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Amazon Prime Air : la livraison par drone face aux riverains

Nicolas Par Nicolas
9 octobre 2026
dans Actualités
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Drone de livraison décollant d’une aire derrière un entrepôt à la tombée de la nuit, maisons au fond

Amazon Prime Air : la livraison par drone face aux riverains

Amazon Prime Air a un problème de décibels, et il ne vient pas seulement du drone. Le 7 octobre 2026, à North Myrtle Beach, en Caroline du Sud, un représentant de l'entreprise a assuré aux élus que ses appareils ne dépassaient jamais 68 décibels. Le dossier de la FAA sur ce même drone, bâti sur des mesures d'Amazon elle-même, relève 82 dB(A) à six mètres d'un décollage. Personne ne ment vraiment. Il manque juste une distance entre les deux chiffres, et c'est là que les riverains décrochent.

Cette semaine-là, trois histoires se sont croisées : une commission d'urbanisme américaine qui ne contrôle que le parking, des villes du Massachusetts qui se demandent si elles peuvent dire non, et une offre d'emploi qui montre qu'Amazon Prime Air prépare l'Australie. Reste la question d'un télépilote français : chez nous, qui décide, et que peut un maire ?

Amazon Prime Air et le MK30 : ce qui passe au-dessus des jardins

Drone de livraison en vol stationnaire au-dessus d'un jardin, comme ceux d'Amazon Prime Air qui larguent les colis à 4 m
Le drone ne se pose pas chez le client : il lâche le colis à environ 4 m du sol. Illustration générée par IA.

Le drone d'Amazon Prime Air s'appelle MK30. Les documents environnementaux de la FAA le décrivent comme un appareil électrique à six moteurs, qui décolle à la verticale puis vole sur ses ailes. À vide, il pèse 35,5 kg ; chargé, 37,8 kg. Colis : 2,3 kg au plus. Rayon d'action : 12 km autour du centre, à moins de 120 m de hauteur, jusqu'à 117 km/h.

Le détail qui compte pour les voisins tient en une ligne : le drone ne touche jamais le sol chez le client. Il descend à environ 4 m au-dessus du jardin, lâche le paquet, puis remonte. Ce vol stationnaire à basse hauteur fait le plus de bruit, et il se produit à quelques mètres de la terrasse d'à côté.

Le volume prévu n'a rien d'anecdotique. Pour ses 22 centres texans, Amazon Prime Air annonce à la FAA jusqu'à 1 000 vols de livraison par jour et par centre, dix heures par jour, entre 7 h et 22 h. Sept jours sur sept.

Bruit drone livraison : 68 ou 82 décibels ?

Revenons à North Myrtle Beach. D'après la presse locale, la diapositive d'Amazon Prime Air annonçait 68 dB(A) dans le jardin pendant une livraison. Sans distance. Sans indicateur non plus : niveau maximal, moyenne sur l'événement ?

Le dossier de la FAA pour le centre de Baton Rouge, en Louisiane, donne les deux. Son annexe technique sur le bruit s'appuie sur des mesures faites par l'équipe Prime Air en octobre 2024 à Pendleton, dans l'Oregon, analysées par le cabinet ESA. Au décollage, le niveau maximal moyen atteint 81,8 dB(A) à 6 m sous la trajectoire, et 70,6 dB(A) à 23 m. Pendant le largage du colis : 82,8 dB(A) à 7,6 m sur le côté, puis 71,3 dB(A) à 23 m.

Comparatif du bruit d'un drone de livraison : 68 dB annoncés par Amazon contre 82 et 83 dB mesurés à 6 et 7,6 m dans le dossier de la FAA
Même appareil, distances différentes : valeurs tirées de l'annexe E du dossier de la FAA pour Baton Rouge.

Le 68 d'Amazon Prime Air n'est donc pas faux. Il ressemble beaucoup à ce qu'on entend à une vingtaine de mètres, chez le voisin d'en face plutôt que chez le client. Le souci, c'est qu'un chiffre en décibels sans distance ne se compare à rien. Le niveau baisse vite quand on s'éloigne, et l'échelle est logarithmique : 82 contre 68, c'est un son nettement plus fort à l'oreille.

