Un NOTAM drone, au sens où l'entendent les télépilotes, n'existe pas : il n'y a qu'un seul format de NOTAM, écrit pour les pilotes d'avion, en majuscules, en anglais abrégé et en heures UTC. C'est justement pour ça qu'il faut savoir lire un NOTAM avant chaque vol. Une zone réglementée temporaire activée le matin même, un parachutage au-dessus d'un terrain, un exercice militaire à basse hauteur : tout passe par ce message de quelques lignes. Cet article prend un NOTAM réel publié par le Service de l'information aéronautique (SIA) et le démonte champ par champ, de la ligne Q au champ G.
Pas besoin d'être pilote d'avion pour lire un NOTAM. Il faut surtout savoir où regarder.
NOTAM drone : pourquoi ce message vous concerne
Le NOTAM (pour Notice to Airmen, avis aux navigants) annonce ce qui change dans l'espace aérien ou sur un aérodrome pour une durée limitée. Le SIA le décrit dans son guide de consultation comme un message court, codé selon des règles internationales, avec un lieu, des dates, un texte et, pour les restrictions d'espace, des limites verticales.
Pourquoi un télépilote devrait-il s'en soucier ? Parce que l'article 4 de l'arrêté du 3 décembre 2020 sur l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs sans équipage à bord, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, interdit à un drone d'évoluer dans une zone réglementée ou dangereuse, sauf si l'information aéronautique le permet ou si le gestionnaire de la zone donne son accord. Or l'activation d'une zone temporaire est très souvent annoncée par NOTAM : c'est ce message que l'on appelle, par raccourci, le NOTAM drone.
Le ministère de la Transition écologique le dit sans détour : pour toutes les zones créées de manière temporaire, il faut consulter le site du SIA. La carte Géoportail des restrictions ne suffit pas.
Lire un NOTAM : l'anatomie du message
Un NOTAM suit toujours le même ordre. Une fois qu'on l'a vu une fois, on le retrouve partout, en France comme à l'étranger. Voici l'exemple que le SIA a choisi pour son guide de la consultation NOTAM (édition du 13 juin 2022). C'est un vrai message, publié en 2019, aujourd'hui expiré :
(W0854/19 NOTAMN
Q)LFFF/QWPLW/IV/M/AW/000/125/4932N00005E005
A)LFOH
B)1908141300 C)1908151700
D)1300-1700
E)PARACHUTAGES SUR L'AERODROME DU HAVRE OCTEVILLE :
PSN : 493202N 0000517E
INFO : LE HAVRE INFO 135.200MHZ
DEAUVILLE APP 120.350MHZ
F)SFC
G)FL120)
Ça ressemble à du code machine. C'en est à moitié, et c'est la raison pour laquelle on bute la première fois qu'on veut lire un NOTAM. La première ligne donne l'identité du message, la ligne Q sert aux logiciels qui trient les NOTAM, et les sept champs A à G sont écrits pour vous.

La première ligne : série, numéro, type
« W0854/19 » se lit : série W, message numéro 0854 de l'année 2019. Chaque série porte une lettre et repart de 0001 le 1er janvier. En métropole, le bureau NOTAM utilise plusieurs séries (A, B, C, D, E, F, H, M, P, R, W, X, Y et Z), dont le contenu est détaillé dans la partie GEN 3.1 de l'AIP.
Vient ensuite le type. NOTAMN signale un nouveau message. NOTAMR en remplace un autre, dont il cite le numéro. NOTAMC en annule un. Ce dernier point compte plus qu'on ne le croit : un exercice reporté ou une zone libérée plus tôt se lisent souvent dans un NOTAMR ou un NOTAMC, pas dans le message d'origine.
