Drone éolien offshore : Ørsted teste la livraison de 65 kg en mer du Nord
Le drone éolien offshore vient de franchir une marche en mer du Nord. Pendant quatre semaines, Ørsted et l'opérateur britannique Skyports Drone Services ont fait voler un gros drone cargo entre un navire de service et les nacelles des éoliennes de Hornsea 2, avec des sacs de 55 à 65 kg sous le ventre. Outils, pièces détachées, matériel : tout ce qu'il faut pour une intervention, livré avant que les techniciens ne montent. Le communiqué de Skyports date du 7 octobre 2026, DroneLife l'a relayé le lendemain.
Une démonstration de plus ? Pas tout à fait. L'essai comprenait un premier vol hors vue (BVLOS) dans le parc et un crochet qui se passe d'opérateur. Reste à voir ce que cela change pour les parcs français, et ce que les règles européennes permettent chez nous.
Drone éolien offshore à Hornsea 2 : ce que l'essai a montré
Hornsea 2, c'est 165 éoliennes et 1,3 GW installés à 89 km de la côte du Yorkshire, en pleine exploitation depuis août 2022 selon l'annonce d'Ørsted reprise par Energy Global. Ørsted gère ses parcs de la côte Est depuis Grimsby. À cette distance, chaque aller-retour de navire compte.
Le principe est simple. Chaque kit regroupe ce qu'exige une tâche précise, emballé dans un sac. Le drone l'emporte depuis le navire de service (le SOV, Service Operations Vessel) jusqu'au sommet de l'éolienne, avant l'arrivée des techniciens. Une fois le travail fini, il revient chercher le sac et le ramène à bord. D'après le communiqué de Skyports, l'éolienne peut continuer à produire pendant la livraison.

Le détail qui compte le plus, c'est ce crochet automatique monté sur le drone. Avant, un opérateur devait fixer chaque sac à la main. Là, le drone le récupère seul. Moins de manipulations, moins de monde exposé sur une plateforme qui bouge, et une boucle plus rapide.
Deuxième point marquant : le vol hors vue. L'équipe a réalisé sa première livraison BVLOS dans le parc, environ 4 km, avec un vol planifié, coordonné et suivi depuis un navire spécialisé. La CAA, l'autorité de l'aviation civile britannique, a aidé à obtenir les autorisations d'espace aérien.
Et le drone lui-même ? Mystère. Ni Skyports, ni Ørsted, ni les sites qui ont repris l'information ne donnent le modèle. La photo publiée montre un gros multirotor sur l'hélipont, sans marque lisible. On ne lui collera donc pas de nom.
Skyports et Ørsted : plusieurs années d'essais avant Hornsea 2
Ørsted n'en est pas à son coup d'essai, loin de là. Selon Offshore Wind, le groupe danois testait déjà des drones de fret avec DSV au parc d'Anholt, au Danemark, en 2022. Puis vient un projet avec Skylift à Hornsea One en 2023, et une campagne opérationnelle de drones lourds à Borssele 1 et 2, aux Pays-Bas, en 2024.
L'été 2025 a changé l'échelle. Avec Skylift et des drones FlyingBasket, Ørsted a lancé plus de 550 vols vers plus de 400 éoliennes de quatre parcs britanniques : Hornsea One, Hornsea 2, Walney 1 et Walney 2. Au menu, des caisses d'équipement d'évacuation jusqu'à 70 kg, montées du navire à la nacelle, à plus de 100 m au-dessus de l'eau.
Alors, qu'apporte l'essai de 2026 ? Un autre opérateur, Skyports, et un autre usage. En 2025, on montait du matériel de sécurité posé une fois pour toutes. À Hornsea 2, on livre des kits de travail à la demande, puis on les rapporte. Richard McCrilley, chef de projet chez Ørsted, souligne qu'une « présence quotidienne » a permis de répondre à des demandes de vol imprévues. Le drone commence à ressembler à un service.
Skyports n'est pas un inconnu : l'opérateur assure depuis 2023 un service postal par drone avec Royal Mail dans les Orcades. Et si les drones cargo de Skyways pour l'armée américaine vous avaient intrigué, Skyways revient un peu plus bas.
Du navire de service à la nacelle : pourquoi le drone gagne du temps
Et sans drone ? Ørsted l'a chiffré en 2025 : avec la grue de l'éolienne, il fallait deux levages, trois personnes et jusqu'à six heures d'arrêt de la machine. Résultat, une seule caisse par jour. Par drone, une livraison prenait environ cinq minutes, avec jusqu'à trente livraisons par jour, éolienne laissée en marche.
Nina F. Le, qui pilotait ce programme chez Ørsted, résumait l'avantage ainsi : le drone ne retire aucun technicien de son travail prévu. C'est l'argument qui pèse le plus en faveur du drone éolien offshore. Chaque heure perdue à attendre une pièce se paie deux fois, en salaire et en production.