Il y a moins flatteur. L'indicateur d'exposition sonore (SEL), qui intègre toute la durée de l'événement, monte à 90,5 dB(A) pour un décollage à 6 m et à 92,1 dB(A) pour une livraison à 7,6 m. En croisière, à 61 m de hauteur, il retombe à 63,7. Et le même dossier l'admet : la FAA n'a pas, à ce jour, de modèle de bruit standard approuvé pour les drones. Chaque méthode est validée au cas par cas.

Si un opérateur vous présente un jour un chiffre de bruit, posez deux questions : à quelle distance, avec quel indicateur ?

Aux États-Unis, la FAA tient le ciel et la ville le parking

À North Myrtle Beach, le rapport des services municipaux est d'une franchise rare. La commission examine, pour Amazon Prime Air, un enclos d'environ 1 270 m² derrière l'entrepôt du 8651 Water Tower Road : aires de décollage, d'atterrissage et de dégagement, conteneurs. Son approbation, précise le texte, n'autorise aucun vol : l'autorisation fédérale se joue ailleurs. Selon la presse locale, la commission se prononcera à nouveau le 20 octobre.

Ce partage des rôles est écrit. Dans une fiche juridique du 14 juillet 2023, la FAA et le ministère américain des Transports rappellent que l'agence a l'autorité exclusive sur la sécurité aérienne et l'usage de l'espace aérien. Une ville ne peut ni tracer des routes de drones ni imposer du géorepérage. Interdire le survol de toute une commune au nom de la vie privée serait très probablement écarté.

La même fiche laisse une porte ouverte : les règles locales sur l'emplacement des aires de décollage et d'atterrissage, l'urbanisme ou la vie privée échappent en principe à cette préemption. La ville peut peser sur le sol, pas sur le vol.

Le Massachusetts en fait l'expérience. D'après DroneXL, le conseil municipal de Worcester a demandé le 6 octobre un rapport sur ce qu'il peut encore faire contre les drones d'Amazon Prime Air partant de Westborough. Hopkinton a voté pour s'organiser contre le projet, tout en admettant ne pas pouvoir l'arrêter. Shrewsbury a tranché : la réglementation locale est préemptée. Même mécanique que pour le drone maison de DoorDash en Californie : les villes découvrent le sujet quand le centre est déjà dessiné.

Le récit de l'atelier de North Myrtle Beach par DroneXL résume tout en une scène. Amazon Prime Air renvoie les riverains vers la FAA ; la FAA, dans une déclaration à une chaîne locale, renvoie vers l'opérateur et les élus. Au bout de la chaîne, le seul document que la ville signe concerne un parking.

Australie : Amazon Prime Air recrute pour décrocher le feu vert

L'autre signal de la semaine vient d'une offre d'emploi d'Amazon : un responsable des autorisations réglementaires pour l'Australie, basé à Sydney ou à Canberra. Prime Air « évalue l'Australie », dit le texte. La personne recrutée devra obtenir auprès de la CASA, l'autorité de l'aviation civile, la certification du drone, les autorisations d'espace aérien (parties 101 et 102 de la réglementation CASR) et les certificats d'exploitation, puis traiter avec Airservices Australia et les autorités d'urbanisme. Son succès se mesurera aux autorisations obtenues et aux délais tenus.

Amazon n'a donné ni ville ni calendrier. Le pays n'a pourtant rien d'un terrain vierge. Les essais de Wing (Alphabet) dans le quartier de Bonython, à Canberra, ont déclenché fin 2018 une enquête de l'Assemblée législative du Territoire de la capitale australienne : 151 contributions, trois auditions publiques, 26 témoins. Sécurité, bruit, vie privée, animaux : les griefs de North Myrtle Beach, sept ans plus tôt.

