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Drone et incendie de forêt : détecter les feux avant qu’ils ne s’étendent

Sophie Par Sophie
9 octobre 2026
dans Actualités
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Vue aérienne d’une forêt de pins méditerranéens à l’aube, un petit drone blanc en vol au premier plan

Drone et incendie de forêt : détecter les feux avant qu'ils ne s'étendent

Un drone incendie de forêt capable de repérer un départ de feu, de vérifier l'alerte puis de larguer de l'eau sans aucun pilote : l'idée a quitté les salons d'innovation pour une forêt d'Alaska en juin 2026. La start-up allemande Dryad Networks y a terminé deuxième de la piste « réponse autonome » du concours XPRIZE Wildfire, avec 800 000 dollars à la clé. Elle l'a annoncé le 8 octobre, deux semaines après la cérémonie officielle.

Belle vitrine. Mais que change ce drone incendie de forêt pour les massifs français, pour le drone pompier déjà en service dans les SDIS et pour vous, télépilote tenté de filmer une colonne de fumée ? Trois temps : ce que le concours a montré, ce que font les secours en France, ce que la loi vous interdit.

Un prix XPRIZE pour un drone incendie de forêt autonome

XPRIZE est une fondation américaine qui finance des concours pour forcer des percées techniques. Sa compétition XPRIZE Wildfire, lancée en 2023 pour quatre ans, pèse 11 millions de dollars, dont 7 millions de grands prix. Deux pistes : la piste A pour la détection depuis l'espace, la piste B pour la réponse autonome au sol et dans les airs.

Le cahier des charges de la piste B est très ambitieux pour la détection feux de forêt comme pour l'extinction. Il fallait détecter puis éteindre entièrement un feu à haut risque en dix minutes, sur une zone de 1 000 km², sans toucher aux feux leurres allumés pour piéger les systèmes. Aucun humain dans la boucle. Les essais finaux se sont déroulés en juin 2026 près de Fairbanks, avec l'université d'Alaska.

Le palmarès a été dévoilé le 23 septembre 2026 au musée des pompiers de New York. Sur la piste B, XPRIZE a classé Anduril Industries premier (1,2 million de dollars), Dryad Networks deuxième (800 000 dollars) et AURA Foresight troisième (500 000 dollars). Anduril a aussi raflé le bonus d'un million de dollars offert par Lockheed Martin pour la précision de la détection.

Le jury a salué chez Dryad un réseau de 170 capteurs posés en permanence sur le terrain, couplé à ses drones Silvaguard, pour avoir démontré une autonomie « de bout en bout ». C'est la promesse d'un drone incendie de forêt de nouvelle génération : aucun humain entre l'étincelle et le largage.

Capteurs, drone d'observation, drone d'extinction : la chaîne de Dryad

Ce qui distingue Dryad, c'est le point de départ. La plupart des outils de détection feux de forêt attendent de voir quelque chose : une fumée pour une caméra, un point chaud pour un satellite. Dryad, elle, part de l'odeur.

Ses capteurs Silvanet, de petits boîtiers alimentés par panneau solaire et fixés aux troncs, analysent l'air en continu et repèrent les gaz de combustion pendant la phase de couvaison, avant même l'apparition des flammes. Ils communiquent entre eux par un réseau maillé, ce qui permet de couvrir une forêt sans antenne relais ni réseau mobile. L'entreprise parle de « nez électronique ». L'image est juste.

Schéma de la chaîne autonome Dryad : capteur Silvanet, drone d'observation et drone d'extinction, avec le palmarès XPRIZE Wildfire
Les trois étages du système testé en Alaska et le classement de la piste B (données XPRIZE et Dryad Networks).

Quand un capteur donne l'alerte, un premier drone Silvaguard décolle seul de son abri. Sa mission : aller voir. Selon la description publiée par XPRIZE pendant les essais, il géolocalise le foyer à la caméra infrarouge et fait le tri entre vraie menace et fausse alarme. Ensuite seulement, un second drone, dit d'extinction, part larguer son agent extincteur sur le point exact.

