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Parrot SDK 8 : ce que le kit souverain de Parrot change pour les développeurs de drones

Nicolas Par Nicolas
9 octobre 2026
dans Actualités
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Opérateur testant une application drone sur un terrain d’essai, tablette en main

Parrot SDK 8 : ce que le kit souverain de Parrot change pour les développeurs de drones

Le Parrot SDK 8 est arrivé en deux temps, et c'est la première chose à retenir pour ne pas se tromper de date. Parrot l'a présenté dans sa newsroom le 2 octobre 2025, avec deux machines en vitrine, le micro-drone ANAFI UKR et l'autopilote CHUCK 3.0, puis a remis la même page en ligne le 10 septembre 2026. Entre les deux, le 22 mai 2026, les développeurs ont reçu la première version réellement téléchargeable, la 8.4. Les versions 8.0 à 8.3 n'ont jamais quitté les murs de l'entreprise. Voilà pour le calendrier.

Reste le fond : que contient ce kit que Parrot qualifie de « souverain », et que vaut ce mot dans la bouche d'un fabricant qui livre désormais l'OTAN ? On lit encore un peu partout que le SDK Parrot vise d'abord l'ANAFI USA et l'ANAFI Ai. C'est daté. Pages actuelles de Parrot, notes de version du forum, documentation 8.4.2, dépôts GitHub : tout ce qui suit a été vérifié, le reste écarté.

Parrot SDK 8 : ce que Parrot a annoncé, et quand

La page officielle tient en quelques lignes. Parrot y présente son « dernier SDK souverain » comme la huitième génération de quinze ans de travail sur l'open source et l'interopérabilité, et avance deux chiffres : plus de 60 partenaires spécialisés, des solutions dans plus de 20 catégories. Ce sont les chiffres de Parrot, pas les nôtres, sans noms ni liste. Un ordre de grandeur commercial, rien de plus.

Ce qui frappe, c'est ce que la page ne dit pas : aucun composant nommé, aucune licence, aucune citation de dirigeant. Pour le contenu réel, direction le forum des développeurs. Le 22 mai 2026, un salarié de Parrot y publie l'annonce « Parrot Drones SDK + Sphinx 8.4 », calée sur la mise à jour 8.4 de FreeFlight 8, du firmware de l'ANAFI UKR et de la radiocommande Skycontroller.

En clair, « SDK 8 » désigne à la fois une génération annoncée en octobre 2025 et une livraison concrète en mai 2026. La documentation en ligne porte le numéro 8.4.2, et le portail développeur renvoie désormais vers une page du site principal.

Poste de développement avec un micro-drone quadrirotor posé sur le bureau, pour illustrer le SDK Parrot
Un poste de développement type : code au sol, drone à portée de main (image d'illustration, appareil générique).

Quels drones ? ANAFI UKR et CHUCK 3.0 en tête, ANAFI Ai et USA toujours là

La newsroom ne cite que deux appareils. L'ANAFI UKR, le micro-drone de reconnaissance né du retour d'expérience ukrainien, et le CHUCK 3.0, un autopilote de 390 g que Parrot vend pour équiper « toute plateforme », quadrirotor, voilure fixe, VTOL ou hélicoptère. Les deux ont été dévoilés au salon du Bourget en juin 2025. C'est le cœur de cible du Parrot SDK 8, et ce n'est pas un hasard : ce sont les deux produits défense de la maison.

Les anciens ne sont pas abandonnés pour autant. La page du programme SDK indique que le kit étend les capacités de l'ANAFI USA, de l'ANAFI Ai, de l'ANAFI UKR et du CHUCK 3.0. Mais tout n'est pas disponible partout. L'Air SDK, celui qui fait tourner du code à bord, ne connaît que l'ANAFI Ai et l'ANAFI UKR. Et OpenFlight, le noyau open source de l'application FreeFlight 7, ne fonctionne qu'avec l'ANAFI Ai (réponse de Parrot sur son forum, décembre 2023).

Les notes de la 8.4 ajoutent une ligne intrigante : prise en charge de « nouveaux modèles (série Anafi 3, Chuck 3) » dans le Ground SDK. Parrot n'explique nulle part ce que recouvre cette « série Anafi 3 », aucune page produit ne porte ce nom. On s'abstiendra d'inventer.