La ligne Q, décodée qualificateur par qualificateur
La ligne Q (ligne de qualificateurs) est la plus intimidante. Elle compte huit éléments séparés par des barres obliques : FIR, code NOTAM, trafic, objet, portée, limite inférieure, limite supérieure, puis coordonnées et rayon. Le guide du SIA précise qu'elle est codée selon des règles internationales et qu'elle sert à sélectionner les NOTAM. Autrement dit, c'est un résumé pour les machines. Mais il se lit très bien à l'œil.
FIR et code NOTAM
« LFFF » désigne la région d'information de vol (FIR) de Paris. La métropole en compte cinq : Bordeaux (LFBB), Reims (LFEE), Paris (LFFF), Marseille (LFMM) et Brest (LFRR).
Le code qui suit, ici « QWPLW », est le cœur de la ligne Q. Il compte cinq lettres. Le Q initial dit seulement « code NOTAM ». Les deuxième et troisième lettres donnent le sujet, les deux dernières l'état. WP veut dire parachutage, parapente ou vol libre ; LW, « aura lieu ». QWPLW se lit donc « parachutage prévu ».
Quelques codes à reconnaître quand on vole en drone : RT (zone réglementée temporaire), RR (zone réglementée), RD (zone dangereuse), WU (activité d'aéronefs sans équipage), WZ (aéromodélisme). Pour l'état, CA veut dire « activé ». Un NOTAM codé QRTCA annonce donc une zone réglementée temporaire activée. Celui-là, ne le ratez pas.
Trafic, objet et portée
« IV » indique que le message concerne les vols aux instruments (I) et à vue (V). L'objet « M » est plus piégeux : il désigne un NOTAM divers, qui ne figure pas d'office dans le bulletin d'information prévol mais reste disponible sur demande. Le guide du SIA insiste : sur NOTAMWEB, la case « Général et divers » doit rester cochée, sinon ces messages disparaissent de la sélection. Notre parachutage du Havre en fait partie.
La portée « AW » associe le message à un aérodrome (A) et à un avertissement de navigation (W). Les autres valeurs possibles sont A, E (en route) et AE.
Limites et cercle d'influence
« 000/125 » donne les limites basse et haute, toujours en niveaux de vol (centaines de pieds). Selon le SIA, 000 signifie la surface et 999 l'illimité. Puis « 4932N00005E005 » : 49° 32′ nord, 0° 05′ est, et un rayon de 005 milles nautiques, soit un peu plus de 9 km. Ce cercle englobe toute la zone d'influence du message. Il dit où le NOTAM drone peut vous concerner, pas forcément le contour exact de l'activité. Pour ça, il faut lire le champ E.
Après la ligne Q, les champs A à E : où, quand, quoi
Ces champs sont écrits pour être lus par un humain. Enfin, à peu près.
Champ A, le lieu. Il contient l'indicateur de l'aérodrome ou de la FIR concernés. LFOH, c'est Le Havre Octeville. Un seul aérodrome par NOTAM, mais plusieurs FIR possibles. Pour une hélistation ou un aérodrome sans indicateur, le SIA écrit LFXX et met le nom en clair au début du champ E.
Champs B et C, le début et la fin. Dix chiffres au format AAMMJJHHMM : année, mois, jour, heures, minutes. « 1908141300 » se lit donc 14 août 2019 à 13 h 00 UTC. Le champ C peut aussi contenir « EST » collé à l'heure (fin estimée, un NOTAMR ou un NOTAMC suivra) ou « PERM » pour une modification permanente qui sera intégrée à l'AIP.
Champ D, les créneaux. Il n'apparaît que si l'activité n'est pas continue entre B et C. Ici, « 1300-1700 » : chaque jour, de 13 h à 17 h UTC. C'est souvent le champ le plus utile pour un télépilote, et le plus souvent sauté.
Champ E, le texte. Le guide du SIA l'appelle le « texte du NOTAM ». On y trouve la nature de l'activité, la position (« PSN : 493202N 0000517E », soit 49° 32′ 02″ N et 0° 05′ 17″ E) et les fréquences radio. Pour un drone, c'est là qu'on apprend si une zone part du sol ou si un contact téléphonique est prévu.