Dryad annonce jusqu'à 100 litres par vol. C'est peu, et l'entreprise ne le cache pas : son PDG, Carsten Brinkschulte, explique que la charge limitée d'un drone le rend à peu près inutile face à un feu déjà installé, et qu'il faut donc frapper au tout début. Toute la logique tient là : pour ce drone incendie de forêt, pas de bombardier volant, mais une détection si précoce que quelques dizaines de litres suffisent.

Les drones vivraient en forêt, dans des abris solaires qui les rechargent. Dryad prévoit des pilotes opérationnels en 2027 et une commercialisation en 2028, d'après son communiqué du 8 octobre.

Ce que le concours ne prouve pas encore

Lisez bien les chiffres. Dryad indique avoir détecté et vérifié le feu cible « en 12 minutes ou moins ». L'objectif du concours, rappelons-le, était de détecter ET d'éteindre en dix minutes. AURA Foresight est d'ailleurs la seule équipe dont XPRIZE souligne qu'elle a franchi la barre des dix minutes pour la détection.

Autre indice : sur les 7 millions de dollars de grands prix prévus pour les deux pistes, la piste B a distribué 2,5 millions entre ses trois finalistes, hors bonus. Personne n'a donc empoché un grand prix entier. La fondation enchaîne avec une « phase d'impact » de 12 à 15 mois pour aider les technologies prometteuses à devenir des outils déployables. En clair, c'est une démonstration réussie, pas encore un produit.

Reste la question du terrain pour un drone incendie de forêt. Une forêt boréale d'Alaska ne brûle pas comme une garrigue provençale balayée par le mistral. Les grands feux méditerranéens partent souvent par vent fort. C'est précisément là qu'un drone de 100 litres arrive trop tard. Le concept vaut surtout pour les départs isolés, dans des massifs où l'accès est long. Même logique pour la détection feux de forêt par capteurs : utile au début, inutile une fois le feu lancé.

Le drone pompier en France : un outil pour voir, pas encore pour éteindre

En France, le drone pompier n'a rien d'une nouveauté, même si le terme recouvre surtout des appareils d'observation. Selon une présentation de la sécurité civile de Nouvelle-Calédonie, le premier usage chez les sapeurs-pompiers date de 2011, au SDIS des Landes, et une vingtaine de SDIS utilisaient déjà des drones, achetés ou loués à des prestataires, à la fin de 2017.

Drone incendie de forêt piloté par un sapeur-pompier sur une piste forestière, fumée d'un départ de feu au loin
Un sapeur-pompier guide un drone équipé d'une caméra au-dessus d'un massif de pins (image d'illustration générée, scène non réelle).

Sur un feu de forêt, l'appareil envoie des images en direct au poste de commandement et cartographie le contour du feu. Une caméra thermique sur drone voit à travers la fumée, repère les reprises de feu la nuit et guide les équipes vers les points chauds pendant le noyage. Pour un chef de colonne, un drone pompier bien placé fait gagner un temps énorme.

Le cadre légal de ces images existe depuis la loi du 24 janvier 2022. L'article L. 242-6 du code de la sécurité intérieure, rappelé par le ministère de l'Intérieur dans une réponse au Sénat publiée le 18 mai 2023, autorise les sapeurs-pompiers, les marins-pompiers, les militaires de la sécurité civile et les associations agréées à filmer depuis un aéronef pour lutter contre l'incendie, en tous lieux, y compris les plus difficiles d'accès.

Les communes, elles, restent à la porte. Dans le Gard, une mairie qui voulait faire chercher des départs de feu par drone s'est vu opposer l'absence de base légale, et le Conseil constitutionnel avait censuré en janvier 2022 l'expérimentation prévue pour les polices municipales. Le drone pompier reste donc l'affaire des services de secours. Pour le transport de matériel ou de défibrillateurs, voyez notre article sur les drones au service des secours.

