DJI Dock 4 et Matrice 5TD : la station qui change de batterie en 25 secondes
Le DJI Dock 4 ne se contente plus de recharger la batterie de son drone : il la remplace. DJI a présenté cette station le 14 octobre 2026, avec un nouveau drone, le DJI Matrice 5TD, et un chiffre en vitrine : 25 secondes pour sortir la batterie vide et glisser une batterie pleine. Jusqu’ici, le drone restait posé près d’une demi-heure, le temps de recharger.
Détail de fiche technique ? Pas vraiment. Une station drone automatique (un « drone-in-a-box », dans le jargon) vaut par sa disponibilité, et un drone qui répond à une alerte puis reste cloué au sol 27 minutes laisse un trou dans la couverture d’un site ou d’une ville. Voici ce que DJI annonce, ce que disent les notes de bas de page et ce qu’il faudra pour faire voler l’ensemble en France, où le vol hors vue reste une affaire d’autorisation.
DJI Dock 4 : ce que DJI a lancé le 14 octobre 2026

Le communiqué de DJI présente le DJI Dock 4 comme sa première solution drone-in-a-box avec remplacement automatisé de la batterie. L’ensemble tient en trois pièces : la station, le DJI Matrice 5TD qui y dort entre deux missions et une O4 Ground Station, boîtier à installer en hauteur qui porte la liaison vidéo, la base RTK et la connexion réseau. Celle-ci n’a rien d’une option : à la question « le Dock 4 peut-il fonctionner sans elle ? », la FAQ officielle répond non.
La cible prioritaire, DJI l’appelle le « dock comme premier intervenant » (DFR). Une alerte tombe, le drone décolle dès l’ouverture du capot et file vers les lieux, à 21 m/s au maximum, pour envoyer une image avant l’arrivée des équipes au sol. Un signalement venu d’un système tiers, comme un centre de traitement des appels d’urgence, peut lancer la mission dans DJI FlightHub 2, mais un opérateur doit la confirmer avant le départ du drone, précise le blog de DJI Enterprise.
Aucun prix public. Le DJI Dock 4 passe par les revendeurs agréés DJI Enterprise, et la page produit liste un ensemble type : un Matrice 5TD, la station, une O4 Ground Station, un parachute AP1 et quatre batteries. Une dans le drone, trois dans le carrousel.
Échange de batterie automatique : d’où viennent les 25 secondes
Le chiffre est juste, à condition de lire sa note. DJI mesure les 25 secondes entre la fermeture complète du capot et la fin de l’échange, en environnement de test ; la fiche technique, plus prudente, écrit « < 25 s ». La valeur qui intéresse un exploitant est l’autre : moins de 45 secondes entre l’atterrissage et le redécollage avec une batterie neuve.
Le mécanisme ? Un plateau tournant à quatre logements, dont trois au plus reçoivent une batterie, le quatrième restant libre pour celle qui sort du drone. La station en recharge deux à la fois, en 27 minutes de 15 à 95 % à 25 °C, et sa fiche cite deux méthodes : l’échange et la charge sans fil. L’échange de batterie automatique se déclenche dès que le drone rentre avec moins de 79 %, et un opérateur peut aussi le lancer à distance depuis FlightHub 2.
Pendant que le carrousel tourne, le drone vide sa carte mémoire : les fichiers du vol précédent filent vers la station en Wi-Fi, jusqu’à 80 Mo/s pour les vidéos. Le temps mort sert à quelque chose. Malin.
Autre idée, plus discrète : les batteries du carrousel servent d’alimentation de secours. Chacune fait tourner la station environ 4,5 heures après une coupure, trois peuvent s’enchaîner, et l’échange reste possible tant qu’il en reste deux. Pour les missions qui ne tolèrent aucun trou, la fonction Task Relay fait alterner deux appareils, l’un en vol pendant que l’autre se prépare.
Ce qui change par rapport au Dock 3
Le DJI Dock 3, que nous avions présenté, recharge la batterie dans le drone : 27 minutes de 15 à 95 % selon sa fiche, appareil posé et immobilisé. DJI résume l’écart d’une formule : on passe « de 30 minutes de recharge à quelques secondes ». Pour une inspection planifiée par jour, la différence compte peu. Pour une ville qui veut envoyer un drone sur chaque appel, elle change tout.

Le reste suit. La plage de fonctionnement descend à -40 °C (contre -30 °C), la station grossit, 66 kg sans drone ni batteries contre 55 kg pour le Dock 3 sans drone, et l’indice de protection reste IP56. Bonne nouvelle pour ceux qui ont déjà coulé un socle : les deux stations partagent les mêmes trous de fixation, 400 × 400 mm.
