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Accueil Défense et sécurité publique

TEKEVER AR5 : le drone européen testé sur le porte-avions HMS Queen Elizabeth

Evelyne Par Evelyne
7 novembre 2026
dans Défense et sécurité publique
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Drone à voilure fixe générique posé sur une piste en herbe au bord de falaises blanches, à l’aube, avec un technicien de dos

Le TEKEVER AR5 est un drone portugais à voilure fixe de 180 kg et 7,3 m d’envergure, capable de voler jusqu’à 20 heures. À la mi-octobre 2026, il a décollé et apponté deux fois sur le porte-avions britannique HMS Queen Elizabeth, une première annoncée par la Royal Navy le 5 novembre.

Ce n’est pas son travail habituel. Depuis l’aéroport de Lydd, dans le Kent, des AR5 partent au-dessus de la Manche ; en 2023, c’était pour la police des frontières britannique. L’Agence européenne pour la sécurité maritime le met aussi à disposition des garde-côtes : en 2020, la Marine nationale et les Douanes l’ont eu à leur service depuis Istres. Aucun AR5 n’est passé entre nos mains : ce qui suit vient des communiqués et des rapports officiels, lus le 7 novembre 2026.

TEKEVER AR5 : 180 kg, 7,3 m d’envergure et 20 heures de vol

Drone à voilure fixe générique, du gabarit d’un TEKEVER AR5, en vol au-dessus d’une mer grise avec un navire au loin
Illustration générée par IA : un drone à voilure fixe générique au-dessus de la mer, sans lien avec un appareil réel.

Le drone AR5 est un avion sans pilote de taille moyenne : deux moteurs, une aile droite, un fuselage de 4 m et une soute à capteurs. TEKEVER, installé à Lisbonne, le range parmi les drones de moyenne altitude et moyenne endurance sur sa page produit, puis de « longue endurance » dans un communiqué sur l’EMSA. Même appareil, deux étiquettes. Les chiffres, eux, varient selon la version et la charge.

CaractéristiqueFiche et brochure TEKEVERAutres sources officielles
Masse maximale au décollage180 kg180 kg, limitée à 165 kg par l’autorisation britannique de G-TEKV (AAIB)
Envergure et longueur7,3 m et 4,0 m7,29 m et 4,03 m (AAIB) ; 7 m d’envergure (Royal Navy)
Charge50 kg de charge utile50 kg de capteurs (Défense britannique) ; 80 kg d’emport (Royal Navy)
Endurance20 h sur la fiche, 16 à 20 h selon la chargePlus de 10 h (EMSA, 2022) ; 12 h pour l’Evolution Mk 2 (AAIB)
Croisière et plafond100 km/h, 3 600 mnon publiés
LiaisonsRadio jusqu’à 230 km, satellite sans limite4G et deux canaux satellite (AAIB)
Décollage et atterrissageAutomatiques, sur 200 à 300 m de terrain non préparéPont d’envol de 280 m en octobre 2026 (Royal Navy)

Deux écarts sautent aux yeux. Les 80 kg de la Royal Navy concernent l’emport pour un défi de logistique, les 50 kg de la brochure TEKEVER la charge utile en capteurs : rien n’indique qu’il s’agisse de la même configuration. L’endurance dépend de ce qu’on embarque, de 16 à 20 heures selon la brochure, 12 heures dans la version livrée à l’EMSA pour la surveillance en mer. Sur une fiche commerciale, le plus beau chiffre sort toujours en premier.

Deux appontages du TEKEVER AR5 sur le HMS Queen Elizabeth

Les vols ont eu lieu en Atlantique Nord, à la mi-octobre selon la Royal Navy, pendant une campagne où le porte-avions lançait aussi ses premiers drones d’attaque à sens unique, des Nyan Maritime fabriqués par Callen-Lenz. Le TEKEVER AR5 participait à un autre volet, le Heavy Lift Challenge 3, consacré à la logistique par drone.

Le communiqué de TEKEVER daté du 4 novembre donne le déroulé. Décollage du centre de vol et de formation de TEKEVER à Atouguia da Baleia, au Portugal. Environ 90 minutes de vol jusqu’au navire. Puis deux appontages et deux décollages, et 120 minutes de retour vers la piste portugaise. Jamais un AR5 n’avait opéré depuis un porte-avions, d’après la Royal Navy.

