Trois modèles de drone Airbus ont une commande française en cours : l’U010 Aliaca (34 systèmes, en service depuis 2022), le U050 Capa-X (8 drones, livraisons en 2027) et le U070, ex-VSR700 (six, en service à partir de 2028). Le Valkyrie, lui, reste une offre faite à l’Allemagne.
Airbus a enchaîné les annonces en moins de huit semaines : le Capa-X le 10 septembre, le premier vol européen du Valkyrie le 12 octobre, l’Aliaca à décollage vertical le 3 novembre, jour d’ouverture d’Euronaval 2026. Ce sont des textes de vendeur, et il faut les lire comme tels. Nous les avons donc confrontés à ce que publient la DGA, le Parlement et la loi du 16 août 2026. Aucun de ces drones n’est passé entre nos mains : tout ce qui suit vient de ces documents.
Drone Airbus : masse, portée et statut de chaque programme

Le catalogue a changé de noms. Airbus a rebaptisé ses systèmes sans équipage avec un préfixe U, et le VSR700 est devenu U070 (la DGA et la loi écrivent toujours VSR700, ce qui ne simplifie pas les recherches). Voici la gamme vue depuis Paris, chiffres du constructeur ou de la DGA.
| Modèle | Masse au décollage | Portée | Endurance | Statut pour la France |
|---|---|---|---|---|
| U010 Aliaca (SMDM) | 25 kg | 50 km, 100 km en hybride | 3 h, 6 h en hybride | Commandé, en service depuis 2022 ; version verticale qualifiée (annonce du 3 novembre 2026) |
| U050 Capa-X | 120 kg | 100 km | Jusqu’à 10 h | Commandé (annonce du 10 septembre 2026), pour évaluation ; livraisons en 2027 |
| U070, ex-VSR700 | 760 kg | Environ 150 km du navire | 8 h | Commandé le 30 décembre 2025 ; exploitation à partir de 2028 |
| U740 Valkyrie | Environ 3 t | Plus de 5 000 km | non citée | Proposé à l’Allemagne ; aucune commande française annoncée |
| U950 Eurodrone | non citée | non citée | non citée | Programme européen notifié en 2022 ; cibles françaises retirées de la loi le 16 août 2026 |
Le tableau dit une chose simple : les commandes françaises vont à la surveillance maritime et tactique, du mini-drone de 25 kg au drone hélicoptère de 760 kg. Le haut du catalogue, Valkyrie et Eurodrone, n’a aucune cible française dans la loi actuelle.

U050 Capa-X : huit drones pour la Marine et l’Armée de terre
Le communiqué d’Airbus du 10 septembre 2026 annonce quatre systèmes de deux drones chacun, soit huit U050 Capa-X : deux systèmes pour la Marine nationale, deux pour l’Armée de terre, livraisons prévues en 2027. Le client surprend un peu. Pour un drone, on attend la DGA, et c’est la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé) qui commande, un organisme interarmées rattaché au chef d’état-major des armées.
Cette commande s’ajoute à un premier système acquis fin 2025 et évalué à terre et en mer, en 2025 et début 2026. Une formule reste à peser. Airbus rattache ces drones à un « programme d’évaluation » et, juste après, parle d’une entrée en « phase opérationnelle ». Les deux expressions ne disent pas la même chose. Huit drones destinés à évaluer un besoin ne font pas encore un parc.
La fiche du Capa-X donne 120 kg au décollage, 20 kg de charge au plus, 150 km/h en configuration à ailes courtes, 3 000 m de plafond et 4 m de long. Quatre groupes de rotors électriques le font décoller d’une zone de 10 m sur 10 m, puis l’aile prend le relais. La recette existe à bien plus petite échelle sur le DeltaQuad Evo-LE néerlandais et ses 13 kg.
Regardez l’endurance. Airbus annonce jusqu’à 10 h, avec 10 kg de charge. L’évaluation, elle, a donné 7 heures démontrées, toujours selon le constructeur. C’est le second chiffre que nous retiendrions. Le reste du bilan tient en peu de mots : deux charges utiles à bord, 100 km de portée depuis la station sol, un ensemble qui entre sur deux pick-up. Cette première version emporte une boule optronique pour le renseignement image et une capacité d’écoute électromagnétique.
SDTL : le drone tactique léger que la loi veut multiplier
SDTL signifie système de drone tactique léger. La loi du 16 août 2026 part de presque rien : « 1 système de drone tactique expérimental » fin 2024. Elle vise au moins 40 systèmes SDT et SDT-léger fin 2030, au moins 80 à l’horizon 2035. Une note ajoute que des SDT-léger équiperont aussi la Marine nationale et l’armée de l’Air et de l’Espace.
Le général Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, a précisé la recette devant le Sénat le 13 mai 2026. Ces quarante systèmes ne seront pas tous du même type : il attend un mélange de drones achetés sur étagère, de DT46 et de SDTL, ces deux derniers travaillant entre 0 et 50 km. Un Capa-X donné pour 100 km couvre largement cette bande. Dans la même audition, il qualifie le SDT Patroller d’« échec ».
