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Accueil Défense et sécurité publique

L’armée de l’air a durci son socle de lutte antidrone

Evelyne Par Evelyne
15 octobre 2025
dans Défense et sécurité publique
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Lutte antidrone sur une base aérienne : un brouilleur et un radar pointés vers un drone, au crépuscule

La lutte antidrone de l’armée de l’Air et de l’Espace tient d’abord à une chaîne : détecter, identifier, décider, puis seulement neutraliser. Les armes arrivent en dernier. À l’automne 2025, trois généraux l’ont décrite en public, avec ses forces et ses trous : Olivier Poncet, du commandement de la défense aérienne, au point presse du ministère des Armées début octobre ; Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air, devant les sénateurs le 15 octobre puis les députés le 22 ; Marc Le Bouil, commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes, devant les députés le 12 novembre.

Voici ce qu’ils ont réellement dit, comptes rendus officiels à l’appui, et ce qui a bougé depuis. Car le télépilote civil, lui, vole dans le même ciel.

Lutte antidrone et sûreté aérienne : qui fait quoi dans le ciel français

Tout part de la posture permanente de sûreté aérienne, la PPS-A, l’une des deux missions permanentes de l’armée de l’Air avec la dissuasion. Selon le ministère des Armées, elle mobilise près de 450 aviateurs jour et nuit, s’appuie sur plus de 70 radars et se pilote depuis Lyon-Mont Verdun. En cas de menace grave, la Haute autorité de défense aérienne, rattachée au Premier ministre, autorise en dernier ressort les mesures coercitives.

Les drones n’y entrent pas tous par la même porte. Les gros, comparables à de petits avions, relèvent de la posture permanente de sûreté aérienne et peuvent être interceptés par des avions de chasse. Les mini et micro-drones relèvent d’abord des autorités civiles. Pour les sites sensibles (aéroports civils, prisons, centrales de production d’énergie), le général Poncet l’a dit sans détour : l’armée de l’Air n’assure pas la primo-intervention. Elle est en revanche « informée immédiatement de tout incident » et peut prendre la main si la situation l’exige.

Un petit drone au-dessus d’une prison ne fera donc pas décoller un Rafale. À basse altitude, l’armée de l’Air joue plutôt le chef d’orchestre, un rôle « d’intégrateur », selon le mot du général Le Bouil.

Les DPSA, ces bulles de sûreté aérienne autour des grands événements

Pour un événement majeur, on ajoute un dispositif particulier de sûreté aérienne, un DPSA : une bulle temporaire qui interdit l’accès aérien à une zone et permet de réagir tout de suite. Le 14 Juillet a la sienne. Pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024, l’espace aérien avait été fermé sur un rayon de plus de 150 kilomètres.

La lutte antidrone de ces bulles s’est rodée par paliers. Éprouvée pendant la Coupe du monde de rugby fin 2023, la chaîne a été poussée à fond en mars 2024 lors de l’exercice Coubertin LAD 2 : plus de 50 drones inconnus traités en deux jours, davantage que pendant toute la compétition de rugby. Pendant les Jeux, le général Le Bouil a compté 397 détections de drones non autorisés, 91 brouillages et 85 interpellations. Aucun incident malveillant.

En 2025, le commandement de la défense aérienne a déployé 12 DPSA, pour 223 sorties, d’après sa rétrospective 2025. À Nice, pour la conférence des Nations unies sur l’océan (juin 2025), la bulle alignait fusils brouilleurs, système BASSALT, hélicoptères Fennec, Rafale en alerte et radar mobile. Bilan : une cinquantaine de drones détectés, dix brouillés, quelques télépilotes interpellés.

Pour vous, un DPSA se traduit par des zones interdites temporaires publiées avant l’événement, comme celles du DPSA Atlantique de 2026. Les ignorer, c’est entrer dans une bulle de sûreté aérienne tenue par des gens payés pour vous repérer.

