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Accueil Défense et sécurité publique

Airbus Valkyrie : premier vol en Europe du drone de combat proposé à la Luftwaffe

Jacques Par Jacques
13 octobre 2026
dans Défense et sécurité publique
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Airbus Valkyrie : drone de combat en vol au-dessus de l'Europe

Airbus Valkyrie : premier vol en Europe du drone de combat proposé à la Luftwaffe

L’Airbus Valkyrie a volé en Europe. Airbus et l’américain Kratos l’ont annoncé le 12 octobre 2026, dans deux communiqués presque identiques : le « U740-Valkyrie », un drone de combat sans pilote de neuf mètres de long, a décollé d’un site d’essais d’Europe du Nord dont personne n’a donné le nom. Pas de date pour le vol lui-même. Pas de photo du terrain. Juste une promesse, répétée depuis l’été 2025 : un drone collaboratif prêt au combat pour la Luftwaffe d’ici 2029.

Pourquoi en parler sur un blog de télépilotes ? Parce que l’Allemagne et la France viennent de prendre deux chemins différents vers le drone de combat, quelques mois après l’échec de leur avion commun. Et parce que ces machines finiront bien par s’entraîner quelque part, y compris dans un ciel que vous partagez. On fait le tri : ce qui est confirmé, ce qui reste flou et ce que ça change (ou pas) pour vous.

Airbus Valkyrie : ce que dit vraiment l’annonce du premier vol

Drone de combat à réaction lancé depuis un rail avec un propulseur d’appoint, sur un terrain d’essais nordique
Illustration générée par IA : un drone de combat à réaction quitte son rail de lancement, aidé d’un propulseur. Ce n’est pas l’U740, dont aucune image du vol européen n’est reproduite ici.

Le texte tient en quelques lignes, et chaque mot compte. D’après le communiqué de Kratos, repris mot pour mot par celui d’Airbus, le vol a atteint « tous ses objectifs » : décollage assisté par fusée, sans piste, manœuvres à plusieurs altitudes, vitesse jusqu’à Mach 0,8 et ajustements de la mission en cours de vol. Pour un premier vol de l’Airbus Valkyrie en Europe, c’est un programme sage. On vérifie que l’appareil décolle, obéit et reste dans son domaine de vol.

Le détail intéressant est ailleurs. En mars 2026, Airbus expliquait préparer à Manching, près de Munich, deux Valkyrie achetés à Kratos pour un premier vol « avec un système de mission européen ». Le texte d’octobre, lui, présente ce vol comme l’étape qui prépare des essais « plus sophistiqués » avec MARS, ce fameux système de mission maison. Il ne dit nulle part que MARS était déjà à bord, et le site américain The War Zone en conclut qu’il n’y était pas. Prudence, donc : ce qui a volé, c’est d’abord la cellule du Kratos Valkyrie.

Autre silence, la date. Les deux industriels annoncent le vol le 12 octobre sans dire quand il a eu lieu. Le « site d’essais d’Europe du Nord » fait penser à un champ de tir scandinave, mais rien ne permet de l’affirmer, et nous ne le ferons pas.

Côté discours, Mike Schoellhorn, patron d’Airbus Defence and Space, parle d’un besoin de « masse de combat » abordable. Eric DeMarco, PDG de Kratos, qualifie le vol de « succès ». Rien d’étonnant dans la bouche de vendeurs. Le message, lui, vise clairement Berlin, client rêvé de l’Airbus Valkyrie.

Du Kratos Valkyrie américain à l’Airbus Valkyrie U740

Le Kratos Valkyrie n’a rien d’un inconnu. Sous le nom de XQ-58A, il vole aux États-Unis depuis 2019. Sur ce blog, nous avions raconté comment l’US Air Force l’employait déjà dans un test de combat collaboratif entre drones armés. Son argument de départ n’a pas changé : le prix. Kratos parle d’un système « abordable », Airbus de « masse » de combat.

