Laboratoires chinois exclus par la FCC : quel effet pour DJI et pour vous ?
Le 29 octobre 2026, la FCC votera sur un texte qui pourrait couper le robinet des laboratoires chinois FCC : à partir du 1er décembre 2028, aucun appareil radio ne pourrait plus obtenir son autorisation américaine sur la foi d’essais réalisés en Chine continentale. On pense tout de suite à DJI. Pour ses drones, pourtant, ce vote ne changera à peu près rien. Pour ses caméras DJI Osmo, c’est une autre histoire.
Et pour vous, télépilote en France ? Deux choses à ne pas confondre : la certification FCC drone, qui vaut pour le marché américain, et le marquage CE avec sa classe C0 à C6, qui vaut chez nous. On reprend tout, document de la FCC en main.
Ce que la FCC votera le 29 octobre
Le président de la FCC, Brendan Carr, a annoncé le texte le 7 octobre, et le projet a été mis en ligne dans la foulée avec une fiche de synthèse datée du 8 octobre. Nom officiel : « Third Report and Order », dossier ET 24-136, référence FCC-CIRC2610-05. Retenez surtout ceci : le texte sur les laboratoires chinois FCC n’est encore qu’un projet. La FCC précise elle-même que le document reste « susceptible de modification » et qu’il ne constitue pas une décision officielle tant que les commissaires ne l’ont pas adopté.
Que dit-il ? La FCC ne reconnaîtrait plus que les laboratoires d’essai situés aux États-Unis ou dans une « économie réciproque », c’est-à-dire un pays ou un territoire lié à Washington par un accord de reconnaissance mutuelle (ARM) ou un accord commercial réciproque comparable. Les organismes de certification (les TCB, qui délivrent les autorisations) et les organismes d’accréditation seraient logés à la même enseigne.

Le texte va plus loin qu’une carte des pays. Un laboratoire américain ou européen qui ferait ses mesures dans une antenne en Chine serait lui aussi hors jeu. Ce qui compte, c’est l’endroit où l’appareil est mesuré.
Au même ordre du jour figure un autre dossier qui intéresse le monde du drone : l’ouverture de 50 MHz de la bande cellulaire des 800 MHz aux drones, interdits jusqu’ici dans cette bande.
82 % des appareils testés en Chine : les chiffres de la FCC
Le chiffre qui a fait les titres dans l’affaire des laboratoires chinois FCC vient du projet lui-même. En 2025, plus de 82 % des essais liés aux demandes d’autorisation déposées à la FCC ont été réalisés en République populaire de Chine. En 2007, c’était environ 13 %. Les laboratoires américains, eux, sont passés d’environ 31 % des essais en 2007 à moins de 4 % en 2025.
Le plus frappant, c’est l’écart entre le nombre de laboratoires et le volume de travail. La FCC en reconnaît 609. Un quart d’entre eux (25,1 %) sont en Chine, 18,4 % à Taïwan, 17,9 % aux États-Unis, 9,4 % au Japon, 6,6 % en Corée du Sud et 3,3 % en Allemagne. Les laboratoires américains existent donc, mais ne récupèrent presque rien. La raison avancée par plusieurs commentateurs : le prix. Selon DroneXL, un patron de laboratoire américain a expliqué à la FCC que les labos chinois facturent de 30 à 70 % moins cher.
La FCC, de son côté, met en avant la fiabilité. Ses règles « Bad Labs » de 2025, qui interdisent qu’un laboratoire soit contrôlé par un « adversaire étranger », ont déjà fait perdre leur reconnaissance à 29 laboratoires. Dans le dossier des laboratoires chinois FCC, elle cite surtout le cas du laboratoire SLG-CPC, chez qui elle a relevé 33 rapports d’essais incorrects ou faux, dont des rapports identiques déposés pour des produits sans rapport entre eux (des écouteurs sans fil et des balises de localisation, par exemple). Un copier-coller, en clair.
Brendan Carr résume : la FCC veut « exiger un traitement équitable et réciproque dans le commerce international ». Un texte de politique commerciale autant que de sécurité, et il assume les deux.
Calendrier : de l’annonce au 1er décembre 2028
Si le texte passe le 29 octobre en l’état, rien ne basculerait du jour au lendemain. La FCC prévoit une période de transition unique, que le projet chiffre à 24 mois, jusqu’au 1er décembre 2028.
Pendant cette période, les laboratoires installés en Chine continentale garderaient leur reconnaissance. Le bureau d’ingénierie de la FCC (l’OET) continuerait même d’en reconnaître de nouveaux. Le piège est ailleurs : toutes ces reconnaissances de laboratoires chinois FCC tomberaient automatiquement le 1er décembre 2028, quelle que soit leur date de délivrance.