Le rapport du Sénat du 7 juillet 2026 explique le changement de méthode. La consultation sur les SDT-L a privilégié la rapidité de livraison et un coût maîtrisé, ce qui a élargi le nombre d’industriels capables de répondre. Et un avis de l’Assemblée nationale sur le budget 2026 annonçait, en octobre 2025, 40 systèmes de drones tactiques légers à commander en 2026.
Quatre systèmes Capa-X ne représentent donc qu’une part du compte, et Airbus n’a pas ce segment pour lui seul. Pour situer ce drone tactique parmi les autres, notre tour d’horizon des drones des trois armées françaises donne les fabricants, machine par machine.
U010 Aliaca : le mini-drone de la Marine passe à la verticale
C’est le seul drone Airbus de la liste à voler déjà en opération. La Marine l’appelle SMDM, système de mini-drones aériens embarqués. La DGA en a commandé onze systèmes fin 2020 à Survey Copter, filiale d’Airbus basée à Pierrelatte, et l’a qualifié le 28 juillet 2022. Quinze de plus ont suivi le 30 décembre 2023. Depuis une annonce du 14 octobre 2025, Airbus Helicopters gère l’Aliaca et le Capa-X dans un seul catalogue.
Chaque système compte deux drones, lancés par catapulte et récupérés dans un filet : environ 16 kg, 3 heures de vol, 50 km de rayon d’action selon la DGA. Il équipe les patrouilleurs et les frégates de surveillance et, depuis l’été 2023, décolle aussi de la côte pour les missions de sauvetage en Manche.
Le vrai changement est la version à décollage vertical. Plus de catapulte ni de filet, donc des navires qui n’étaient pas prévus pour ça. Le communiqué du 3 novembre 2026 annonce la qualification par la DGA, après des essais à terre et en mer en mai et juin. Les deux premiers systèmes ont été livrés en septembre (en février, Airbus annonçait des livraisons dès mai). Sur 34 systèmes commandés, soit 68 drones, 8 seront à décollage vertical. Un article d’Airbus du 29 octobre en comptait 7 : nous gardons le chiffre le plus récent.
Cette liberté se paie. Le communiqué de février donne pour le modèle vertical 25 kg, 3,5 m d’envergure, 2 heures de vol et 50 km. Face aux 3 heures de la version à catapulte, c’est une heure de moins. Le catalogue, lui, affiche jusqu’à 6 heures et 100 km en motorisation hybride. Les premiers navires visés sont des bâtiments de soutien et d’assistance : fin 2026 en métropole, 2027 outre-mer, avec des ports d’attache en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à La Réunion et en Martinique.
U070, ex-VSR700 : six drones hélicoptères pour 2028
Ce drone Airbus est le plus lourd des trois : 760 kg au décollage, sur la base du Cabri G2, l’hélicoptère léger de la PME française Hélicoptères Guimbal. Le programme s’appelle SDAM, système de drones aériens de la Marine. La DGA y a signé le 30 décembre 2025 avec Naval Group et Airbus Helicopters pour six VSR700. Airbus annonce une exploitation à partir de 2028.
Côté performances, la DGA écrit 8 heures d’endurance, jusqu’à 220 kg de charge utile, un radar de patrouille maritime de la société Diades et une boule optronique. Il se déploie à environ 150 km du navire et apponte seul, y compris en mer très agitée. Voyez aussi notre article sur le drone de la Marine nationale testé en mer.
Suivez plutôt la destination, car elle a bougé. En juin 2025, la DGA parlait de quatre frégates multi-missions et de deux frégates de défense et d’intervention. En janvier 2026, elle écrit que ces aéronefs rejoindront progressivement les bâtiments ravitailleurs de forces, autour du porte-avions. Et la veille du contrat VSR700, elle signait avec Naval Group pour cinq systèmes Camcopter S-100 F de l’autrichien Schiebel, destinés aux frégates multi-missions.
La loi du 16 août 2026 acte cette flotte mixte : au moins 10 systèmes fin 2030, au moins 15 à l’horizon 2035. Airbus partagera donc les ponts français avec un concurrent.
U740 Valkyrie : une offre à Berlin, aucune commande à Paris
Le plus spectaculaire de la liste a aussi le statut le plus fragile. Airbus et Kratos ont annoncé le 12 octobre 2026 son premier vol en Europe, que nous avons détaillé : un site d’essais d’Europe du Nord, un décollage à la fusée, Mach 0,8. Le communiqué de mars donne 9,1 m de long, 8,2 m d’envergure, environ 3 tonnes et plus de 5 000 km de portée.
L’objectif est un système prêt au combat d’ici 2029, pour l’armée de l’air allemande et d’« autres » forces européennes. Proposé, donc, et rien de plus : le communiqué d’octobre ne cite aucune commande et ne nomme pas la France. La voie française passe ailleurs, par le drone de combat furtif du Rafale F5, dont les premiers contrats de développement ont été notifiés à Dassault Aviation, Thales et Safran.