2026 : le cadre des drones des pompiers change de régime

Un détail a échappé à beaucoup de monde. Dans une réponse publiée le 3 mars 2026 au député Éric Woerth, le ministère de l'Intérieur indique que le règlement européen 2018/1139 a abrogé, depuis le 1er janvier 2026, le cadre national qui permettait de faire voler les drones des services d'incendie et de secours.

Le gouvernement est donc en train de faire basculer ces drones dans la réglementation aéronautique d'État, en s'appuyant sur une loi du 30 avril 2025. Le texte européen le permet pour la lutte contre l'incendie, la police ou le sauvetage menés sous la responsabilité d'un État. Concrètement, les SDIS, sous l'autorité d'emploi de la Direction générale de la sécurité civile, pourront définir des scénarios de vol adaptés à leurs missions, à leur matériel et à la formation de leurs télépilotes.

Pourquoi c'est important pour la détection feux de forêt automatisée ? Le député soulignait qu'aujourd'hui un télépilote doit rester dédié à chaque drone en vol, ce qui bride les interventions simultanées. Le ministère répond que des vols automatiques ou autonomes pourront s'envisager, après évaluation de la sécurité aérienne, même s'ils seraient exclus par la réglementation civile. La porte est entrouverte pour un drone incendie de forêt qui patrouille seul. Entrouverte seulement.

Détection feux de forêt : les capteurs Silvanet déjà testés dans le Gard

Dryad n'est pas une inconnue en France. Selon Objectif Gard, environ 120 capteurs Silvanet ont été posés à l'été 2025 dans la forêt qui borde le Pont du Gard. Les pompiers du Gard, l'ONF et l'Entente Valabre y ont participé.

Particularité locale : ces boîtiers transmettent par les nanosatellites de la société toulousaine Kinéis plutôt que par le seul réseau maillé. Le projet est financé par France 2030, le CNES supervisant la partie spatiale. Dans son communiqué, Dryad affirme avoir livré 10 000 capteurs en France et plus de 7 000 en Italie, sur plus de 40 000 fabriqués. Faute de bilan public, ce chiffre reste celui de l'entreprise.

L'enjeu est réel. Le ministère de la Transition écologique rappelle sur sa page consacrée à la prévention des feux de forêt que la France compte 17,6 millions d'hectares de forêt dans l'Hexagone et en Corse. Entre 2006 et 2021, 11 600 feux en moyenne ont détruit 15 700 hectares par an. L'année 2022 a dépassé 70 000 hectares pour plus de 22 700 feux, et le feu de Ribaute, dans les Corbières, a brûlé 11 130 hectares en 2025.

Et neuf départs sur dix ont une origine humaine, selon le même ministère. Une détection feux de forêt plus précoce, couplée demain à un drone incendie de forêt, ne remplacera ni le débroussaillement ni les guetteurs, mais elle peut gagner les minutes qui séparent un feu de jardin d'un incendie de massif.

Drone incendie de forêt : pourquoi vous ne devez jamais voler près d'un feu

Passons à vous. Un feu se déclare sur la colline d'en face, la fumée monte, votre drone est dans le coffre. N'y touchez pas.

La règle est européenne et sans ambiguïté. Le règlement d'exécution (UE) 2019/947, au point UAS.OPEN.060 de son annexe, interdit au télépilote et à l'exploitant de voler à proximité ou à l'intérieur d'une zone où une intervention d'urgence est en cours, sauf autorisation des services de secours responsables. La même obligation figure, pour la catégorie spécifique, au point UAS.SPEC.060. Loisir ou professionnel, vous êtes concerné : notre point sur la réglementation européenne de la catégorie ouverte détaille le reste du cadre.

