L'exercice XLAD26 s'est déroulé du 14 au 17 septembre 2026 au camp de la Brigade motorisée de la Gendarmerie nationale, à Beynes (Yvelines), relié à trois autres sites joueurs : la base aérienne 702 d'Avord, le 54e régiment d'artillerie de Hyères et l'État-major de zone de défense de Marseille. 180 participants, une vingtaine de scénarios, et une seule question en fil rouge : la chaîne française de lutte anti-drone tient-elle quand les menaces s'enchaînent ?
Si vous avez croisé ailleurs une version de l'exercice XLAD26 avec Lyon, Saint-Nazaire, Évreux ou Suresnes, oubliez-la. Les communiqués officiels ne citent aucun de ces lieux. On repart donc des textes publiés par le ministère des Armées et l'armée de l'Air et de l'Espace, plus le reportage de BFM Business tourné sur place. Moins spectaculaire qu'un récit inventé, peut-être. Mais beaucoup plus utile pour comprendre ce qui se prépare au-dessus de votre tête.
Exercice XLAD26 : ce qui s'est vraiment passé à Beynes

L'exercice XLAD26 est conduit par le commandement de la Défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) de l'armée de l'Air et de l'Espace. Sur le papier, le cadre est large : un contexte simulé de conflit de haute intensité sur le territoire national. Dans les faits, ce sont surtout des petits drones, ceux qu'on achète en magasin ou qu'on bricole, qui servaient de menace.
Le reportage de BFM Business décrit une scène assez sobre. Un drone de quelques centimètres apparaît, un opérateur le repère sur son écran, reçoit l'ordre, brouille. Quelques secondes plus tard, l'engin fait demi-tour. « Il a été brouillé, ça a été efficace », résume le militaire. Pas d'explosion, pas de cinéma.
Pour compliquer la tâche, une Red Team de télépilotes « agresseurs » variait les modes opératoires. Les scénarios allaient du simple drone curieux jusqu'à l'attaque en essaim. Le général de brigade aérienne Gilles Juventin, qui commande la brigade aérienne de la posture permanente de sûreté au sein du CDAOA, l'assume franchement : « On a été très loin dans les scénarios pour identifier les trous capacitaires ».
C'est le vrai intérêt de ce genre d'exercice. Chercher les failles avant qu'un autre ne les trouve.
Quatre sites reliés, pas quatre exercices séparés
Le dispositif reposait sur un site principal et trois sites distants, tous interconnectés. Beynes accueillait le cœur de la manœuvre. Le ministère souligne que le relief vallonné du camp permettait de travailler dans un environnement différent des zones urbaines ou planes, ce qui complique la détection (un drone qui se cache derrière une colline, ça n'a rien d'un cas d'école).
Autour de Beynes, trois sites jouaient en même temps :
- la base aérienne 702 d'Avord, dans le Cher, dont le centre opérationnel local (COLAD 3) était représenté ;
- le 54e régiment d'artillerie de Hyères, côté armée de Terre (un détachement de ce régiment mettait déjà en œuvre MILAD lors de XLAD25, selon FOB) ;
- l'État-major de zone de défense de Marseille.
Pourquoi éclater l'exercice XLAD26 ainsi ? Parce que la lutte anti-drone ne se joue jamais sur un seul point. Selon le ministère, plusieurs centres opérationnels travaillent de manière interconnectée, du niveau national jusqu'aux opérateurs déployés sur le terrain. Lors de l'édition précédente, le blog FOB détaillait ces trois niveaux de COLAD : national (1), préfectoral (2) et tactique (3). Un drone repéré à Avord doit pouvoir apparaître sur les écrans d'un centre national en quelques instants.
Une précision sur les dates. Le ministère des Armées annonçait l'exercice « du 14 au 18 septembre », la Revue Économique de France aussi. Le bilan publié ensuite par l'armée de l'Air et de l'Espace parle du 14 au 17. La démonstration devant la presse a eu lieu le jeudi 17 septembre. On retient donc la version du bilan, en gardant cette nuance en tête.
Comment fonctionne la chaîne de lutte anti-drone testée

Le ministère le formule simplement : un drone n'est pas forcément une menace. C'est son comportement, sa trajectoire ou la répétition de ses passages au-dessus d'un espace protégé qui changent la donne. Les forces doivent donc détecter, caractériser puis traiter des engins de plus en plus petits et de plus en plus nombreux, tout en partageant l'information immédiatement.
Concrètement, la chaîne testée pendant l'exercice XLAD26 associe radars, caméras, systèmes de détection passive, brouilleurs et drones intercepteurs. L'idée : disposer de plusieurs réponses face à une menace qui change de forme. Le lieutenant Valentin, responsable de la lutte anti-drones au sein du COLAD 3 d'Avord, insiste sur ce point : faire fonctionner ensemble capteurs, opérateurs et effecteurs.