Les gains annoncés pour Hornsea 2 vont dans le même sens, avec une prudence qu'il faut souligner. Skyports parle de moins d'opérations de levage pour les techniciens, donc moins d'exposition aux charges suspendues et à l'état de la mer. Moins de trajets de navire « pourraient » réduire carburant, émissions et coûts d'exploitation. Aucun chiffre n'est donné pour cet essai. Pas de pourcentage, pas d'économie en livres sterling.
RWE, qui a mené 80 vols vers deux parcs allemands entre 2024 et 2025, estime le gain à environ une heure et demie par visite d'éolienne, selon Mer et Marine. En septembre 2025, un Skyways V2 opéré avec Skyports a même relié le port de Mukran au parc d'Arkona, à plus de 40 km, avec 10 kg à bord.
Et en France ? Les parcs éoliens en mer en service en 2026
Selon l'Observatoire des énergies de la mer (rapport de juin 2026), près de 2 GW d'éolien en mer sont en exploitation en France. Voici l'état des lieux, d'après les sites des parcs et le portail public Éoliennes en mer en France.
| Parc posé | Éoliennes | État en octobre 2026 | Base de maintenance |
|---|---|---|---|
| Saint-Nazaire | 80 | En service depuis novembre 2022 | La Turballe |
| Saint-Brieuc | 62 (496 MW) | En service, inauguré en septembre 2024 | Saint-Quay-Portrieux, Saint-Malo |
| Fécamp | 71 | En service (2024 selon l'exploitant) | Port de Fécamp |
| Îles d'Yeu et de Noirmoutier | 61 | En exploitation, dernière éolienne posée en avril 2026 | Port-Joinville |
| Dieppe-Le Tréport | 62 prévues | 41 installées au 2 octobre 2026, premières machines sous tension | Port de Dieppe |
| Courseulles-sur-Mer | En travaux | Mise en service prévue en 2027 | Caen-Ouistreham |
S'y ajoutent trois fermes pilotes flottantes en Méditerranée : Provence Grand Large, mise en service en 2025, puis EolMed et les Éoliennes flottantes du golfe du Lion, qui injectent de l'électricité depuis le premier semestre 2026. Pour un opérateur de drones, ce sont de petits sites, trois machines chacun.
Une différence saute aux yeux : la distance. Saint-Nazaire commence à un peu plus de 12 km de la côte, Fécamp s'étale de 13 à 24 km d'après le site du parc, quand Hornsea 2 est à 89 km. Un drone éolien offshore français qui partirait du port de maintenance n'aurait donc pas une mer entière à traverser. Le cas français ressemble plus à l'essai RWE en Baltique qu'à Hornsea 2.
Quels usages pour un drone éolien offshore sur les parcs français ?
Disons-le clairement : aucun essai de livraison par drone cargo n'a été rendu public à ce jour sur un parc français, du moins dans les sources consultées. Ce qui suit relève donc des usages possibles, pas d'annonces.
Le premier est le plus évident, c'est celui de Hornsea 2. Monter à la nacelle une pièce oubliée, un outil spécifique ou un kit complet sans immobiliser un navire de transfert ni démarrer un levage à la grue. Avec des parcs situés entre 12 et 24 km des côtes, une navette depuis le quai devient même envisageable pour les petites charges, à la manière de RWE.
Le deuxième, c'est l'inspection. Le drone sert déjà à examiner les pales et les mâts, à terre comme en mer, et le marché pèse lourd : nous avions détaillé les prévisions du marché de l'inspection des pales d'éoliennes à l'horizon 2034. Pour le versant maintenance prédictive et conformité, notre dossier sur le drone pour l'inspection des énergies renouvelables reste d'actualité.
Le troisième usage vient d'un projet français. Selon Mer et Marine (6 octobre 2026), le consortium Skyrell, mené par le toulousain Tidav avec Cornis, Valemo et le CNRS, veut inspecter les éoliennes en mer depuis la côte, même par vent fort. Budget : 4,5 millions d'euros, en partie France 2030. Essais à terre en janvier 2027, en mer à l'été 2028.
Le même article évoque un « casse-tête réglementaire » parti pour durer, et la nécessité d'obtenir des zones réglementées temporaires pour tracer des couloirs entre la côte et le parc. On y vient.
Vol hors vue en mer : ce que dit la réglementation européenne et française
Premier rappel : l'essai de Hornsea 2 relevait de la CAA britannique, le Royaume-Uni ayant ses propres règles. En France, c'est le règlement d'exécution (UE) 2019/947 qui s'applique, depuis le 31 décembre 2020, et la DSAC qui instruit.
Un drone qui emporte 55 à 65 kg hors vue au-dessus de la mer relève de la catégorie spécifique. Selon la page de la DGAC sur la catégorie spécifique (mise à jour le 13 juillet 2026), seuls un scénario standard européen (STS-01 ou STS-02) ou un certificat allégé d'exploitant (LUC) dispensent d'autorisation. Or les STS imposent des drones de classe C5 ou C6, pas des porteurs de 65 kg.
