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Accueil Législation drone

Drone de transport de charge : ce que la loi permet en France

Etienne Par Etienne
19 octobre 2026
dans Législation drone
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Drone de transport de charge : gros multirotor portant une caisse en bois suspendue au-dessus d’un vignoble en pente au coucher du soleil (illustration)

Drone de transport de charge : ce que la loi permet en France

Un drone de transport de charge qui sort un cerf abattu du bois, un autre qui soulève des bûches sur un chantier d’élagage, un troisième qui tire un homme assis sur une luge. Ces trois vidéos, publiées par Mike Yoder sur la chaîne de nuWay Ag, un revendeur de drones agricoles installé dans l’Ohio, lui valent 180 jours de suspension de son certificat de télépilote. C’est du moins ce qu’il annonce lui-même dans une vidéo mise en ligne le 13 octobre 2026.

La FAA, elle, n’a rien publié sur ce dossier : ni communiqué ni décision consultable. L’agence rappelle seulement, dans son bilan du 6 février 2026, qu’elle peut suspendre ou retirer une licence et infliger jusqu’à 75 000 dollars d’amende par infraction. Les 180 jours restent donc le chiffre de l’intéressé.

Et en France ? Que peut faire un drone de transport de charge, et jusqu’à quel poids ? La réponse tient en une masse (25 kg), deux interdits (larguer, transporter des marchandises dangereuses) et une procédure, celle de la catégorie spécifique.

L’affaire Yoder, telle que l’intéressé la raconte

Tout tient dans la description de sa vidéo. L’affaire commence en septembre 2024 par l’appel d’un inspecteur de la FAA, tombé sur la chaîne en enquêtant sur autre chose. Viennent ensuite les vidéos du cerf, des arbres et de la luge, puis une enquête formelle visant Mike Yoder, son associé Jason Miller, nuWay Ag et Drone Deer Recovery. Des sanctions financières auraient été envisagées. L’intéressé dit avoir accepté la suspension de 180 jours pour éviter une mention d’exploitation imprudente sur sa licence de pilote d’avion.

Pourquoi tant d’histoires pour une luge ? Aux États-Unis, un drone de transport de charge de plus de 55 livres au décollage (environ 25 kg) sort de la Part 107. Les opérateurs agricoles volent alors avec une dérogation et un certificat Part 137, pensé pour l’épandage : la définition fédérale parle de « dispensing », pas de levage. D’après le récit repris par DroneXL, l’inspecteur ne voyait pas dans quelle case ranger un cerf ou une bûche.

Vu d’Europe, le plus frappant est ailleurs. La règle 107.23 n’interdit le largage d’objets que s’il crée un danger excessif pour les personnes ou les biens. Seul le transport de matières dangereuses est banni sans condition. Chez nous, pour le largage, c’est l’inverse.

Catégorie ouverte : moins de 25 kg, et rien ne tombe

Le point de départ est l’article 4 du règlement d’exécution (UE) 2019/947, dans sa version consolidée du 1er mai 2025. Ses conditions sont cumulatives, et deux visent le transport : une masse maximale au décollage inférieure à 25 kg, et un aéronef qui « ne transporte pas de marchandises dangereuses et ne laisse tomber aucune matière ». Une seule condition manque, et vous voilà en catégorie spécifique (article 5).

Pour un petit drone de transport de charge, ces 25 kg comprennent la charge. Chaque classe a son propre plafond, fixé par le règlement délégué (UE) 2019/945 (version consolidée du 24 juin 2025) : moins de 250 g en C0, 900 g en C1, 4 kg en C2, 25 kg en C3 et C4. Le point UAS.OPEN.060 oblige en plus le télépilote à vérifier, avant le vol, que la charge ne fait dépasser ni la masse maximale du fabricant ni celle de la classe. Un C2 de 3,6 kg emporte donc moins de 400 g, quoi que promette la boutique d’accessoires.