Sur le papier, la longueur ne posait pas de problème. Le pont des porte-avions de la classe Queen Elizabeth mesure 280 m sur 70 m, avec un tremplin de six mètres au bout pour les F-35B. La brochure TEKEVER réclame 200 à 300 m de terrain, et le décollage comme l’atterrissage sont automatiques. Restait à le faire en mer : c’est tout l’objet de la démonstration.

Ce que cherche la marine britannique se lit dans le plan d’investissement de la Défense : près de 250 millions de livres pour le projet Pantheon, qui doit mêler drones et avions pilotés dans un groupe aérien hybride embarqué. Le capitaine de corvette David Burton, qui parraine ces essais, explique en substance qu’ils servent à décider comment les drones travailleront avec les avions pilotés. Les deux communiqués décrivent un essai ; aucun n’annonce de commande pour la marine.

Au-dessus de la Manche : ce que racontent les rapports d’enquête

Pour suivre l’AR5 en Manche, la meilleure lecture vient de l’AAIB, le bureau britannique d’enquête sur les accidents aériens (l’équivalent de notre BEA). Ses rapports décrivent des vols commerciaux partis de l’aéroport de Lydd, dans le Kent, menés par TEKEVER, qui exploite lui-même ses appareils.

Le 17 janvier 2023, l’AR5 Evolution Mk 2 immatriculé G-TEKV volait dans la zone dangereuse temporaire EG D098, au-dessus de la Manche, en soutien de la UK Border Force, la police des frontières britannique. Sa liaison satellite a lâché à 13 h 46 (heure UTC). Le drone a fait ce qu’on attend de lui : trajet prévu en cas de perte de liaison, sans sortir de la zone, puis canal satellite de secours en ligne deux minutes plus tard. Atterrissage normal à 15 h 21.

D’autres incidents sont publics. Le 29 décembre 2020, au retour de la Manche, les deux moteurs du même G-TEKV se sont arrêtés en approche de Lydd ; le pilote posté au bord de la piste a repris l’avion en main et l’a posé. Le 14 février 2025, une coupure de courant dans le poste de commande d’un autre AR5 a laissé l’équipe 18 minutes sans contrôle complet. Le 24 août 2025, G-TEKE a perdu un moteur puis amerri en Manche ; au 24 août 2026, le rapport final restait attendu.

Pourquoi lire ça quand on vole avec un drone de 900 g ? Parce que les leçons valent à toute échelle : perte de liaison, trajet de secours programmé, panne de courant au sol, moteur qui lâche. Ces vols se font au-delà de la portée radio, en vol hors vue (BVLOS), sous une autorisation d’exploitation de la CAA, l’autorité qui fixe aussi les règles des drones au Royaume-Uni. Sur la rive française, le SIA a publié des zones réglementées temporaires en Manche orientale, de Dieppe à Dunkerque, pour des drones de surveillance et de sauvetage qui volent hors vue.

Surveillance maritime : l’AR5 de l’EMSA, d’Istres au golfe de Gênes

L’EMSA, l’agence de l’Union pour la sécurité maritime, propose gratuitement son service de drones aux autorités des États membres qui exercent des missions de garde-côtes : sauvetage, pollution, pêche, sûreté. Des entreprises fournissent les drones et les font voler sous contrat. Le TEKEVER AR5 en fait partie depuis plusieurs années.

La France l’a vu voler chez elle. À l’automne 2020, à la demande du Secrétariat général de la mer, l’EMSA a monté une opération en Méditerranée avec la Marine nationale et les Douanes aux commandes, depuis Toulon et Marseille. Un AR-5 du consortium REACT (CLS et TEKEVER) décollait de la base aérienne 125 d’Istres pour trois mois de missions à partir du 23 septembre, avec radar maritime, caméras optiques et infrarouges, récepteur AIS.

En 2022, c’étaient les garde-côtes italiens, depuis Sarzana, au-dessus du sanctuaire Pelagos, entre les côtes françaises et italiennes. L’EMSA y signalait un équipement qui parle aux sauveteurs : un radeau gonflable pour huit personnes, largable en appui d’un sauvetage. Un drone de surveillance maritime qui ne fait pas que regarder.