La raison est simple. Les avions bombardiers d'eau et les hélicoptères travaillent à très basse hauteur, dans la fumée, avec une visibilité médiocre. Un drone de loisir dans le circuit d'un Canadair, c'est une collision possible, et les largages s'arrêtent tant qu'il est là : les autorités canadiennes le rappellent régulièrement. Les risques de collision entre drones et avions ne sont pas théoriques.

Sur un grand feu, l'autorité peut aussi créer une zone interdite ou réglementée temporaire, publiée par NOTAM. Survoler une zone interdite expose à des poursuites pénales prévues par le code des transports (articles L. 6232-12 et L. 6232-13) : jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende si le survol est délibéré, avec confiscation possible du drone. Avant tout vol en été, prenez l'habitude de lire les NOTAM et de vérifier les zones réglementées temporaires actives.

Et les images que vous auriez pu faire ? Le drone pompier les prend déjà, dans un cadre fait pour ça. Au-dessus d'un sinistre, le seul drone incendie de forêt légitime est celui des secours. Votre rôle, face à une fumée suspecte : appeler le 18 ou le 112 et donner une position précise. Rien d'autre.

Foire aux questions

Un drone peut-il vraiment éteindre un incendie de forêt ?

Seulement un départ de feu. Le drone incendie de forêt de Dryad emporte jusqu'à 100 litres d'après l'entreprise, ce qui suffit pour un foyer naissant, pas pour un front de flammes poussé par le vent. Tout le pari repose sur une détection très précoce, quelques minutes après l'ignition. Face à un feu installé, avions bombardiers d'eau et engins au sol restent indispensables, drone pompier ou pas.

Les pompiers français utilisent-ils des drones sur les feux de forêt ?

Oui, depuis 2011 avec le SDIS des Landes. Le drone pompier transmet des images en direct au poste de commandement et cartographie le contour du feu, souvent avec une caméra thermique. L'article L. 242-6 du code de la sécurité intérieure encadre ces prises de vues. En 2026, ces drones sont en train de basculer vers la réglementation aéronautique d'État.

Puis-je filmer un incendie avec mon drone de loisir ?

Non. Même avec un petit drone, le règlement européen 2019/947 interdit de voler à proximité ou à l'intérieur d'une zone où une intervention d'urgence est en cours, sauf autorisation des secours. Vous risquez de gêner les largages et de provoquer une collision avec un aéronef volant bas. Si une zone interdite temporaire est publiée, le survol devient en plus un délit prévu par le code des transports.

Qu'est-ce que le capteur Silvanet de Dryad ?

Un outil de détection feux de forêt : un boîtier solaire fixé à un arbre qui analyse l'air et repère les gaz émis par un feu en phase de couvaison, avant les flammes. Les capteurs se relaient par réseau maillé, sans réseau mobile. Dans le Gard, une variante reliée aux nanosatellites de Kinéis est testée près du Pont du Gard depuis l'été 2025.

Sources

  • Règlement d'exécution (UE) 2019/947, EUR-Lex
  • Question écrite n° 11412 (drones en essaim), réponse du 3 mars 2026, Assemblée nationale
  • Question écrite n° 01667 (drones et feux), réponse du 18 mai 2023, Sénat
  • Prévention des feux de forêt, ministère de la Transition écologique
  • Les drones dans les missions de sécurité civile (2019), gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

 

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Tags: ItaliePatrouille AérienneCamérasCartographieConseilsInnovationsPrise de VueZones Réglementées
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Sophie

Sophie

Sophie suit l'innovation : micro-drones, électronique embarquée, résistance au brouillage, nouveaux usages industriels et de livraison. Elle s'intéresse aussi à la navigation aérienne, des itinéraires VFR de nuit aux espaces temporaires, et à ce qu'elle implique pour les drones. Elle aime expliquer simplement comment fonctionnent les technologies qui font l'actualité. Au-delà de ces sujets, Sophie couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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