Les sept briques du SDK Parrot, et à quoi elles servent

Le mot SDK cache une collection d'outils. La version 8.4 en livre cinq officiellement (Air SDK, Ground SDK pour iOS et Android, Ground SDK Tools pour Linux, Olympe, Sphinx), deux autres gravitent autour (PDrAW, OpenFlight).

Air SDK. C'est la pièce la plus originale du lot. Vous écrivez une « mission » qui s'exécute directement sur le processeur du drone et change son comportement en vol. Parrot le revendique comme une première sur un appareil du commerce. Depuis la 8.4, le développement se fait sous Ubuntu 24.04, et l'Air SDK sait faire tourner Olympe à bord.

Ground SDK Android et Ground SDK iOS. Les bibliothèques pour écrire une application mobile qui pilote le drone et affiche sa vidéo. Android 10 minimum d'un côté, iOS 15 de l'autre, code publié sous licence BSD-3 dans les deux cas. C'est la brique qui a le plus bougé : la majeure partie du code Android est passée de Java à Kotlin, et le Ground SDK prend maintenant en charge Android 15 et les Mac Apple Silicon.

Ground SDK Tools et son lecteur PDrAW. Des outils de bureau sous Linux pour lire, enregistrer et traiter les flux vidéo et leurs métadonnées : flux RTSPS, lecture plus rapide que le temps réel, décodage matériel sur Jetson NVIDIA.

Olympe. Une interface Python pour piloter un drone depuis un PC Linux, en script. Pratique pour automatiser des tests, enchaîner des plans de vol, brancher un traitement d'image. La 8.4 abandonne Python 3.8 et réorganise l'arborescence des modules.

Sphinx. Le simulateur. Il repose sur Gazebo et Unreal Engine ; la 8.4 inaugure son premier monde en Unreal Engine 5 et des scènes à plusieurs drones. Vous pouvez donc développer et tester sans posséder un seul drone Parrot. Franchement, pour un indépendant ou un étudiant, c'est l'argument le plus utile de toute la liste.

OpenFlight, enfin. Le cœur open source de FreeFlight 7, publié pour iOS, à partir duquel on peut bâtir sa propre application de pilotage pour l'ANAFI Ai.

Schéma Parrot SDK 8 : sept briques (Air SDK, Ground SDK Android et iOS, Olympe, Ground SDK Tools, Sphinx, OpenFlight), drones visés et dates
Les composants du Parrot SDK 8 en version 8.4, où ils tournent et pour quels drones (sources : Parrot, forum développeurs, documentation 8.4.2).

Version 8.4 : Kotlin, Ubuntu 24.04, Android 15, et une rupture thermique

Si vous aviez une application bâtie sur le Ground SDK 7.x, lisez ceci avant de mettre à jour. Parrot l'écrit en toutes lettres : la nouvelle API ThermalControl2 casse la compatibilité avec l'ancienne API Thermal 1. Il faut migrer vers Thermal 2 pour continuer à utiliser les fonctions thermiques, côté Ground SDK comme côté Olympe. Pour une application d'inspection thermique en production, c'est le vrai point dur de cette version.

Deux autres points d'attention : Olympe a réorganisé ses modules (un import par chemin complet peut échouer, même si l'ancienne architecture reste en grande partie prise en charge), et Sphinx abandonne Debian 11, supprime l'option de port JSON-RPC et fige les coordonnées GPS pendant la simulation.

Côté bonnes nouvelles, la liste est longue : Ubuntu 24.04 (Noble Numbat) partout, de nouveaux périphériques exposés dans le Ground SDK (radio MARS, liaison de secours, vision nocturne, antenne déportée, élément sécurisé des radiocommandes), le stockage chiffré. L'Air SDK gagne une interface de mission construite sur FastAPI.

Bref, rien de cosmétique. C'est tout l'écart entre la 7.7 et la 8.4 livré d'un bloc, avec les cassures que cela suppose.

MAVLink, GUTMA, BSD-3 : ouvert jusqu'où ?