Mauvaise nouvelle pour leur flotte : le Dock 4 accepte un seul drone, le DJI Matrice 5TD. Côté Dock 4, les drones des gammes Matrice 4 et Matrice 4D ne servent qu’à l’étude du site avant l’installation. Et l’O4 Ground Station, reliée par un câble de 1,5 à 80 mètres, réclame un point haut et dégagé, en vue directe de l’aire d’atterrissage.
DJI Matrice 5TD : la fiche du drone, chiffre par chiffre
Le DJI Matrice 5TD pèse 2 600 g, 3 050 g au maximum au décollage, soit 750 g de plus que le Matrice 4TD. La batterie de 260 Wh (149,9 Wh sur le 4TD) en prend une bonne part, les nouveaux capteurs le reste : un LiDAR rotatif qui balaie 360° à l’horizontale et des radars à ondes millimétriques tournés vers l’avant, le haut et le bas, en plus de la vision dans six directions. DJI annonce la détection de câbles de 11 mm, de nuit comme de jour.
La nacelle réunit trois caméras de 50 MP (grand-angle, moyen télé de 70 mm et télé de 252 mm en équivalent, zoom hybride jusqu’à 176×), un télémètre laser donné pour 3 000 m et une caméra thermique de 1 280 × 1 024 pixels, quatre fois la définition du 640 × 512 du 4TD. L’IA embarquée reconnaît 17 types d’objets, voitures, bateaux ou animaux, et le drone emporte jusqu’à 450 g d’accessoires sur trois points de fixation.
Côté endurance, DJI annonce 59 minutes de vol. Mesurées en laboratoire, sans vent ni charge utile, à 15 m/s constants jusqu’à 0 % de batterie. Le Matrice 4TD affichait 54 minutes, mais à 12 m/s : les deux chiffres ne se comparent pas tout à fait. Le rayon d’action reste de 10 km. Quant aux 21 m/s, ils ne valent que pour les tâches FlyTo ; ailleurs, le drone plafonne à 15 m/s. Il décolle et atterrit jusqu’à 12 m/s de vent, vole de -40 à 50 °C et revendique l’IP55.
Un détail en dit long. À la question du vol manuel avec une radiocommande, la FAQ répond non : c’est un drone de station, piloté depuis FlightHub 2. Et quand son projecteur est allumé, la détection visuelle des obstacles se coupe, seuls le radar et le LiDAR veillent encore.
Une fiche radio pour l’Europe, pas pour les États-Unis
Le site américain DroneXL l’a relevé le 14 octobre : la fiche du DJI Dock 4 donne les puissances d’émission pour le Canada (IC), l’Union européenne (CE), la Chine (SRRC) et le Japon (MIC). Rien pour la FCC, le régulateur américain. Celle du Dock 3 cite la FCC sur chaque bande. Vérification faite sur les deux fiches en français, c’est exact.
L’explication tient dans l’avis public DA 25-1086 de la FCC : depuis le 22 décembre 2025, les drones et leurs composants critiques produits à l’étranger figurent sur la Covered List, et un équipement « couvert » ne peut plus recevoir d’autorisation. Nous avons détaillé les conséquences dans notre article sur DJI interdit aux États-Unis. Sur le papier, le DJI Dock 4 vise donc les autres marchés, dont le nôtre.
Pour un exploitant européen, la fiche réserve quand même des surprises. La portée de transmission, sans obstacle ni brouillage, tombe à 12 km en norme CE, contre 40 km en norme canadienne. La bande sous 2 GHz, vantée contre les interférences, n’y figure qu’avec les mentions IC, MIC et SRRC. Le radar millimétrique « peut être indisponible ou restreint » selon les pays, la 4G aussi, et l’installation au pied des tours dépend d’une couverture de positionnement « actuellement disponible dans la plupart des régions d’Asie-Pacifique ». À faire confirmer par le revendeur avant de signer.
Faire voler un DJI Dock 4 en France : la réglementation
Une station drone automatique dont le drone part seul, sans pilote sur place et hors de toute vue : la catégorie ouverte est exclue. On bascule en catégorie spécifique, gérée en France par la DSAC. Deux portes : la déclaration, si l’opération entre dans un scénario standard européen, ou l’autorisation d’exploitation. Les scénarios nationaux S-1 à S-3 n’existent plus depuis le 1er janvier 2026, rappelle la page du ministère.
Le STS-02 autorise le vol hors vue (BVLOS) avec un drone de classe C6, à 1 km du télépilote (2 km avec des observateurs de l’espace aérien), au-dessus d’une zone contrôlée au sol et faiblement peuplée. DJI indique que le DJI Matrice 5TD équipé du parachute AP1 répond aux exigences C5 et C6, ce qui le rangerait parmi les drones de classe C6. Mais une station dont le drone file à 10 km déborde de ce cadre, et DJI l’écrit lui-même : ses fonctions de sécurité ne dispensent pas des autorisations requises.