L’alliance avec Airbus date du 16 juillet 2025. Le partage des rôles est simple. Kratos fournit une cellule qui vole déjà et sort de ses chaînes ; Airbus y installe son système de mission et vise une capacité « prête au combat » pour l’armée de l’air allemande en 2029. En mars 2026, d’après le communiqué d’Airbus, les deux premiers Kratos Valkyrie achetés par le groupe étaient en préparation à Manching. Puis, au salon ILA de Berlin, en juin, l’Airbus Valkyrie a reçu sa désignation européenne : U740.

Ce « U » n’a rien d’un hasard. Airbus a rebaptisé tout son catalogue sans équipage avec ce préfixe, sur le modèle du « A » de ses avions et du « H » de ses hélicoptères. La gamme présentée à Berlin compte aussi l’U950 Eurodrone, l’U680 Bird of Prey, un intercepteur de drones, et l’U760 Ravenstorm, un drone de combat plus gros, attendu au début des années 2030.

Sur la fiche technique, le drone de combat Airbus garde les mensurations du modèle américain : 9,1 m de long, 8,2 m d’envergure, environ 3 tonnes au décollage, plus de 5 000 km de distance franchissable et un plafond de 45 000 ft, soit à peu près 13 700 m. Une soute d’armement interne, des points d’emport sous les ailes. Pour comparer : un drone de classe C0 pèse moins de 250 g. L’Airbus Valkyrie, environ douze mille fois plus.

Il part d’un rail, poussé par une fusée, mais Airbus garde l’option d’un décollage et d’un atterrissage classiques sur piste. Pour une armée, l’argument porte : pas besoin d’une base aérienne intacte pour le mettre en l’air.

MARS, le « cerveau européen » qui doit tout justifier

Si l’Allemagne voulait simplement un drone américain, un bon de commande suffirait. Tout le pari d’Airbus tient dans MARS, pour Multiplatform Autonomous Reconfigurable and Secure, le système de mission qu’il veut installer à bord de l’Airbus Valkyrie. Le groupe le présente comme le « cerveau européen » de l’appareil : c’est lui qui doit garantir à l’utilisateur la maîtrise du logiciel, des applications de mission, des données et du matériel.

À l’intérieur, un module appelé MindShare, appuyé sur l’intelligence artificielle. D’après Airbus, il « remplace le pilote absent » et peut coordonner des groupes de mission entiers, réparti sur plusieurs appareils, avec ou sans équipage. Ce type de coordination entre drones autonomes, on l’a déjà vu sur de petits drones tactiques. Ici, on parle d’avions de trois tonnes, armés.

Et l’humain ? Le communiqué d’octobre évoque une « hiérarchie de contrôle stricte » qui garde un opérateur « on the loop ». La nuance n’a rien d’anodin. « In the loop », l’opérateur valide chaque action ; « on the loop », il supervise et peut interrompre. Airbus promet que toutes les décisions critiques respectent les règles d’engagement, l’éthique et le droit. Très bien. Mais tant que MARS n’a pas volé sur l’Airbus Valkyrie, cela reste une promesse sur le papier.

Le vrai test de souveraineté est là. The War Zone le résume sans détour : la cellule reste américaine, et l’indépendance allemande dépendra de la capacité réelle à contrôler et modifier le logiciel, puis à y brancher des systèmes nationaux. Un cerveau européen dans un corps américain : c’est toute la formule, et c’est aussi sa limite.

Objectif 2029 : un drone collaboratif pour épauler l’Eurofighter

Le calendrier de l’Airbus Valkyrie est serré : un système opérationnel pour la Luftwaffe en 2029. Selon Airbus, cette première marche doit permettre l’expérimentation opérationnelle, de premières capacités air-sol et le travail en équipe avec l’Eurofighter. Le chasseur allemand deviendrait alors un « avion de commandement » : Airbus et l’israélien Rafael ajoutent pour cela une fonction de connectivité à la nacelle de désignation Litening 5, déjà commandée pour la flotte. Au drone collaboratif les missions trop dangereuses pour un pilote, au chasseur le commandement.

