pour ActiveTrack et les autres modes de suivi, il exclut les zones d’objets fins comme les branches ou les lignes électriques, l’eau, le verre et les surfaces d’un seul ton, et demande de la prudence quand le sujet reste longtemps hors de vue, sur terrain accidenté ou sous 5 lux. En clair, une forêt au crépuscule cumule presque tout.

Ensuite, la vitesse. DJI conseille de ne pas dépasser 12 m/s pour le sujet suivi et prévient qu’un arrêt brutal peut finir en collision : l’inertie empêche le drone de freiner à temps. L’A1 équipé de ses protections plafonne à 11 m/s. Un VTT en descente frôle vite ces limites.

Troisième piège : le drone n’évite pas ce qui bouge. Le manuel du Neo 2 l’écrit noir sur blanc, les personnes, les animaux et les véhicules ne sont pas esquivés. Un chien qui traverse, un autre cycliste : à vous de gérer. Le suivi peut aussi basculer sur une autre silhouette, et DJI déconseille de suivre des enfants.

Côté Antigravity, la fiche technique liste des capteurs de vision avant et vers le bas, plus des infrarouges dessous. La page du pack parle pourtant d’évitement omnidirectionnel. Dans le doute, considérez l’arrière et les côtés comme moins bien couverts ; notre dossier sur l’évitement d’obstacles des drones explique ce que ces capteurs ratent.

Et la forêt ? Un testeur de DroneXL, Mihail Svilenov, a emmené l’A1 dans un sous-bois très dense, en quad. Bilan rapporté : aucune chute, et un seul raté, quand le drone est resté coincé derrière des buissons. Il a fallu aller le chercher à pied. Un essai, pas une garantie.

Vue directe : ce que dit vraiment le règlement

Le socle, c’est l’article 4 du règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée du 1er mai 2025. En catégorie ouverte, le télépilote « conserve à tout moment une vue directe » sur son drone, « sauf lorsqu’il vole en mode suivez-moi ou lorsqu’il utilise un observateur ». Deux exceptions, pas une de plus.

On lit parfois que la dispense figure au point UAS.OPEN.060. C’est inexact : ce point exige au contraire de maintenir la vue directe et de balayer l’espace aérien du regard, sans un mot sur le mode suivez-moi. La dispense est à l’article 4. Sa limite se trouve au point UAS.OPEN.020, réservé à la sous-catégorie A1 : « lorsque le mode suivez-moi est actif, l’exploitation est effectuée jusqu’à une distance maximale de 50 mètres par rapport au pilote à distance ».

Schéma du mode suivez-moi : vue directe non exigée dans un rayon de 50 m en sous-catégorie A1, vue directe ou observateur en A2 et A3
La dispense de vue directe ne vaut qu’en A1, dans un rayon de 50 m ; les classes C0 et C1 doivent en plus brider leur mode de suivi à 50 m (règlements 2019/947 et 2019/945).

Et en A2 ou en A3 ? Rien de comparable. L’EASA, dans sa FAQ n° 140037, ne reconnaît l’exception qu’avec un drone C0, C1 ou de moins de 250 g. La DGAC le confirme dans son guide de la catégorie ouverte (version du 26 juillet 2026) : si la personne suivie est absorbée par son activité, ou si le drone sort de son champ de vision, il faut un observateur placé à côté. Notre guide de la catégorie ouverte européenne reprend A1, A2 et A3 une par une.

Même en A1, la DGAC juge la présence d’un observateur « fortement recommandée ». Franchement, pour une descente en VTT où vos yeux sont rivés au chemin, c’est du bon sens.

Dernier point : le vol automatique n’est admis que si vous pouvez reprendre la main à tout moment. Un vol autonome où le télépilote ne peut plus agir est interdit en catégorie ouverte, précise la DGAC.

50 mètres du télépilote : la règle A1 et la bride des classes C0 et C1

Le chiffre de 50 m apparaît dans deux textes différents. Le premier, vous venez de le voir : c’est une règle d’exploitation de la sous-catégorie A1, adressée au télépilote. Elle vaut pour tous les drones admis en A1 : C0 et C1, mais aussi les moins de 250 g sans marquage mis sur le marché avant 2024 et ceux construits à titre privé sous ce poids.

Le second est une exigence de conception, dans le règlement délégué (UE) 2019/945, version consolidée du 24 juin 2025. Pour les classes C0 (partie 1, point 7) et C1 (partie 2, point 17), un drone doté de ce mode doit, fonction activée, « avoir une portée maximale de 50 m autour du pilote à distance » et permettre de reprendre le contrôle. Rien de tel pour les classes C2 à C6. Curiosité de traduction : ce texte dit « mode suivi de sujet », le 2019/947 « mode suivez-moi ». Même définition, deux noms.

Le Neo 2 reste de toute façon dans l’enveloppe : 20 m au maximum quand il suit une personne. Pour l’A1 en pack Follow Me, c’est moins lisible. La liaison de la montre porte jusqu’à 200 m, et la fiche technique ne dit pas comment le suivi est ramené à 50 m. Le marquage C1 l’impose pourtant : à vérifier dans le manuel.

Le C1 entraîne aussi des formalités, détaillées dans les démarches à vérifier pour un drone marqué C1. En A1, il exige la réussite de l’examen théorique en ligne (le règlement prévoit 40 questions et 75 % de bonnes réponses), une identification directe à distance et une géovigilance actives et à jour. Avec un C1, vous devez aussi pouvoir raisonnablement estimer qu’aucun tiers ne sera survolé, alors qu’un C0 peut survoler des personnes étrangères au vol. Jamais au-dessus d’un rassemblement, dans les deux cas.