Et ce qui est déjà autorisé ? Le projet est clair, et rassurant. La règle serait prospective : elle ne révoque aucune autorisation déjà accordée et n’impose aucun nouvel essai aux appareils déjà certifiés. Les demandes reçues avant le 1er décembre 2028 seraient traitées selon l’ancienne règle. Seules les demandes déposées à partir de cette date devraient s’appuyer sur des essais réalisés aux États-Unis ou dans un pays réciproque.
Pas de passe-droit en revanche : la FCC refuse la liste blanche de laboratoires « de confiance » en Chine proposée par certains, comme toute procédure générale de dérogation. L’industrie demandait aussi plus de temps : trois à cinq ans pour l’ITI, au moins trois ans pour la CTA, 36 mois pour l’association des constructeurs automobiles. La FCC a tranché à deux ans, en estimant que ces demandes manquaient souvent d’éléments chiffrés.
Le vote s’accompagne d’une nouvelle consultation : comment développer la capacité d’essai aux États-Unis et dans les pays réciproques ? D’autres mesures y sont proposées, comme une meilleure surveillance des produits après leur mise sur le marché.
Laboratoires chinois FCC : et les produits DJI ?
Commençons par les drones. Depuis le 22 décembre 2025, tous les drones et composants critiques de drones produits hors des États-Unis figurent sur la Covered List de la FCC, la liste des équipements jugés dangereux pour la sécurité nationale. Un équipement inscrit sur cette liste ne peut plus recevoir de nouvelle autorisation, quel que soit le laboratoire qui l’a testé. Nous avons détaillé ce mécanisme, ses exceptions et ses suites judiciaires dans notre article sur DJI interdit aux États-Unis et ce que décide la FCC.
Conséquence directe : pour un drone comme le DJI Mini 5 Pro, la règle sur les laboratoires n’ajoute rien. La porte est déjà fermée par un autre verrou. Ce dossier s’ajoute d’ailleurs à un contentieux plus ancien, puisque DJI conteste aussi sa désignation par le Pentagone, comme nous l’avions raconté à propos de l’appel de DJI devant la justice américaine.
Restent les produits DJI qui ne volent pas, et c’est là que la règle des laboratoires chinois FCC pourrait peser. Le statut exact des caméras DJI Osmo au regard de la Covered List fait débat, mais DroneXL, qui suit de près la base de données de la FCC, indique que la gamme continue d’obtenir des autorisations. Toujours selon DroneXL, le dossier FCC de la DJI Osmo Pocket 4P désigne un laboratoire de Shenzhen pour les essais. Si c’est bien le cas, une future caméra de poche DJI Osmo déposée après décembre 2028 devrait passer par un autre laboratoire.
Les DJI Osmo disparaîtraient-elles du marché américain ? Pas mécaniquement. Hong Kong figure dans la liste des économies réciproques du projet (accord de l’APEC de 1999), tout comme Taïwan, le Japon, la Corée du Sud et le Vietnam. Un fabricant de Shenzhen pourrait donc faire tester ses appareils de l’autre côté de la frontière, ou à Taipei. Ce serait plus cher et plus lent, pas impossible. La même logique vaudrait pour la mini-caméra DJI Osmo Nano ou pour un micro, une batterie, un chargeur.
Certification FCC drone : comment se passe une autorisation ?
Aux États-Unis, presque tout appareil qui émet des ondes radio doit être autorisé par la FCC avant sa vente : téléphone, routeur, radiocommande, drone. Le fabricant fait mesurer son produit par un laboratoire reconnu, puis un organisme de certification délivre l’autorisation, visible dans la base publique sous un « FCC ID ». La certification FCC drone suit ce chemin, comme pour n’importe quel appareil. Le vote du 29 octobre ne touche pas aux normes techniques : il touche à l’endroit où les mesures sont faites.
Pour le télépilote européen : ce qui change, ou pas
Réponse courte : rien sur le plan juridique. Certification FCC drone et marquage CE sont deux systèmes indépendants, et le vote sur les laboratoires chinois FCC n’y change rien. Un drone vendu en France doit respecter le règlement délégué (UE) 2019/945, qui fixe les exigences de conception, et porter le marquage CE accompagné de son étiquette de classe. Le règlement prévoit sept classes, de C0 à C6. Aucune ligne de ce texte ne renvoie à la FCC.
La procédure européenne suit sa propre logique. Pour un drone de classe C0, C4, C5 ou C6, le fabricant peut évaluer lui-même la conformité (contrôle interne de la production), s’il applique les normes harmonisées publiées au Journal officiel. Pour les classes C1, C2 et C3, il passe par un examen UE de type ou par une assurance complète de la qualité, avec un organisme notifié.
Le fabricant signe ensuite une déclaration UE de conformité et appose le marquage CE ; l’importateur vérifie que tout a été fait. Si vous voulez revoir ce que la classe implique pour vos vols, notre article sur les démarches pour un drone marqué C1 fait le tour de la question.