Pour le largage, aucune nuance. En catégorie ouverte, pas de largage, drone de loisir ou drone professionnel, comme le répète l’EASA dans sa foire aux questions. Le crochet télécommandé vendu pour lâcher un appât de pêche tombe donc mal (si l’on ose dire). Notre rappel des règles de la catégorie ouverte détaille les sous-catégories A1, A2 et A3.

Drone de transport de charge : la catégorie spécifique, presque toujours

Drone de transport de charge à rotors coaxiaux en vol stationnaire au-dessus d’un alpage, une caisse suspendue au câble de son treuil près d’un refuge en pierre
Un drone de levage dépose une caisse près d’un refuge. Image d’illustration, pas un modèle du commerce.

Les gros porteurs sortent d’office de la catégorie ouverte. Le DJI FlyCart 30 pèse 42,5 kg sans batterie, le FlyCart 100 55,2 kg sans batterie ni charge, d’après leurs fiches. Restent trois portes.

Les scénarios standard : fermés aux gros porteurs

Les scénarios européens STS-01 (vue directe, zone habitée possible) et STS-02 (hors vue avec observateurs, zone peu peuplée) se déclarent simplement. Mais ils exigent un drone de classe C5 ou C6, deux classes plafonnées sous 25 kg. Le guide DSAC de la catégorie spécifique (9 mars 2026) le dit noir sur blanc : au-delà de 25 kg ou de 3 m, pas de scénario standard, il faut une autorisation d’exploitation. Les scénarios nationaux S-1 à S-3 ont disparu le 1er janvier 2026.

Les PDRA : une voie médiane, avec ses limites

Les évaluations de risque prédéfinies (PDRA) de l’EASA évitent de refaire l’analyse, mais exigent quand même une autorisation de l’autorité nationale, plus rapide à obtenir. Le ministère en publie cinq canevas. Le hic, pour un drone de levage ? Le PDRA-G01 vise moins de 3 m et moins de 34 kJ d’énergie cinétique, le S01 3 m au plus. Or DJI annonce 3,085 m hélices dépliées pour le FlyCart 30 et 3,904 m de bout de pale à bout de pale pour le FlyCart 100. Sur le papier, les deux sortent du gabarit.

La SORA : le cas général

Reste la SORA, désormais en version 2.5, que la DSAC détaille dans son guide de mise en œuvre du 26 février 2026. L’analyse chiffre un risque au sol et un risque dans l’air, puis la DSAC exige des atténuations : plan d’urgence, zone tampon, souvent un parachute. Le dossier passe par la plateforme METEOR : notre guide pour monter une demande SORA détaille la démarche, et notre explication du vol hors vue (BVLOS) sert si la charge voyage loin. Pour un drone de transport de charge de 95 kg, chaque ligne du dossier sera lue.

Largage et marchandises dangereuses : où passe la ligne

En catégorie spécifique, larguer n’est plus interdit par principe : l’autorisation fixe ce que vous pouvez faire. Le PDRA-G01 proscrit le largage de matériaux, sauf articles agricoles, horticoles ou forestiers, et le PDRA-S01 interdit de survoler quiconque pendant un épandage ou un largage. Surtout, l’article L6131-2 du code des transports rend l’exploitant responsable de plein droit des dommages causés au sol par l’aéronef « ou les objets qui s’en détachent ». Un drone de transport de charge qui perd sa caisse, c’est pour vous.

Les marchandises dangereuses suivent une autre logique. L’article 6 du règlement 2019/947 range leur transport dans la catégorie certifiée lorsqu’il peut présenter des risques élevés pour des tiers. Sinon, la DSAC peut l’autoriser en catégorie spécifique, hors scénario standard. La liste suit le Doc 9284 de l’OACI : explosifs, gaz, liquides inflammables comme l’essence, matières toxiques, radioactives ou corrosives. Ces dossiers passent devant les experts de la DSAC, prévient son guide SORA.

Piège fréquent, le carburant : un jerrican d’essence monté vers un chantier isolé reste un liquide inflammable au sens du règlement.