Et le but final n'est pas seulement de faire tomber l'engin. Le lieutenant-colonel Lionel, responsable du centre national (COLAD 1), le dit sans détour : « La mission est vraiment réussie quand on a le drone à la fin et le télépilote ». Le général Juventin va dans le même sens sur BFM : la menace, c'est le télépilote et ses intentions, entre le quidam qui veut des images et l'individu qui prépare un mauvais coup.
Derrière cette chaîne, il y a du monde. L'armée de l'Air et de l'Espace, l'armée de Terre, la Gendarmerie nationale, la Police nationale et la Préfecture de police de Paris y participaient. L'AAE cite aussi une dizaine de spécialités mobilisées : défense sol-air, fréquentiels, informaticiens réseau, fusiliers-commandos, forces spéciales.
Les systèmes et les industriels présents
Le bilan de l'armée de l'Air et de l'Espace retrace l'arsenal de lutte anti-drone construit depuis 2018. Le premier système de lutte anti-drone entré dans les armées est MILAD, de CS Group. BOREADE est venu le compléter, puis BASSALT, d'Hologarde, et enfin PARADE, de CS Group et Thales. Ces systèmes se complètent et servent déjà lors des dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA), comme pour un G7 ou le 14 juillet sur les Champs-Élysées.
Côté industriels présents à l'exercice XLAD26, le ministère cite CS, MC2 Technologies, Hologarde et STRYX AI. Leurs apports couvrent la détection, la fusion de données, le brouillage et l'interception physique. Pour cette dernière, l'intelligence artificielle sert à détecter, suivre et guider un effecteur vers sa cible. L'AAE mentionne d'ailleurs le travail de STRYX AI sur un intercepteur de type Hit to Kill.
Le progrès le plus net, d'après le ministère ? La détection et le suivi automatisés. Une caméra sait désormais repérer un petit drone, le distinguer d'un oiseau et le garder en suivi. La prochaine étape vise à mieux assister l'opérateur quand plusieurs menaces surgissent en même temps. C'est le cas de l'essaim, et c'est là que l'humain sature.
Pour les entreprises, l'intérêt est direct : confronter leurs prototypes à des utilisateurs réels, recueillir leurs besoins et corriger vite. Les drones intercepteurs restent d'ailleurs loin d'être au point. Lors de la démonstration presse, il a fallu une longue bataille aérienne et plusieurs intercepteurs pour abattre la cible, rapporte BFM. « On en est encore qu'à la phase de prototype », glissait un industriel. Le ministère, plus diplomate, note que l'intercepteur a ajusté sa trajectoire après une première passe. Même scène, deux lectures. Si le sujet vous intéresse, le drone intercepteur RapidEagle montre où en est cette famille d'engins côté français.
Brouillage d'abord, fusil à pompe ensuite
Dans la lutte anti-drone, le brouillage reste l'outil privilégié contre le petit drone. Le sergent-chef Jessica, formatrice sur le dispositif MILAD, l'explique avec une image parlante : « Nous devons crier plus fort ». Le brouilleur émet beaucoup plus fort sur la fréquence de la radiocommande du télépilote ennemi. Le lieutenant Valentin reprend la même idée devant BFM : c'est comme crier très fort à côté de deux personnes qui discutent.
Une fois brouillé, le drone retourne à son point de départ s'il est programmé pour ça, ou il s'immobilise et tombe. D'où le second impératif rappelé par le général Juventin : ne pas causer de dommages collatéraux. Dans les grands événements, avec une densité de population extrême, un drone qui chute doit tomber dans une zone sans personne en dessous. Ce n'est pas un détail. C'est même ce qui rend la neutralisation si délicate en ville.
Et si le brouillage échoue ? BFM décrit un dispositif complété par des fusils à pompe et des drones intercepteurs de drones. Ce sont les solutions de dernier recours, avec les limites déjà vues plus haut pour les intercepteurs. Il faut aussi rappeler une chose aux télépilotes civils : rien de tout cela n'est à la portée d'un particulier. La réglementation sur la neutralisation de drones réserve ces moyens aux services de l'État ; un brouillage non autorisé constitue une infraction pénale.
De Paris 2024 aux Jeux d'hiver 2030 : une série d'exercices
L'exercice XLAD26 n'arrive pas de nulle part. L'armée de l'Air et de l'Espace le présente comme la deuxième édition consécutive d'un exercice annuel, qui capitalise sur les exercices COUBERTIN LAD 1 et 2 (préparation des Jeux de Paris 2024) et sur XLAD25. Le dispositif de 2024, avec ses zones réglementées et interdites temporaires des JO de Paris, sert toujours de base.
XLAD25 s'était tenu du 24 au 28 mars 2025 sur l'aéroport de Paris-Le Bourget. Format plus gros : environ 230 participants et une quarantaine de scénarios, dont une collision drone-avion et une attaque en essaim, avec le groupe ADP dans la boucle. La comparaison avec 2026 est intéressante. Moins de monde (180), moins de scénarios (une vingtaine), mais un terrain plus difficile et un éclatement sur quatre sites. On passe d'un aéroport à un réseau.