Frise des missions du drone AR5 de 2017 à 2026, de la Méditerranée française au porte-avions HMS Queen Elizabeth
Les étapes publiques de l’AR5, relevées au 7 novembre 2026 dans les sources officielles et chez TEKEVER.

TEKEVER annonce un contrat-cadre de 30 millions d’euros avec l’agence : deux systèmes de deux drones, pour deux ans prolongeables jusqu’à quatre. En 2026, le service drones de l’EMSA, tous modèles confondus, a tourné sur dix opérations en parallèle dans douze pays, Manche comprise. L’armée de l’air portugaise a, elle, commandé ses propres AR5 pour surveiller sa zone économique exclusive (annonce de TEKEVER, août 2026).

Corvus : l’armée britannique remplace le Watchkeeper

Le 25 juillet 2026, le ministère britannique de la Défense a choisi le TEKEVER AR5 pour succéder au Watchkeeper, le drone de renseignement de l’armée de Terre, en service depuis 2014. Le programme Corvus pèse jusqu’à 400 millions de livres sur dix ans : six drones d’abord, jusqu’à 24 livrés d’ici 2029, fabriqués à Swindon. Le contrat a été attribué le 16 septembre.

Le texte du 25 juillet ajoute que l’AR5 a servi aux forces armées ukrainiennes. Pour un appareil surtout connu comme drone de surveillance maritime, le glissement est net : la même cellule sert des garde-côtes et une armée de terre. C’est le double usage que TEKEVER met en avant pour son site français.

TEKEVER France : Toulouse, Cahors et 200 millions d’euros annoncés

Côté français, les annonces portent sur l’industrie. TEKEVER France a son siège à Toulouse, inauguré en 2024 pour l’ingénierie, la recherche et le support. Au sommet Choose France du 19 mai 2025, le dossier de presse de l’Élysée annonçait 100 millions d’euros d’investissement de TEKEVER et une centaine d’emplois en France d’ici 2027, avec un site d’assemblage de drones en Occitanie.

Ce site, c’est Cahors. La Région Occitanie a annoncé le choix le 10 juillet 2025 : un centre d’excellence au parc d’activités de Cahors Sud, avec 100 emplois en cinq ans. L’ancien parc des expositions, 4 500 m², a été pré-inauguré le 5 février 2026. TEKEVER France y prévoyait l’assemblage et les essais de ses AR3 et AR5, les premiers drones avant l’été 2026, et l’aérodrome de Cahors-Lalbenque pour les vols de validation.

Le 1er juin 2026, nouveau tour à Choose France : 100 millions d’euros de plus sur cinq ans, soit 200 millions et 200 emplois au total d’après le dossier de presse de 2026. TEKEVER travaille aussi pour l’espace : dans le programme DESIR du CNES et de la DGA, il fournit l’antenne radar active d’un projet de satellite souverain (annonce du 21 janvier 2026).

Sur la surveillance, TEKEVER France arrive face à des industriels installés, comme Airbus et sa gamme de drones militaires, du mini-drone Aliaca au Capa-X de 120 kg. Le drone militaire français le plus courant en mer, l’Aliaca des patrouilleurs, pèse environ 16 kg d’après la DGA. Le TEKEVER AR5, plus de dix fois plus lourd, répond au même besoin : voir loin et longtemps au-dessus de la mer.

Vol d’État ou vol civil : le cadre européen d’un drone de 180 kg

Quand l’AR5 travaille pour une armée, une douane ou des garde-côtes, il sort du champ des règles européennes de l’aviation civile. L’article 2 du règlement (UE) 2018/1139 exclut les aéronefs qui mènent des activités militaires, de douane, de police, de recherche et sauvetage, de lutte contre l’incendie, de contrôle des frontières ou de surveillance côtière, sous le contrôle et la responsabilité d’un État membre. Le règlement 2019/947, celui de nos catégories ouverte et spécifique, ne s’y applique donc pas.

Ce n’est pas un vide juridique. Le même article demande aux États de mener ces vols en tenant compte des objectifs de sécurité du règlement et de séparer ces aéronefs des autres. En pratique, cette séparation passe par des zones dédiées : zone dangereuse temporaire au Royaume-Uni, zones réglementées temporaires en France.