NOTAM drone et heures UTC : la conversion qui évite l'erreur
Toutes les heures d'un NOTAM sont en UTC, le temps universel coordonné. Le guide du SIA le répète pour les champs B, C et D. Les règles européennes de rédaction (OPADD d'Eurocontrol) aussi : toute heure publiée est en UTC.
En France métropolitaine, ajoutez deux heures en été et une heure en hiver. En 2026, l'heure d'hiver revient le dimanche 25 octobre. Le créneau « 1300-1700 » du 14 août 2019 correspondait donc à 15 h – 19 h, heure de Paris.
L'erreur classique ? Lire « 0600 » comme 6 h du matin, en août. C'était 8 h. Deux heures de décalage, c'est largement assez pour décoller pile au moment où la zone s'active. Écrivez la conversion noir sur blanc dans votre préparation, à côté du numéro du NOTAM drone concerné.
Plancher et plafond d'un NOTAM drone : F et G face aux 120 m
Les champs F et G donnent la limite inférieure et la limite supérieure de l'activité. Le SIA précise qu'ils ne sont renseignés que pour les avertissements à la navigation et les restrictions d'espace. Les formats sont normalisés : SFC ou GND pour la surface, UNL pour l'illimité, une hauteur en pieds ou en mètres suivie de AGL (au-dessus du sol) ou AMSL (au-dessus du niveau moyen de la mer), ou un niveau de vol.
En catégorie ouverte, un drone ne dépasse pas 120 m de hauteur, soit environ 400 ft. La question à se poser devient simple : le plancher du NOTAM est-il sous votre hauteur de vol ?
- « F)SFC » : l'activité part du sol. Aucune tranche n'est libre, quel que soit votre drone.
- Un plancher en AGL au-dessus de 400 ft : un vol en catégorie ouverte reste en dessous, sous réserve des autres règles du secteur.
- Un plancher en AMSL : attention au relief. 1 500 ft AMSL au bord de la mer ne valent pas 1 500 ft AMSL sur un plateau à 1 200 ft.
Dernier détail : la ligne Q exprime ces limites en niveaux de vol, parfois convertis à partir d'une hauteur. Dans notre exemple, elle affiche 125 quand le champ G dit FL120. Pour l'activité elle-même, fiez-vous aux champs F et G et au texte ; la ligne Q sert d'abord au tri.
Le détail des hauteurs maximales par catégorie est dans notre article sur l'altitude légale d'un drone de loisir.
Exemple commenté : un NOTAM drone lu comme un télépilote
Reprenons le NOTAM W0854/19 et imaginons un vol de drone prévu le 14 août 2019 à 16 h, à quelques kilomètres de l'aérodrome du Havre Octeville. Quatre questions, dans l'ordre.
Où ? Le cercle de la ligne Q est centré à 49° 32′ N, 0° 05′ E, avec un rayon de 5 milles nautiques. Le champ E précise la position des parachutages. Un vol à quelques kilomètres du terrain est dans le cercle.
Quand ? B et C couvrent le 14 août à 13 h UTC jusqu'au 15 août à 17 h UTC. Le champ D réduit l'activité à 1300-1700 UTC, soit 15 h – 19 h en heure d'été. 16 h tombe en plein dedans.
À quelle hauteur ? F)SFC, G)FL120 : du sol jusqu'au niveau de vol 120, environ 12 000 ft. Votre drone à 50 m est dans le volume. Pas de tranche libre.
Et donc ? On ne vole pas là pendant le créneau, et on se déplace ou on décale. Hors NOTAM, la proximité d'un aérodrome impose déjà ses propres règles, détaillées dans notre article drone et aéroport. Le NOTAM ajoute une couche, il ne remplace rien.