Parrot répète « open source » à chaque ligne. Que peut-on vérifier ? D'abord les licences. Sur GitHub, l'organisation Parrot-Developers compte une centaine de dépôts. Olympe, PDrAW et les modules iOS du Ground SDK portent la licence BSD-3, une licence permissive : vous pouvez intégrer le code dans un produit fermé, à condition de conserver la mention de copyright.

Ensuite l'accès. La page du programme affirme que les ressources du SDK Parrot sont gratuites, « sans inscription ni suivi », et que le forum n'a aucune condition d'accès. Nous l'avons constaté : tout se consulte sans compte. Pour qui a connu les portails à clé d'application, le contraste est réel.

Enfin les standards. Parrot annonce ses drones compatibles avec deux protocoles ouverts : MAVLink, le format des plans de vol que lisent Olympe et le Ground SDK, et GUTMA, le format de journaux de vol défini par la Global UTM Association en 2018. Ces formats existaient avant le Parrot SDK 8, mais ils comptent : un plan de vol MAVLink préparé pour un autre appareil se rejoue sur un ANAFI.

Ce qui n'est pas ouvert ? Rien n'indique que le firmware du drone ou la radio MARS soient publiés. « Open source » qualifie les outils de développement, pas la machine. C'est la limite à garder en tête avant de lire le mot « souverain ».

Souverain, c'est-à-dire ? Le contexte défense et OTAN

Le mot n'est pas choisi au hasard. Parrot l'applique au SDK, à l'ANAFI UKR et au CHUCK 3.0 dans la même page. Fondée en 1994 par Henri Seydoux, cotée à Paris, Parrot a quitté le drone grand public (en 2017 selon Wikipédia, virage défense acté en 2019 selon BFM Bourse) pour les drones professionnels et militaires. Le chiffre d'affaires est passé de 326 millions d'euros en 2015 à 79,8 millions en 2025, et le logiciel pèse environ 40 % des revenus, d'après BFM Bourse.

Le 17 mars 2026, Parrot annonce les premières commandes passées par l'Agence OTAN de soutien et d'acquisition (NSPA) pour l'ANAFI UKR : livraisons par tranches de 100 à 500 unités depuis le premier trimestre 2026, forces de défense finlandaises comme premier client, un second client non nommé. Le lendemain, le titre bondit d'environ 31 % en Bourse. Le communiqué parle de « souveraineté totale des données » et d'une fabrication aux États-Unis et en Corée du Sud. Le SDK, lui, n'y est pas mentionné.

Alors, souverain, le kit ? Ce que les sources permettent de dire : outils publiés par une société française, consultables sans compte, sous licence permissive, et un CHUCK 3.0 présenté au Bourget comme conçu « sans composants chinois », d'après ce que Parrot déclarait sur son stand à EDR Magazine. Le reste relève du discours commercial.

Mais le contexte lui donne du poids. DJI se bat devant les tribunaux américains contre son inscription sur une liste du Pentagone, la DGA finance cinq projets de drones MALE français, et la filière française accélère ses livraisons de drones à l'Ukraine. Pour un acheteur public européen, un SDK maintenu en France a une valeur. Mesurable ? Pas vraiment. Réelle ? Oui.

Face au SDK DJI : trois différences qui comptent

Notre article sur le SDK des drones DJI rappelle l'étendue de l'offre du leader mondial : le Mobile SDK V5 couvre les Matrice 4, 30, 300 et 350 RTK, les Mavic 3 Enterprise, les Mini 3 et Mini 4 Pro, avec à côté un Payload SDK, un Onboard SDK et un Edge SDK. En volume, Parrot ne joue pas dans la même cour.

Un, les plateformes mobiles : le Mobile SDK V5 ne cite qu'Android ; le Ground SDK de Parrot sort en Android et en iOS. Deux, la licence : DJI décrit comme open source son exemple d'application, pas le kit, dont la page ne précise pas la licence ; chez Parrot, Olympe, PDrAW et le Ground SDK sont sous BSD-3. Trois, le simulateur et le code embarqué : Sphinx et l'Air SDK n'ont pas d'équivalent affiché sur la page du Mobile SDK.