Restent les PDRA, ces analyses de risque préremplies de l'EASA. Le PDRA-G01 couvre le vol hors vue au-dessus de zones faiblement peuplées, sous 150 m, en espace non contrôlé ; le PDRA-G02 suppose un espace réservé, zone dangereuse ou réglementée. Mais tous deux s'arrêtent à 3 m de dimension caractéristique et 34 kJ d'énergie cinétique. Un drone capable d'emporter 65 kg dépasse très probablement ces seuils (le modèle restant inconnu, impossible d'être catégorique).
Ce qui laisse la SORA complète. Depuis la décision ED 2025/018/R de l'EASA du 15 septembre 2025, la référence est la SORA 2.5 (voir notre article sur la décision EASA qui introduit la SORA 2.5). La DGAC fournit un formulaire 208 dédié, un guide daté de février 2026, et le dossier passe par la plateforme METEOR.
La mer joue en faveur du dossier pour le risque au sol : personne à survoler. Le risque air, lui, demeure, la logistique des éoliennes passant aussi par l'hélicoptère. D'où l'intérêt d'un espace réservé, souvent une zone réglementée temporaire publiée par le SIA. Certaines sont déjà en mer, comme la ZRT Manche orientale (101/2026) et ses 16 ZRT et 4 ZDT pour des drones de surveillance. Voyez aussi notre dossier sur les ZRT créées pour les drones hors vue et notre explication du drone BVLOS.
Ce qui reste à prouver avant la routine
L'enthousiasme du communiqué mérite quelques bémols. Quatre semaines d'essai, c'est court à l'échelle d'une saison de maintenance en mer du Nord, et aucun chiffre de disponibilité ni de vols annulés pour météo n'a été publié. Le vent, les embruns et la houle sur l'hélipont restent les vrais juges.
Autre limite : le premier vol hors vue n'est qu'un vol. Ed Clay, responsable de la stratégie technique (sécurité future et innovation) à la CAA, le dit à sa manière : il faudra continuer à collecter des preuves avant d'intégrer des opérations BVLOS de routine dans l'espace aérien. C'est le régulateur qui parle, et il ne promet rien.
Enfin, le drone ne remplace ni le navire ni les techniciens. Il supprime des levages et des trajets, ce qui est déjà beaucoup. Alex Brown, directeur général de Skyports, y voit une « alternative viable » aux navires et aux hélicoptères. Viable sur un essai encadré, oui. Rentable à grande échelle ? Les chiffres manquent. Pour la France, la vraie question est ailleurs : qui déposera la première SORA pour un drone éolien offshore à Saint-Nazaire ou à Fécamp ?
Foire aux questions
Quel drone a été utilisé à Hornsea 2 ?
Le modèle n'a pas été communiqué. Ni Skyports, ni Ørsted, ni les médias spécialisés ne nomment le constructeur. La photo publiée montre un grand multirotor sur l'hélipont du navire. En 2025, Ørsted utilisait des drones FlyingBasket opérés par Skylift, rien n'indique qu'il s'agit du même appareil.
Combien pèsent les charges livrées par drone ?
À Hornsea 2, les kits de maintenance pesaient environ 55 à 65 kg. En 2025, Ørsted livrait des caisses d'équipement d'évacuation jusqu'à 70 kg. RWE, en mer Baltique, a transporté 10 kg sur plus de 40 km depuis le port de Mukran. Les charges varient donc beaucoup selon l'usage : gros porteur pour la navette depuis le navire, drone plus léger pour la longue distance.
Un tel vol est-il possible en France ?
Oui en théorie, mais pas sous scénario standard. Un drone éolien offshore de plusieurs dizaines de kilos volant hors vue relève de la catégorie spécifique, avec autorisation de la DSAC sur la base d'une SORA 2.5. Une ZRT publiée par le SIA facilite le dossier. Aucun essai de ce type n'a été annoncé sur un parc français.
Quels parcs éoliens en mer sont en service en France ?
En octobre 2026, les parcs posés de Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp et des îles d'Yeu et de Noirmoutier sont en exploitation. Dieppe-Le Tréport monte en puissance, avec 41 éoliennes installées au 2 octobre. Courseulles-sur-Mer est attendu en 2027. Trois fermes pilotes flottantes produisent en Méditerranée.
Sources
- Éoliennes en mer en France, parcs et projets
- Parc éolien en mer de Saint-Nazaire
- Parc éolien en mer de Fécamp
- Éoliennes en mer des îles d'Yeu et de Noirmoutier
- Éoliennes en mer de Dieppe-Le Tréport
- Éoliennes en mer en France, fiche du parc de Saint-Brieuc
- DGAC, exploitation de drones en catégorie spécifique
- EASA, ED Decision 2025/018/R (SORA 2.5)
- EUR-Lex, règlement d'exécution (UE) 2019/947


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