La partie radio (radiocommande, liaison vidéo, Wi-Fi) relève en plus de la directive 2014/53/UE sur les équipements radioélectriques. Là encore, c’est un cadre européen, avec ses propres règles.
Détail important : l’Union européenne fait partie des économies réciproques, grâce à l’accord de reconnaissance mutuelle signé avec les États-Unis en 1998, et la France figure nommément dans l’annexe D du projet. Un laboratoire français resterait donc utilisable pour une certification FCC drone. Pour les fabricants européens, le texte pourrait même ramener du travail vers des labos du continent.
Des effets indirects ? Possibles, mais rien n’est écrit. Si les fabricants chinois paient plus cher leurs essais pour le marché américain, une partie du coût pourrait se répercuter sur les prix ou sur le calendrier de sortie de certains produits. Personne ne peut le chiffrer. Notre avis : surveillez les lancements de caméras DJI Osmo et d’accessoires, pas ceux des drones, déjà bloqués outre-Atlantique. Et gardez en tête que chaque pays avance avec son propre système, comme le montre l’arrivée du marquage des drones au Royaume-Uni.
Ce qui peut encore bouger d’ici le vote
Le texte peut encore évoluer jusqu’à la réunion, et la règle des laboratoires chinois FCC a ses opposants. La Chine, par la voix de son point d’information auprès de l’OMC, juge la mesure discriminatoire et contraire à l’article 5.1.1 de l’accord sur les obstacles techniques au commerce, qui impose de traiter les fournisseurs étrangers aussi favorablement que les nationaux pour l’évaluation de la conformité. Côté américain, la CTA, l’ITI et les constructeurs automobiles s’y sont opposés ou ont réclamé plus de temps.
Ce vote n’arrive pas de nulle part. Au printemps 2026, la FCC avait déjà adopté une voie rapide pour les appareils testés dans des laboratoires « de confiance » et lancé la consultation sur la réciprocité. Le texte du 29 octobre en est la suite logique. S’il est adopté, il faudra encore attendre le guide de mise en œuvre que l’OET doit publier avant décembre 2028.
Bref, à surveiller : le résultat du 29 octobre, puis la façon dont DJI réorganisera ses essais. Une dépêche de Reuters reprise par The Business Standard donnent le contexte ; l’analyse détaillée de DroneXL sur le vote de la FCC suit plus précisément le cas des produits DJI.
Foire aux questions
Le vote sur les laboratoires chinois FCC interdit-il les drones DJI ?
Non, ce n’est pas ce texte qui bloque les drones. Depuis le 22 décembre 2025, tous les drones produits à l’étranger sont inscrits sur la Covered List et ne peuvent plus recevoir de nouvelle autorisation. La règle sur les laboratoires, si elle est adoptée le 29 octobre, viserait surtout les produits encore autorisables, comme les caméras DJI Osmo et les accessoires.
Mon drone DJI acheté en France est-il concerné ?
Non. En Europe, un drone doit porter le marquage CE et, selon le cas, une étiquette de classe C0 à C6 prévue par le règlement (UE) 2019/945. La certification FCC drone n’a aucun rôle dans ce marquage, et le vote américain ne change ni votre droit de voler ni les règles de la catégorie ouverte.
Les appareils déjà autorisés par la FCC seront-ils retirés ?
Pas d’après le projet : une caméra DJI Osmo déjà autorisée le resterait. La règle serait prospective : aucune autorisation existante ne serait révoquée et aucun nouvel essai ne serait exigé. Les demandes déposées avant le 1er décembre 2028 suivraient l’ancienne règle. Seules les nouvelles demandes déposées après cette date devraient s’appuyer sur un laboratoire situé aux États-Unis ou dans un pays réciproque.
Les laboratoires européens restent-ils reconnus par la FCC ?
Oui. Contrairement aux laboratoires chinois FCC visés par le projet, ceux de l’Union restent dans le jeu : l’Union européenne est liée aux États-Unis par un accord de reconnaissance mutuelle depuis 1998, et la France figure dans la liste des économies réciproques du projet. Un laboratoire installé en France pourrait donc continuer ses essais pour la FCC après décembre 2028.
Sources
- FCC, communiqué du président Carr sur la réciprocité des laboratoires d’essai, 7 octobre 2026
- FCC, fiche de synthèse et projet de Third Report and Order, dossier ET 24-136 (FCC-CIRC2610-05)
- FCC, ordre du jour de la réunion publique d’octobre 2026
- FCC, avis public DA 25-1086 du 22 décembre 2025 sur l’inscription des drones produits à l’étranger à la Covered List
- FCC, accords de reconnaissance mutuelle pour l’autorisation des équipements
- EUR-Lex, règlement délégué (UE) 2019/945, version consolidée
- EUR-Lex, directive 2014/53/UE relative aux équipements radioélectriques
- AESA (EASA), la catégorie ouverte des drones civils