Honnêtement, aucune de ces différences ne fera basculer un prestataire qui vit de ses Mavic. Elles pèsent pour une administration ou un industriel de défense qui veut relire le code qu'il embarque. C'est exactement la clientèle que Parrot vise.

Par où commencer, concrètement

Première étape, sans dépenser un euro : installer Sphinx et Olympe sur un PC Ubuntu 24.04, faire décoller un drone virtuel en Python, lui envoyer un plan de vol MAVLink. Tout est dans la documentation 8.4.2. Deuxième étape, si vous visez une application mobile : cloner le Ground SDK Android ou iOS depuis GitHub, compiler, puis brancher un ANAFI Ai ou un ANAFI UKR. Troisième, pour les ambitieux : une mission Air SDK, donc du code qui vole.

Un rappel qui n'a rien de technique : développer sa propre application ne dispense de rien, ni catégorie d'exploitation, ni identification à distance, ni zones géographiques. Notre point sur ce que change la réglementation drone européenne en 2026 reste valable, que le code soit signé Parrot, DJI ou vous-même.

Dernier conseil : surveillez le fil « Annonces » du forum. C'est là que s'annoncera la prochaine rupture d'API, pas dans la newsroom.

Foire aux questions

Le Parrot SDK 8 est-il vraiment gratuit ?

Oui, d'après Parrot : la page du programme SDK indique des ressources gratuites, sans inscription ni suivi, et le forum est ouvert sans condition. Documentation, dépôts GitHub et notes de version se consultent sans compte. Les drones, eux, ne sont pas gratuits : l'ANAFI UKR démarrait autour de 15 000 euros au lancement.

Quelle différence entre Air SDK, Ground SDK et Olympe ?

L'Air SDK fait tourner votre code à bord du drone (ANAFI Ai et ANAFI UKR seulement). Le Ground SDK sert à écrire une application mobile de pilotage, en Kotlin sur Android ou en Swift sur iOS. Olympe pilote le drone depuis un PC Linux, en Python, et se marie avec le simulateur Sphinx. Trois outils, trois lieux d'exécution : le drone, le téléphone, l'ordinateur.

Mon application thermique Ground SDK 7 va-t-elle casser avec la 8.4 ?

Oui, si elle utilise l'API Thermal 1. Parrot indique que ThermalControl2 rompt la compatibilité et que la migration est obligatoire pour conserver les fonctions thermiques, dans le Ground SDK comme dans Olympe. Vérifiez aussi vos imports Olympe (arborescence réorganisée) et l'abandon de Python 3.8. Testez dans Sphinx avant de toucher à un drone réel.

Le SDK Parrot fonctionne-t-il avec les drones DJI ?

Non. Le SDK Parrot ne pilote que les drones Parrot : ANAFI, ANAFI Thermal, ANAFI USA, ANAFI Ai, ANAFI UKR et l'autopilote CHUCK. Le point commun avec DJI se limite aux formats ouverts : un plan de vol MAVLink se transporte d'un écosystème à l'autre, pas le code applicatif. Pour développer sur Mavic ou Matrice, il faut le Mobile SDK de DJI.

Sources

  • Parrot, newsroom : « Parrot SDK 8 »
  • Forum développeurs Parrot : annonce de la version 8.4
  • Parrot for Developers, documentation 8.4.2
  • Parrot, Open source SDK program
  • GitHub Parrot-Developers
  • Parrot, communiqué du 17 mars 2026 (commandes NSPA)
  • BFM Bourse / Tradingsat, 19 mars 2026
  • EDR Magazine, CHUCK 3.0 au Bourget
  • Wikipédia : Parrot (entreprise)
  • DJI Developer, Mobile SDK V5
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Tags: LogicielsMatériels DJIPhotogrammétrieTopographieAgricultureCartographieConseilsDéfenseDrones ProfessionnelsInnovationsInspectionRéglementation Drone
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Nicolas s'occupe du matériel et du terrain : nouveaux drones, voilures fixes, batteries, caméras, et les salons et manifestations où l'on peut les voir voler. Il vérifie les chiffres annoncés par les constructeurs avant de les reprendre et signale ce qui relève encore du prototype. Il suit aussi les essais de drones hors vue et en longue élongation. Au-delà de ces sujets, Nicolas couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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