Un point mérite d’être dit clairement, parce que beaucoup de titres l’ont arrondi. À notre connaissance, aucun contrat de la Bundeswehr n’a été rendu public. Airbus et Kratos disent répondre aux « besoins opérationnels » des forces allemandes et européennes. C’est une offre, portée par deux industriels. Pas encore une commande. L’Airbus Valkyrie n’est donc pas « le drone de la Luftwaffe » : il veut le devenir.

Et la concurrence ne dort pas. The War Zone cite plusieurs offres en Allemagne : Boeing avec Rheinmetall (le MQ-28 Ghost Bat), Helsing avec Hensoldt (le CA-1 Europa), General Atomics avec l’allemand INTEC, mais aussi Anduril et Lockheed Martin. General Atomics pousse de son côté son drone de combat Gambit depuis plusieurs années. Le drone collaboratif, ou CCA dans le jargon, est devenu le produit que tout le monde veut vendre.

Airbus, lui, regarde plus loin. L’Airbus Valkyrie doit servir de marchepied vers l’U760 Ravenstorm, montré en maquette grandeur nature à Berlin (10 m d’envergure, 13 m de long) et attendu au début des années 2030. Le groupe rappelle au passage qu’il faisait voler son démonstrateur Barracuda il y a vingt ans. Vingt ans séparent ce démonstrateur du premier vol européen du Valkyrie : voilà qui relativise un peu l’urgence affichée aujourd’hui.

Face au SCAF et au drone du Rafale F5 : deux routes européennes

Pour comprendre pourquoi le vol de l’Airbus Valkyrie compte aussi côté français, il faut revenir au SCAF. Le système de combat aérien du futur, prévu depuis 2017 entre la France et l’Allemagne puis élargi à l’Espagne, devait réunir un avion de combat commun, des drones et un « cloud » de combat vers 2040. Airbus y testait même l’A400M comme lanceur de drones, pour les futurs « remote carriers ».

Le 8 juin 2026, selon le gouvernement allemand cité par l’AFP, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont renoncé à construire cet avion commun, faute d’accord entre Dassault Aviation et Airbus. L’Élysée a regretté cet échec industriel tout en jugeant la coopération franco-allemande « nécessaire ». Le sort des autres briques, le réseau et les drones, restait à préciser selon les versions de presse.

Frise comparée : l’Airbus Valkyrie et le drone de combat du Rafale F5, de 2006 à 2033
Deux calendriers : la voie Airbus–Kratos pour l’Allemagne (en haut) et la voie française du drone accompagnant le Rafale F5 (en bas). Dates tirées des communiqués d’Airbus, de Kratos et de Dassault Aviation.

La France, elle, n’a pas attendu. Le 8 octobre 2024, à Saint-Dizier, le ministre des Armées de l’époque, Sébastien Lecornu, lançait le développement d’un drone de combat furtif destiné à accompagner le Rafale F5. Dassault Aviation le fait descendre du démonstrateur nEUROn, qui avait volé pour la première fois en décembre 2012, et vise une contribution d’ici 2033. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 12 mai 2026, le ministère des Armées range ce « drone de combat accompagnateur » dans le dispositif national, conformément à la loi de programmation militaire 2024-2030.

Deux philosophies, donc. Berlin, via Airbus, achète du temps : une cellule américaine qui vole déjà, un cerveau européen ajouté par-dessus, un objectif 2029. Paris mise sur un drone furtif conçu chez lui, plus ambitieux, plus long à venir. Aucune des deux n’est absurde. Mais elles ne se croisent plus guère, et c’est peut-être la vraie nouvelle de cette année : l’Europe du drone de combat avance à deux vitesses, sans plan commun.

Et le Valkyrie dans tout ça ? Si le calendrier tient, la Luftwaffe pourrait aligner des drones collaboratifs plusieurs années avant l’armée de l’Air et de l’Espace. Un « si » de taille, cela dit.

Et pour vous, télépilote, ça change quoi ?