Cette enquête a eu un effet concret. Selon le compte rendu des débats du 1er août 2019, le ministère fédéral a reconnu avoir mal interprété ses règles sur le bruit des aéronefs : elles s'appliquent bien aux drones. En décembre 2021, le gouvernement fédéral les a modifiées pour y intégrer les drones, avec des exemptions (micro-drones, conditions standard, usages agricoles, médicaux, de police ou de loisir). La livraison commerciale n'y figure pas. Amazon Prime Air aurait donc vraisemblablement une question de bruit à régler avec le gouvernement fédéral, en plus de la CASA.

Et le précédent de Wing refroidit. L'entreprise y a cessé la livraison par drone en janvier 2026 pour se concentrer sur les États-Unis, d'après l'avis publié par DoorDash, son partenaire local. Avec un drone de 38 kg, Amazon Prime Air arriverait sur un terrain que le pionnier du secteur vient de quitter.

En France, qui autorise la livraison par drone Amazon ?

Amazon Prime Air n'a annoncé, à notre connaissance, aucun projet en France. Mais si une livraison par drone Amazon devait un jour survoler un lotissement de l'Essonne ou de la Gironde, le parcours serait assez différent du modèle américain. Pas forcément plus favorable aux communes, d'ailleurs.

Premier verrou, européen. Le règlement d'exécution (UE) 2019/947 réserve la catégorie « ouverte » aux drones de moins de 25 kg qui ne laissent tomber aucune matière. Le MK30 d'Amazon Prime Air pèse 37,8 kg et lâche ses colis : il en sort par deux portes à la fois. Il relève au minimum de la catégorie « spécifique » : évaluation des risques, puis autorisation d'exploitation de l'autorité compétente, la DGAC chez nous. Ces vols se font hors vue (voyez notre explication du vol BVLOS) et le dossier suit la logique d'une demande SORA.

Deuxième verrou, l'espace aérien. Depuis le 1er janvier 2026, l'article 4 de l'arrêté du 3 décembre 2020 modifié interdit aux drones d'évoluer dans une zone réglementée sauf autorisation publiée ou accord du gestionnaire, et rend un protocole d'accord obligatoire quand le drone vole hors vue. Certains essais de livraison passent ainsi par des zones réglementées temporaires publiées par le SIA. La ZRT AUBENAS, en Ardèche, en est un bon exemple : deux couloirs étroits, du sol à 400 ft, pour du transport de colis hors vue, gérés par INNOV'ATM jusqu'au 1er novembre 2026. Notre article sur les ZRT et les drones hors vue détaille le mécanisme.

Troisième étage, encore théorique pour la livraison : l'U-space. Le règlement (UE) 2021/664, applicable depuis le 26 janvier 2023, prévoit que les États désignent ces espaces « pour des raisons de sécurité, de sûreté, de respect de la vie privée ou de protection de l'environnement ». Le bruit entre donc dans les motifs. Mais c'est l'État qui désigne, pas la commune.

Reste le bruit lui-même. Le règlement délégué (UE) 2019/945 plafonne la puissance acoustique des drones de classe C1 et C2, soit moins de 4 kg. Pour un engin de 38 kg comme celui d'Amazon Prime Air, en catégorie spécifique, aucun plafond chiffré de ce type n'existe à notre connaissance : le bruit se discute dans le dossier d'autorisation. Pour un état des lieux des services qui volent déjà chez nous, voyez notre dossier sur la livraison par drone en France.

Ce que peut un maire face à un drone de livraison

En bref : sur le ciel, presque rien. Sur le sol, davantage.

Le Code des transports pose le principe : tout aéronef « peut circuler librement au-dessus du territoire français » (article L6211-1). Les zones interdites existent, pour des raisons « d'ordre militaire ou de sécurité publique », et c'est « l'autorité administrative » qui les fixe (article L6211-4), donc l'État. Un arrêté municipal interdisant les drones de livraison au-dessus d'une commune serait, à notre lecture, très fragile.

Il garde pourtant des leviers. Sa police générale (article L2212-2 du Code général des collectivités territoriales) couvre la répression des « bruits » et des « troubles de voisinage ». Elle ne lui donne pas la main sur la circulation aérienne, mais elle l'autorise à documenter les nuisances, recueillir les plaintes et saisir le préfet ou la DGAC. Le Code des transports rappelle aussi que le survol d'une propriété privée ne peut pas se faire « dans des conditions telles qu'il entraverait l'exercice du droit du propriétaire » (article L6211-3). Une base pour un riverain qui subirait des passages répétés.