Reste l’autorisation d’exploitation, délivrée par la DSAC pour une durée définie après une analyse de risque SORA (voir notre guide de la demande SORA). Un raccourci existe pour certains sites : le PDRA-G03, analyse pré-remplie pour le vol hors vue sur routes préprogrammées, en zone faiblement peuplée, sous 50 m (ou dans un espace ségrégué) et dans la portée directe de la liaison radio. Le guide de la DSAC cite justement la « surveillance par drone automatique ».
Deux règles pèsent lourd pour une station censée tourner jour et nuit. La nuit, d’abord : en catégorie spécifique, on vole de jour, sauf exceptions étroites, espace aérien ségrégué ou dérogation du préfet après avis de la DSAC et de la défense. La ville, ensuite : tout vol en zone peuplée se déclare en préfecture via AlphaTango au moins 10 jours ouvrés avant. Difficile à concilier avec une intervention sur alerte. C’est le point à régler en premier avec l’administration.
Le précédent existe. En octobre 2023, la DSAC a autorisé Altametris, filiale de SNCF Réseau, et Flying Eye à exploiter un premier DJI Dock au nord-est du Mans, d’après le retour d’expérience de FlyingHub : plus de 200 animaux repérés près des voies, une dizaine de vols par jour. Nous avions raconté cette autorisation d’un DJI Dock en milieu ferroviaire. Pompiers et forces de l’ordre suivent un autre régime : leurs missions de police, de secours ou de lutte contre l’incendie sortent du champ de la réglementation européenne, comme nous l’expliquions pour les drones des pompiers.
Pour qui ? Notre avis sur le DJI Dock 4
Franchement, l’échange de batterie automatique corrige le vrai point faible des stations DJI. Avec moins d’une minute d’immobilisation, on enchaîne les vols, ou on en fait tourner deux en relais. Pour surveiller un site industriel, une sous-station ou une emprise ferroviaire, c’est ce qui manquait, et la thermique en 1 280 × 1 024 pèse lourd pour les rondes de nuit. Si la nuit est autorisée.
Les limites sont ailleurs. Pas de prix publié. Et l’ensemble (station de 66 kg, mât, câblage, réseau) tient du chantier plus que de l’achat sur catalogue. Le DJI Matrice 5TD ne vole qu’avec sa station, sans mission manuelle possible comme sur un Matrice 400. Et en France, le goulot d’étranglement reste le dossier. Bref : une belle machine pour les exploitants rodés à la SORA, beaucoup moins pour ceux qui découvrent la catégorie spécifique.
Foire aux questions
Combien coûte le DJI Dock 4 ?
DJI n’a publié aucun prix au lancement, le 14 octobre 2026. La station se vend par les revendeurs agréés DJI Enterprise, sur devis : station, Matrice 5TD, O4 Ground Station obligatoire, parachute AP1 et batteries, selon la configuration. Ajoutez l’installation (socle, mât, câblage, réseau) et, en France, le montage du dossier d’autorisation.
Le DJI Dock 4 fonctionne-t-il avec un Matrice 4TD ?
Non. Selon la FAQ, le DJI Dock 4 est compatible uniquement avec le DJI Matrice 5TD. Les drones des gammes Matrice 4 et Matrice 4D servent seulement à l’étude du site avant l’installation. Seul point commun avec le Dock 3 : les trous de fixation, 400 × 400 mm, qui permettent de réutiliser un socle existant.
Faut-il une autorisation pour utiliser un DJI Dock 4 en France ?
Dans la plupart des cas, oui. Le vol hors vue sans pilote sur place relève de la catégorie spécifique, et le STS-02 (classe C6, 1 km du télépilote, 2 km avec observateurs, zone faiblement peuplée) couvre mal l’usage d’une station. Il faut alors une autorisation d’exploitation de la DSAC, fondée sur une analyse SORA ou un PDRA, plus les démarches propres à la nuit et aux zones peuplées.
Que se passe-t-il en cas de coupure de courant ?
Les batteries du carrousel prennent le relais, environ 4,5 heures chacune et jusqu’à trois à la suite, selon la fiche technique. La station continue d’échanger la batterie du drone tant qu’il en reste au moins deux, mais elle ne recharge plus et ne climatise plus. L’O4 Ground Station dispose de sa propre batterie, donnée pour environ 45 minutes.
Sources
- Ministère de la Transition écologique : exploitation de drones en catégorie spécifique (mise à jour du 13 juillet 2026)
- DSAC : guide « Usages des aéronefs sans équipage à bord, catégorie spécifique », édition 2, version 1.1 du 9 mars 2026
- DSAC : fiche réflexe de la catégorie spécifique
- EASA : scénarios standard européens (STS)
- FCC : avis public DA 25-1086 (22 décembre 2025)