DJI FlyCart 30 et FlyCart 100 : les chiffres du fabricant

Deux machines servent de référence pour le drone de transport de charge lourd. D’après sa fiche technique, le DJI FlyCart 30 accepte 95 kg au décollage au niveau de la mer, pour 30 kg de charge en double batterie ou 40 kg en batterie unique. Il reçoit un treuil optionnel à câble de 20 m, qui libère la charge au contact du sol, un parachute et une protection IP55.

Le DJI FlyCart 100, lancé le 4 décembre 2025, monte d’un cran : 170 kg au décollage (150 kg dans six pays, dont le Japon), un câble de treuil jusqu’à 30 m et un parachute qui limite la vitesse d’impact à 7 m/s. Pour la charge, en revanche, DJI se contredit. Son communiqué de lancement parle de 65 kg sur 12 km en double batterie et de 80 kg sur 6 km en batterie unique, quand la page produit affiche 85 kg et 100 kg. La fiche technique réserve le mode batterie unique aux urgences. Prudence avec les chiffres qui circulent.

Pour un exploitant français, ces fiches se lisent comme une liste de contraintes : plus de 25 kg, immatriculation ; plus de 3 m, ni scénario standard ni PDRA-S01 ou G01. En SORA, la fiabilité du parachute et de la liaison radio comptera davantage que la charge utile. DJI précise d’ailleurs que le FlyCart 100 n’est disponible que dans certains pays.

Vidéo officielle de DJI (titre et description en anglais, 4 décembre 2025, 4 min 14) : le fabricant présente le FlyCart 100 et y annonce 85 kg de charge en double batterie. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Immatriculation, enregistrement, assurance : les seuils français

Schéma des seuils de masse au décollage d’un drone : 250 g, 800 g, 900 g, 4 kg, 20 kg et 25 kg, puis 95 kg pour le DJI FlyCart 30 et 170 kg pour le DJI FlyCart 100, avec les catégories ouverte, spécifique et certifiée
Les seuils de masse qui changent le régime d’un drone, de la classe C0 aux gros porteurs.

La France ajoute ses propres étages. Dès 800 g, le drone est enregistré par son propriétaire sur AlphaTango et porte un signalement électronique. Au-delà de 25 kg, un drone de transport de charge doit être immatriculé, en vertu de l’article L6111-1 du code des transports (en vigueur depuis avril 2022). Le guide DSAC détaille l’immatriculation : marques F-D réservées auprès de la DGAC, plaque à l’épreuve du feu d’au moins 10 cm sur 5, bien visible, certificat à bord à chaque vol. Le statut d’un petit avion, ou presque.

Côté assurance, le seuil tombe un peu plus bas. L’EASA rappelle que ses règles imposent une assurance au-dessus de 20 kg. C’est le seuil du règlement (CE) 785/2004, qui exclut les modèles réduits de moins de 20 kg et fixe, sous 500 kg, une couverture minimale de 0,75 million de droits de tirage spéciaux par accident. En dessous, la DSAC ne l’impose pas en catégorie ouverte, mais la responsabilité de plein droit demeure. Notre dossier sur l’assurance drone obligatoire en France détaille les contrats.

Montagne, agriculture, chantiers : ce qui vole déjà en France

Première vitrine : la montagne. Le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix utilise un DJI FlyCart 30 pour monter au plus près des victimes matériel médical, cordes, ancrages, kits de réchauffement et radios, selon un communiqué de DJI du 17 novembre 2025. Un officier y explique que le drone suit un vol programmé, là où l’hélicoptère, qui vole à vue, peine dès que les nuages arrivent.

Ne tirez pas de conclusion trop vite. Le PGHM relève de la gendarmerie, et les vols de police, de recherche et de sauvetage menés sous la responsabilité d’un État membre sortent a priori du champ du règlement (UE) 2018/1139 (article 2, paragraphe 3). Un gardien de refuge qui voudrait se faire livrer ses vivres, lui, passera par la catégorie spécifique et la DSAC.