Eurodrone, Zephyr : le reste du catalogue Airbus
L’Eurodrone mérite qu’on s’y arrête, car la France y est liée. Le Sénat rappelle un contrat notifié en 2022 par l’OCCAR : 7,1 milliards d’euros hors taxes pour 20 systèmes, Airbus Defence and Space en maître d’œuvre. Puis la loi du 16 août 2026 a jugé le MALE européen « moins adapté à la haute intensité » et retiré les cibles françaises, un système en 2030 et six en 2035.
Le rapport du Sénat ajoutait qu’à sa date, la France ne s’était pas retirée du programme. Statut à retenir : ni quitté, ni planifié.
Le reste vise d’autres missions. Le Zephyr, de la filiale AALTO, est un avion solaire sans pilote qui vole des mois au-dessus de 60 000 pieds (environ 18 km). L’U850 Sirtap promet plus de 20 heures et vise une certification des autorités militaires espagnoles. Ni l’un ni l’autre ne figure dans les commandes françaises citées plus haut.
Euronaval 2026 : Airbus au hall 6, stand G103
Euronaval 2026 a ouvert le 3 novembre à Paris Nord Villepinte, jusqu’au 6 novembre, et il est réservé aux professionnels du secteur, sur inscription validée et payante. Le catalogue officiel des exposants place Airbus au stand G103. Le communiqué sur l’Aliaca, publié le jour de l’ouverture, porte le mot-clé du salon. Il ne dit pas quelles machines sont sur le stand, et nous ne le devinerons pas à sa place.
Ce que cela change pour un télépilote français
Pour vos vols, rien. Aucun drone Airbus de cette liste ne relève des règles du drone civil de loisir : le règlement (UE) 2018/1139, à son article 2, écarte les aéronefs qui exécutent des activités militaires « sous le contrôle et la responsabilité d’un État membre ». Et la catégorie ouverte s’arrête sous 25 kg, comme le rappelle notre guide de la réglementation française.
La frontière devient intéressante côté civil. Airbus vend aussi le Capa-X pour l’inspection, la cartographie ou la surveillance agricole. Sans mission d’État, un tel appareil retomberait sous le droit commun, loin de la catégorie ouverte. Et Airbus dit l’Aliaca certifié SAIL III selon la méthode SORA de l’EASA, celle de notre guide sur la demande SORA. Les mêmes grilles de risque, à une autre échelle.
Le contact concret se fait ailleurs. Quand des vols d’État demandent un volume réservé, une zone temporaire peut apparaître sur votre secteur : notre page sur la zone réglementée temporaire explique comment la lire.
Foire aux questions
Quel drone militaire Airbus la France a-t-elle commandé ?
L’Aliaca (SMDM) pour la Marine, le Capa-X pour la Marine et l’Armée de terre, le VSR700 (U070) pour la Marine. L’Eurodrone est un cas à part : un contrat européen de 2022, mais plus aucune cible française dans la loi d’août 2026.
Quel est le prix d’un drone Airbus ?
Au 4 novembre 2026, les pages produit d’Airbus n’affichent aucun prix. La DGA a publié deux montants pour le SMDM : 19,7 millions d’euros pour onze systèmes fin 2020, près de 30 millions pour quinze fin 2023, soutien compris. Soit environ 2 millions d’euros le système de deux drones (notre calcul). Les communiqués sur le Capa-X et le VSR700 ne donnent aucun montant.
Quelle différence entre SDT et SDTL ?
Le SDT visait le renseignement dans la profondeur, avec le Patroller, dont le Sénat rapporte l’abandon annoncé par la ministre des Armées. Le SDTL est plus léger et travaille plus près : de 0 à 50 km, selon le général Schill. La loi compte les deux sur une seule ligne.
Qu’est-ce que le Do-DT25 d’Airbus ?
Une cible aérienne. D’après Airbus, ce drone à vitesse moyenne sert à l’entraînement au tir de missiles infrarouges de courte portée. Il simule un avion d’attaque et peut larguer une seconde cible, le Do-DT55neo.
Sources
- Légifrance : loi n° 2026-791 du 16 août 2026 actualisant la programmation militaire
- EUR-Lex : règlement (UE) 2018/1139, version consolidée du 2 août 2026
- EASA : catégorie ouverte des drones civils
- DGA, 21 janvier 2026 : contrats Camcopter S-100 F et VSR700
- DGA, 18 juin 2025 : accord-cadre VSR700 au Bourget
- DGA, 5 février 2024 : 15 SMDM supplémentaires
- DGA, 2 septembre 2022 : qualification du SMDM
- DGA, 14 octobre 2024 : Rafale F5 et drone de combat furtif
- Sénat, rapport d’information n° 861 du 7 juillet 2026 sur les drones
- Sénat, audition du général Schill, 13 mai 2026
- Assemblée nationale, avis n° 2048 sur le budget 2026