En France, les interdits qui restent

Le mode suivez-moi ne lève aucune autre règle. En France, la catégorie ouverte reste interdite au-dessus de l’espace public en agglomération, hors activité professionnelle : rues, plages et jardins publics compris. Pas de vol de nuit non plus. Les zones géographiques (abords d’aérodromes, parcs nationaux, sites sensibles) s’appliquent comme d’habitude : consultez la carte des restrictions UAS du Géoportail, que notre article sur les zones géographiques UAS apprend à lire.

Ajoutez les 120 m au-dessus du point le plus proche du sol et l’enregistrement de l’exploitant sur AlphaTango, obligatoire dès 250 g mais aussi pour un drone plus léger équipé d’une caméra, sauf jouet. Le Neo 2 comme l’A1 sont concernés. La formation et l’examen, gratuits, se passent en ligne, depuis votre compte AlphaTango ou la plateforme de formation de la DGAC.

Et les lunettes de l’A1 ? Le vol en immersion n’est pas une exception comme le mode suivez-moi : il faut un observateur à vos côtés qui garde le drone en vue. Nous l’avions détaillé dans notre article sur ce qui change pour les drones en France, au chapitre FPV.

Régler son drone follow me avant de partir

Côté pratique, quelques réglages évitent l’essentiel des mauvaises surprises.

  • Choisissez une distance de suivi courte, nettement sous les 50 m : plus le drone est proche, mieux il vous garde dans le cadre.
  • Faites un premier essai en terrain dégagé et bien éclairé, comme le demande DJI, avant de passer sous les arbres.
  • Réglez une hauteur de suivi au-dessus des haies et des branches basses, sans dépasser 120 m.
  • Gardez un doigt près du bouton pause. Sur l’A1, la montre arrête le suivi et repasse en manuel pour poser le drone sur une zone sûre.
  • Vérifiez la batterie et le retour : sur l’A1, il ramène le drone à votre position du moment, pas au point de décollage.
  • Emmenez un observateur dès que vous ne pourrez pas surveiller le ciel vous-même.

Un mot sur la vie privée : un drone qui filme en 360° capte aussi les passants, et DJI rappelle de respecter les règles de confidentialité quand le suivi est actif.

Foire aux questions

Un drone follow me peut-il voler hors de ma vue ?

Oui, mais seulement en sous-catégorie A1 et jusqu’à 50 m de vous : c’est la dérogation prévue par le règlement 2019/947, pour les drones C0, C1 et ceux de moins de 250 g. En A2 ou en A3, la vue directe reste exigée, ou un observateur doit garder le drone en vue à vos côtés. Même en A1, la DGAC recommande fortement un observateur.

Le DJI Neo 2 respecte-t-il la limite des 50 m ?

En ActiveTrack, son guide d’utilisateur limite le suivi d’une personne à 20 m à l’horizontale et 15 m de hauteur, bien en deçà. Le Neo 2 est un C0 de 151 g. Pour une voiture ou un bateau, la plage monte à 50 m, pile la portée maximale exigée pour la classe C0.

Faut-il un examen pour l’Antigravity A1 avec le pack Follow Me ?

Oui. Avec la batterie haute capacité et les protections, le pack décolle à 351 g, en classe C1. En A1, un C1 impose l’examen théorique en ligne, gratuit, plus une identification directe à distance et une géovigilance actives. L’A1 de base (249 g, C0) n’exige pas cet examen ; l’enregistrement de l’exploitant, si.

Peut-on utiliser le mode suivez-moi en ville ?

Pas au-dessus de l’espace public pour un usage de loisir : en France, la catégorie ouverte y est interdite hors activité professionnelle. Dans un espace privé en agglomération, c’est possible avec l’accord de l’occupant, en adaptant hauteur et vitesse. Le mode suivez-moi ne crée aucune exception.

Sources

  • Règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée du 1er mai 2025 (EUR-Lex) : articles 2, 4 et 14, points UAS.OPEN.020 et UAS.OPEN.060 de l’annexe
  • Règlement délégué (UE) 2019/945, version consolidée du 24 juin 2025 (EUR-Lex) : article 3, annexe, parties 1 et 2
  • EASA, FAQ n° 140037 (mise à jour du 25 juin 2024)
  • DGAC, guide de la catégorie Ouverte, édition 2, version 1.1 du 26 juillet 2026
  • DGAC, page « Formation catégorie Ouverte UAS » (ecologie.gouv.fr), mise à jour du 6 mars 2026
  • Géoportail, restrictions UAS catégorie ouverte et aéromodélisme
  • AlphaTango, portail d’enregistrement de la DGAC
Lu 7
Sujets liés : Catégorie ouverteDJIDrone C0Drone C1PilotageSécurité des volsVol hors vue (BVLOS)
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Jacques couvre la réglementation européenne et la défense : avis de l'EASA, classes de drones, exercices militaires et lutte anti-drones. Il part des textes officiels et des communiqués pour expliquer ce qui change vraiment, sans dramatiser ni minimiser. Il s'intéresse aussi aux zones créées pour les drones d'État et à leurs effets sur les vols civils. Au-delà de ces sujets, Jacques couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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