En agriculture, c’est l’épandage qui concentre les débats. L’article L253-8 du code rural, en vigueur dans sa version du 20 août 2026, maintient l’interdiction de principe de la pulvérisation aérienne de produits phytopharmaceutiques. Par drone, seuls des programmes limités peuvent être autorisés : biocontrôle, produits bio ou à faible risque, sur des pentes d’au moins 20 %, des bananeraies et des vignes mères de porte-greffes conduites au sol, plus des essais de trois ans au plus ailleurs. Le débat parlementaire sur la pulvérisation par drone l’avait montré : le sujet reste sensible.

Un pulvérisateur de 66 kg, cas soumis à la DSAC dans sa foire aux questions, relève lui aussi d’une autorisation d’exploitation.

Sur les chantiers, un drone de levage répond aux demandes vues chez nuWay : monter une charge sur un toit, sortir du bois d’une pente, tirer un câble léger. Rien de tout cela n’est interdit en France. Mais il faut une autorisation, une zone au sol tenue à l’écart du public et la preuve que rien ne tombera sur personne, ni la charge ni le drone (treuil et crochet compris).

Ailleurs, les essais avancent. Ørsted a testé la livraison de 65 kg par drone sur un parc éolien en mer du Nord, la TU Delft fait coopérer plusieurs drones pour soulever des charges lourdes et Skyways fait voler des drones cargo pour l’armée américaine. Bref, chez nous, le dossier passe avant le premier vol.

Foire aux questions

Peut-on transporter un objet avec un drone de loisir ?

Oui, si la masse totale, charge comprise, reste sous la limite de la classe et sous la masse maximale du fabricant, avec un plafond de 25 kg en catégorie ouverte. L’objet reste accroché du décollage à l’atterrissage : aucun largage, aucune marchandise dangereuse. Sinon, direction la catégorie spécifique.

Un drone de plus de 25 kg peut-il voler en France ?

Oui, mais jamais en catégorie ouverte ni dans un scénario standard. Il faut une autorisation d’exploitation de la DSAC, obtenue par une analyse SORA ou, si le drone entre dans le gabarit, par un PDRA. L’aéronef doit en plus être immatriculé (marques F-D), enregistré sur AlphaTango et assuré.

Le largage est-il autorisé en catégorie spécifique ?

Il peut l’être, si l’autorisation d’exploitation le prévoit et si l’analyse de risque le justifie. Le PDRA-G01, lui, l’interdit sauf pour des articles agricoles, horticoles ou forestiers. L’exploitant reste responsable de plein droit des dommages causés au sol par un objet qui se détache.

Faut-il une assurance particulière pour un drone de transport de charge ?

Au-dessus de 20 kg, oui : l’EASA rappelle que l’assurance de responsabilité civile est obligatoire, et le règlement (CE) 785/2004 fixe un minimum de 0,75 million de droits de tirage spéciaux par accident sous 500 kg. En dessous, la DSAC ne l’impose pas en catégorie ouverte.

Sources

  • Règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée du 1er mai 2025
  • Règlement délégué (UE) 2019/945, version consolidée du 24 juin 2025
  • Règlement (UE) 2018/1139, version consolidée du 2 août 2026
  • Règlement (CE) 785/2004, version consolidée
  • EASA : FAQ de la catégorie ouverte
  • EASA : PDRA
  • EASA : assurance des drones
  • Ministère : exploitation de drones en catégorie spécifique
  • DSAC : guide de la catégorie spécifique, 9 mars 2026
  • DSAC : guide de mise en œuvre de la SORA, 26 février 2026
  • DSAC : tableau PDRA-G01
  • DSAC : FAQ de la transition européenne
  • Code des transports, article L6111-1
  • Code des transports, article L6131-2
  • Code rural et de la pêche maritime, article L253-8
  • FAA : bilan des sanctions 2025
  • eCFR : 14 CFR 107.23
  • eCFR : 14 CFR 137.3
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Etienne

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Etienne suit l'espace aérien pour drone-flyview.blog : zones réglementées temporaires, SUP AIP, NOTAM. Il lit les publications du SIA pour en tirer l'essentiel : où se trouve la zone, quand elle est active et ce que cela change pour un vol de drone. Son but : qu'un télépilote sache en quelques minutes s'il peut décoller, et à quelles conditions. Au-delà de ces sujets, Etienne couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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