Directement ? Rien. Les règles européennes qui encadrent vos vols, catégories ouverte et spécifique comprises, découlent du règlement (UE) 2018/1139. Or ce texte, à son article 2, exclut les aéronefs qui mènent des activités militaires sous le contrôle et la responsabilité d’un État membre. Un drone de combat de trois tonnes comme l’Airbus Valkyrie ne relève donc ni d’une classe C, ni d’un examen en ligne, ni d’AlphaTango.

Indirectement, c’est une autre histoire. Les essais et l’entraînement de ces machines se font dans des volumes réservés, publiés par le Service de l’information aéronautique (SIA) sous forme de suppléments à l’AIP. En France, vous en croisez déjà. Certaines zones réglementées temporaires servent à des aéronefs de combat, comme ZENA PERIGORD, qui commence au FL 165 et ne vous concerne pas. D’autres, à basse altitude, accueillent des drones militaires, comme la ZRT SAINT-HILAIRE près d’Orléans, qui part du sol.

Plus les armées européennes achèteront de drones collaboratifs, plus ces zones d’essais et d’entraînement risquent de se multiplier. Simple logique : la « masse » dont parle Airbus, il faudra bien l’entraîner quelque part. Le bon réflexe, lui, ne bouge pas. Avant chaque vol, consultez la carte des restrictions et les SUP AIP en vigueur ; une zone active se contourne, et sans information sûre, mieux vaut la considérer comme active.

Foire aux questions

Quand l’Airbus Valkyrie a-t-il volé pour la première fois en Europe ?

Airbus et Kratos ont annoncé ce premier vol le 12 octobre 2026. Ils n’ont donné ni la date exacte ni le nom du site, présenté comme « un site d’essais en Europe du Nord ». La cellule du Valkyrie, elle, vole aux États-Unis depuis 2019 : c’est la version européenne, l’U740, qui faisait ses débuts sur le continent.

Quelle différence entre le Kratos Valkyrie et l’U740 ?

La cellule est la même, celle du XQ-58A de Kratos : 9,1 m de long, environ 3 tonnes au décollage. L’U740 est la version qu’Airbus propose aux armées européennes. Elle doit recevoir MARS, le système de mission d’Airbus et son logiciel d’IA MindShare, pour que l’utilisateur garde la main sur le logiciel, les données et le matériel de mission. D’après le communiqué d’octobre, MARS arrivera lors d’essais ultérieurs.

La Luftwaffe a-t-elle commandé ce drone de combat Airbus ?

À notre connaissance, non : aucun contrat n’a été rendu public. Airbus et Kratos visent une capacité opérationnelle pour l’armée de l’air allemande en 2029 et présentent leur appareil comme une réponse à ses besoins. D’autres industriels sont sur les rangs, d’après The War Zone : Boeing et Rheinmetall, Helsing et Hensoldt, General Atomics, entre autres.

La France a-t-elle un drone collaboratif équivalent ?

Oui, en développement. Le 8 octobre 2024, le ministère des Armées a lancé un drone de combat furtif destiné à accompagner le Rafale F5, héritier du démonstrateur nEUROn. Dassault Aviation vise une contribution d’ici 2033. À la différence de l’Airbus Valkyrie, il ne part pas d’une cellule américaine existante : c’est un appareil conçu en France.

Sources

  • Assemblée nationale, question écrite n° 12909 et réponse du ministère des Armées et des Anciens combattants (JO du 12 mai 2026)
  • Assemblée nationale, question écrite n° 3250 et réponse du ministère des Armées (JO du 11 novembre 2025)
  • Règlement (UE) 2018/1139, version consolidée au 2 août 2026, article 2 (EUR-Lex)
  • Service de l’information aéronautique (SIA), suppléments à l’AIP
Lu 8
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Jacques couvre la réglementation européenne et la défense : avis de l'EASA, classes de drones, exercices militaires et lutte anti-drones. Il part des textes officiels et des communiqués pour expliquer ce qui change vraiment, sans dramatiser ni minimiser. Il s'intéresse aussi aux zones créées pour les drones d'État et à leurs effets sur les vols civils. Au-delà de ces sujets, Jacques couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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