L'armée de l'Air n'en est pas à son coup d'essai sur le sujet. Nous avions déjà raconté comment l'armée de l'Air a durci son socle antidrone en 2025. La Marine travaille de son côté sur des scénarios comparables, comme le montre l'exercice Wildfire de la Marine nationale.
Après l'exercice XLAD26, la cible suivante est connue : la mission de sûreté aérienne des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2030, dans les Alpes. Le lieutenant Valentin le résume ainsi : « Tout le monde évolue », d'où ces exercices réguliers pour ne pas être en retard. Le général Juventin parle, lui, d'une menace qui évolue très vite et oblige à se remettre en question en permanence.
Un contexte qui dépasse la France
Le calendrier de l'exercice XLAD26 n'avait rien d'anodin. BFM souligne qu'il intervenait quelques jours avant la visite du pape Léon XIV en France. L'armée de l'Air et de l'Espace y a ensuite déployé un dispositif particulier de sûreté aérienne, du 25 au 28 septembre. D'après BFM, entre 80 et 100 personnes devaient travailler sur la menace des petits drones parmi les forces mobilisées à Paris.
À l'échelle européenne, le sujet monte aussi. Les ministres de l'Union se sont réunis pour discuter d'un mur anti-drones européen, signe que les survols suspects de sites sensibles ne sont plus un problème marginal. Chaque pays construit sa réponse, et la France mise visiblement sur l'entraînement collectif plus que sur un système miracle.
C'est probablement le bon choix. En lutte anti-drone, un brouilleur seul ne sert à rien si l'information n'arrive pas au bon centre, au bon moment, avec une patrouille capable d'interpeller le télépilote. L'exercice XLAD26 teste exactement cette coordination.
Ce que ça change pour vous, télépilote civil
Pour un télépilote de loisir ou professionnel, la conséquence pratique de l'exercice XLAD26 est simple : autour des grands événements, la surveillance des petits drones devient plus fine et mieux coordonnée. Un drone qui entre dans une zone protégée sera repéré plus vite, caractérisé plus vite, et le pilote a de bonnes chances d'être localisé.
Les DPSA se traduisent en général par des zones interdites ou réglementées temporaires publiées par le SIA. Exemple récent : le DPSA Atlantique et ses zones de sûreté aérienne, avec l'activité des drones suspendue. Avant chaque vol près d'un événement, consultez les SUP AIP et la carte des restrictions. Ce n'est pas de la paranoïa. Les opérateurs de lutte anti-drone ne savent pas, a priori, si vous êtes un curieux ou une menace, et l'exercice XLAD26 montre qu'ils s'entraînent justement à trancher vite.
Bref, la meilleure façon de ne jamais croiser un brouilleur militaire reste de voler là où c'est autorisé.
Foire aux questions
Qu'est-ce que l'exercice XLAD26 ?
L'exercice XLAD26 est un rendez-vous annuel de lutte anti-drone conduit par le CDAOA de l'armée de l'Air et de l'Espace. L'édition 2026 s'est tenue à Beynes (Yvelines), reliée à Avord, Hyères et Marseille, avec 180 participants issus des armées, de la Gendarmerie, de la Police nationale, de la Préfecture de police et de plusieurs industriels. Une vingtaine de scénarios ont été joués dans un contexte simulé de haute intensité.
Quelles dates pour l'exercice XLAD26 ?
Le bilan de l'armée de l'Air et de l'Espace indique du 14 au 17 septembre 2026. Le communiqué du ministère des Armées, publié pendant l'exercice, mentionnait du 14 au 18 septembre. La démonstration devant la presse a eu lieu le jeudi 17 septembre.
Quels systèmes ont été utilisés ?
L'armée de l'Air cite MILAD, BOREADE, BASSALT et PARADE, ses systèmes de lutte anti-drone en service. Le ministère mentionne aussi des radars, caméras, détecteurs passifs, brouilleurs et drones intercepteurs, avec les industriels CS, MC2 Technologies, Hologarde et STRYX AI.
Un particulier peut-il brouiller ou abattre un drone ?
Non. La neutralisation d'un drone est réservée aux services de l'État habilités. Brouiller une fréquence sans autorisation est une infraction pénale, et la capture ou la destruction d'un drone relève aussi des seuls services habilités. Si un drone vous inquiète, prévenez la police ou la gendarmerie.
Sources
- Ministère des Armées, « XLAD26 : face à la menace drone, s'entraîner pour garder une longueur d'avance », 17 septembre 2026
- Armée de l'Air et de l'Espace, « XLAD 26 : de l'exercice à l'opérationnel », 21 septembre 2026
- BFM Business, reportage sur l'exercice XLAD 26 à Beynes, 19 septembre 2026
- Revue Économique de France, « XLAD26 : la France muscle sa lutte anti-drones en haute intensité », 10 septembre 2026
- Ministère des Armées, « XLAD25 : menace drone sur l'aéroport Paris-Le Bourget », 18 juin 2025
- FOB, « XLAD 25, un exercice pour consolider collectivement le bouclier anti-drones national », 31 mars 2025