Et surtout, il y a le sol. Une plateforme de décollage a besoin d'un terrain. Si elle exige des aménagements, les règles locales d'urbanisme s'appliquent comme à n'importe quel projet ; sur un terrain communal, la commune décide en propriétaire. Si Amazon Prime Air cherchait un jour un site en France, c'est là, comme à North Myrtle Beach, que se jouerait le seul vrai rapport de force local.

Notre avis ? Sur le trio bruit, drone, livraison, les diapositives ne suffiront pas. Ce qui apaise un quartier, ce sont des mesures publiées, distance et indicateur compris, versées au dossier avant toute autorisation. Le dossier de la FAA contient exactement cela. C'est ce qui manquait dans la salle de North Myrtle Beach, et ce que les élus français auraient raison d'exiger le jour où Amazon Prime Air frappera à leur porte.

Foire aux questions

Quel est le niveau de bruit d'un drone Amazon Prime Air ?

Tout dépend de la distance. Les mesures versées au dossier de la FAA donnent un niveau maximal d'environ 82 dB(A) à 6 m d'un décollage et 83 dB(A) à 7,6 m d'un largage de colis, puis environ 71 dB(A) à 23 m. Les 68 dB(A) d'Amazon, donnés sans distance, correspondent à peu près au niveau relevé à 23 m.

Un maire peut-il interdire la livraison par drone Amazon dans sa commune ?

Pas le survol d'une livraison par drone Amazon ou d'un autre opérateur. En France, l'espace aérien relève de l'État : les zones interdites sont fixées par l'autorité administrative et les vols autorisés par la DGAC. Le maire peut agir sur le sol (urbanisme, terrains communaux), recueillir les plaintes de bruit au titre de sa police générale et saisir le préfet ou la DGAC.

Amazon Prime Air livre-t-il en France ?

Non. Amazon Prime Air n'y a annoncé aucun service, à notre connaissance. Un drone comme le MK30, de 37,8 kg et qui largue ses colis, relèverait au minimum de la catégorie « spécifique » européenne, avec évaluation des risques et autorisation d'exploitation de la DGAC, plus un accès à l'espace aérien négocié.

Pourquoi un chiffre en décibels sans distance est-il trompeur ?

Parce que le niveau baisse fortement quand on s'éloigne. Le même drone affiche 82 dB(A) à 6 m et environ 71 dB(A) à 23 m. Il faut aussi connaître l'indicateur : niveau maximal ou exposition sur toute la durée de l'événement (SEL), plus élevée.

Sources

  • FAA, Amazon Prime Air à Baton Rouge, annexe E sur le bruit (2025)
  • FAA, réévaluation du 27 août 2025 (MK30)
  • FAA, évaluations environnementales des drones
  • FAA, fiche sur la réglementation locale des drones (2023)
  • Ville de North Myrtle Beach, dossier Z-26-22 (7 octobre 2026)
  • Assemblée législative de l'ACT, Hansard du 1er août 2019
  • Australie, amendement de 2021 sur le bruit des aéronefs
  • EUR-Lex, règlement d'exécution (UE) 2019/947
  • EUR-Lex, règlement délégué (UE) 2019/945
  • EUR-Lex, règlement d'exécution (UE) 2021/664 (U-space)
  • Légifrance, arrêté du 3 décembre 2020, article 4
  • Légifrance, Code des transports, articles L6211-1 à L6211-5
  • Légifrance, CGCT, article L2212-2

 

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Tags: ConseilsZones Réglementées
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Nicolas s'occupe du matériel et du terrain : nouveaux drones, voilures fixes, batteries, caméras, et les salons et manifestations où l'on peut les voir voler. Il vérifie les chiffres annoncés par les constructeurs avant de les reprendre et signale ce qui relève encore du prototype. Il suit aussi les essais de drones hors vue et en longue élongation. Au-delà de ces sujets, Nicolas couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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