Un AR5 exploité à titre civil retomberait dans le droit commun, et sa taille ferme presque toutes les portes. La catégorie ouverte s’arrête à 25 kg (article 4 du règlement (UE) 2019/947), et les déclarations sur scénario standard visent des drones de 3 m au plus. Reste la catégorie spécifique, avec une autorisation délivrée après une analyse de risque de type SORA, ou la catégorie certifiée. C’est l’autorité compétente, la DGAC en France, qui décide au cas par cas.

Rien à voir, donc, avec un drone de surveillance de site qu’une société de sécurité privée peut employer en France. Pour vous, télépilote, la leçon se lit sur la carte : ces gros drones volent dans des zones publiées à l’avance, comme en Manche orientale, et vérifier lesquelles sont actives avant de décoller sur le littoral n’a rien d’une formalité.

Foire aux questions

Qui fabrique le drone AR5 ?

Le drone AR5 est conçu par TEKEVER, une entreprise portugaise de Lisbonne qui a aussi des sites au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et aux États-Unis. Il est en service depuis 2017 selon TEKEVER. Au Royaume-Uni, il doit être fabriqué à Swindon pour l’armée de Terre ; en France, TEKEVER France prévoyait d’assembler des AR3 et des AR5 à Cahors à partir de 2026.

Que signifie AR5 Evolution Mk 2 ?

C’est la désignation de version employée par l’AAIB, le bureau d’enquête britannique : Evolution Mk 2 pour l’appareil G-TEKV construit en 2019, Mk 2.3 pour G-TEKG et G-TEKE. D’après ses rapports, l’Evolution Mk 2 pèse 180 kg au plus, mesure 7,29 m d’envergure et vole jusqu’à 12 heures. Dans ses documents commerciaux, TEKEVER parle simplement d’AR5.

Combien de temps un TEKEVER AR5 peut-il voler ?

Jusqu’à 20 heures selon la fiche TEKEVER, 16 à 20 heures selon la charge d’après la brochure. La version louée à l’EMSA pour la surveillance en mer est annoncée à 12 heures, et l’EMSA parlait en 2022 de plus de 10 heures. Avec la liaison satellite, la portée de commande ne dépend plus de la radio, limitée à 230 km.

Peut-on faire voler un AR5 en France sans autorisation ?

Non, pas en vol civil. Avec 180 kg et 7,3 m d’envergure, l’AR5 sort de la catégorie ouverte (moins de 25 kg) et des scénarios déclaratifs (3 m au plus). Il faut une autorisation en catégorie spécifique, délivrée par la DGAC après analyse de risque, ou une exploitation en catégorie certifiée. Les vols d’État (armées, douanes, garde-côtes) suivent les règles fixées par l’État.

Sources

  • Royal Navy, HMS Queen Elizabeth, 5 novembre 2026
  • Royal Navy, classe Queen Elizabeth
  • Défense britannique, 25 juillet 2026
  • Défense britannique, 16 septembre 2026
  • AAIB, G-TEKV, bulletin 10/2023
  • AAIB, G-TEKV, bulletin 11/2021
  • AAIB, G-TEKG, bulletin 12/2025
  • AAIB, G-TEKE, 24 août 2026
  • EMSA, Méditerranée française, 2 octobre 2020
  • EMSA, golfe de Gênes, 28 juin 2022
  • EMSA, opérations de drones, 29 octobre 2026
  • Élysée, Choose France, 19 mai 2025
  • Élysée, Choose France, 1er juin 2026
  • Région Occitanie, 10 juillet 2025
  • Règlement (UE) 2018/1139, consolidé au 2 août 2026
  • Règlement (UE) 2019/947, consolidé au 1er mai 2025
Lu 9
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Evelyne s'intéresse aux lieux où l'on vole : spots de vol, littoral, sites naturels et patrimoine vu du ciel. Avant de recommander un endroit, elle vérifie les restrictions qui s'y appliquent, zones militaires, parcs naturels ou espaces en mer. Elle couvre aussi les zones créées pour les drones d'État le long des côtes et leurs effets sur les vols de loisir. Au-delà de ces sujets, Evelyne couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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