Franchement, la partie la plus utile de cet exemple est l'objet « M ». Un pilote qui décoche « Général et divers » ne voit jamais ce message. Pour un télépilote, ça veut dire passer à côté d'un parachutage annoncé, sans rien avoir fait de travers.
Où trouver un NOTAM drone et quoi en faire ensuite
Pour consulter un NOTAM drone, la Direction générale de l'aviation civile propose SOFIA-Briefing, son outil en ligne de préparation des vols, qui affiche les NOTAM et la météo sur un trajet. Le guide du SIA conseille, pour un lieu qui n'est pas un aérodrome, une recherche « route étroite » à partir des coordonnées du lieu ou de deux aérodromes proches : un bulletin d'aérodrome seul peut laisser de côté des messages de FIR qui vous concernent.
Le NOTAM ne vit pas seul. Une zone temporaire est d'abord créée par un supplément à l'AIP ; notre article sur le SUP AIP explique ce document. Le SIA publie d'ailleurs, pour chaque SUP AIP, un NOTAM « trigger » de 14 jours au plus, puis un NOTAM d'accompagnement valable aussi longtemps que le supplément. Les statuts ZRT, ZDT et ZIT sont décrits dans notre guide de la zone réglementée temporaire drone, et la méthode pas à pas pour savoir si une ZRT est active montre comment croiser SUP AIP et NOTAM.
Concrètement, la routine pour lire un NOTAM avant un vol tient en quatre gestes :
- Situer le vol : coordonnées, hauteur maximale prévue, créneau en heure locale.
- Consulter les NOTAM la veille, puis le jour même, avec la case « Général et divers » cochée.
- Pour chaque message proche, lire le code et le cercle de la ligne Q, puis D, F et G.
- Noter le numéro des NOTAM lus et l'heure de consultation.
Ce dernier point a l'air administratif. Il ne l'est pas : en cas d'incident, c'est la preuve que la vérification a eu lieu. Ajoutez-le à votre checklist prévol drone. Et si votre mission impose une déclaration ou un dépôt préalable, notre article sur le plan de vol drone fait le tour des cas.
Foire aux questions
Existe-t-il un NOTAM drone à part ?
Non. Le format est le même pour tous les usagers de l'espace aérien. Certains codes visent une activité de drones (WU, aéronefs sans équipage) ou d'aéromodélisme (WZ), mais un télépilote doit surtout surveiller les zones réglementées, dangereuses ou temporaires activées, quel que soit leur code.
Faut-il lire la ligne Q en entier ?
Pas toujours. Pour un drone, trois éléments suffisent souvent : le code NOTAM (sujet et état), les limites 000/xxx et le cercle (coordonnées et rayon). Le reste sert au tri automatique des bulletins. Les champs D, E, F et G restent, eux, à lire en entier.
Un NOTAM peut-il être modifié après sa publication ?
Il ne se modifie pas : il est remplacé par un NOTAMR ou annulé par un NOTAMC, qui citent son numéro. C'est pour ça qu'une consultation la veille ne dispense pas de celle du jour même.
Que veut dire « EST » à la fin du champ C ?
Que la date de fin est estimée. D'après les règles d'Eurocontrol, un tel NOTAM appelle forcément un NOTAMR ou un NOTAMC plus tard. Tant qu'il n'est pas paru, considérez l'activité comme toujours en cours.
Sources
- SIA, guide de la consultation NOTAM, édition du 13 juin 2022 (exemple W0854/19, champs, ligne Q, NOTAM trigger)
- Eurocontrol, Operating Procedures for AIS Dynamic Data (OPADD), édition 4.1
- FAA, liste des codes NOTAM internationaux (codes Q de l'OACI)
- Légifrance, arrêté du 3 décembre 2020, article 4, version en vigueur depuis le 1er janvier 2026
- Ministère de la Transition écologique, exploitation de drones en catégorie Ouverte
- Géoportail, restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme
- DGAC, SOFIA-Briefing
- SIA, liste des SUP AIP en vigueur, métropole

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