MILAD, PARADE, BASSALT : une lutte antidrone en millefeuille

Côté matériel, tout s’est construit par couches : MILAD d’abord, puis BOREADE, BASSALT et enfin PARADE, une montée en puissance que l’armée de l’Air fait remonter à 2018. Le général Le Bouil parle de systèmes « en millefeuilles », qui posent « un certain nombre de problèmes d’intégration ». Autour des bases de la dissuasion nucléaire, précise-t-il, des systèmes BASSALT tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Ces systèmes combinent radars, caméras et goniomètres pour détecter et suivre un drone. Viennent ensuite les moyens d’action, du plus discret au plus radical : fusil brouilleur, brouillage depuis un hélicoptère Fennec, capture électronique, armes légères, artillerie et, en dernier recours, avion de chasse.

Le vrai problème est ailleurs. Devant les sénateurs, le général Bellanger a jugé ces équipements « efficaces si on les combine avec de la défense passive et de la détection acoustique », mais « en nombre insuffisant ». Franchement, c’est la phrase à retenir. Le savoir-faire existe. Le volume, pas encore.

Le socle a été remis à l’épreuve avec l’exercice XLAD26, du 14 au 17 septembre 2026, sur quatre sites dont Beynes (Yvelines), avec en ligne de mire les Jeux olympiques d’hiver de 2030, selon l’armée de l’Air.

Vidéo en français (franceinfo, 18 septembre 2026, 1 min 39) : dans les Yvelines, l’armée de l’Air et de l’Espace organise un exercice grandeur nature pour tester ses capacités de détection et d’interception des drones. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Mica contre drone bon marché : la lutte antidrone face à son coût

Lutte antidrone : illustration d’un drone devant un avion de combat
Image d’illustration : ni le drone ni l’avion ne correspondent à un matériel en service.

Le 15 octobre 2025, devant la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, le général Bellanger a résumé le problème : il n’est « pas soutenable » d’utiliser des missiles Mica « à plus de 1 million d’euros pour abattre un drone à quelques milliers de dollars ». Sa piste ? Des « roquettes laser qu’on pourrait très bien installer sous des Mirage 2000 ou sous des Rafale », quitte à accepter autre chose que du « made in France ».

Attention au mot « laser ». Ce sont des roquettes à guidage laser : le laser désigne la cible, la roquette la détruit. Une semaine plus tard, devant les députés, il enfonçait le clou : armements à bas coût, ou tir au canon adapté.

La suite lui a donné raison, et vite. Le 7 juillet 2026, la DGA a validé l’intégration sur Rafale de roquettes guidées laser de 68 mm, celles des hélicoptères Tigre. Le projet LADAC (lutte antidrone sur avion de combat) a abouti en moins de huit mois, avec des tirs réels réussis à Biscarrosse. Le radar du Rafale détecte, le pod Talios désigne, la roquette fait le reste. Un premier lot devait être livré fin juillet 2026.

Le ministère la dit capable d’abattre des drones de type Shahed en plein vol. C’est la promesse officielle ; reste à la voir en opération. Pour ne pas confondre ces roquettes avec les armes à énergie, notre dossier sur le laser anti-drone en France et aux États-Unis fait le tri.

Laser et micro-ondes : ce que disent vraiment les sources officielles

C’est sur l’énergie dirigée que les approximations circulent le plus. Les faits officiels sont sobres. Le ministère écrit que l’armée de l’Air « expérimente » des solutions à énergie dirigée, comme le laser ou les micro-ondes, « testées avec succès lors des grands événements récents ». Expérimente : le mot compte. Le 22 octobre 2025, le général Bellanger affirmait que le laser développé pour les Jeux olympiques « fonctionne très bien », et que son armée investit « notablement » dans le brouillage aéroporté, les lasers et les micro-ondes.

Le général Le Bouil a cité les projets de la task force antidrone de la DGA et de l’état-major des armées : drones intercepteurs, laser HELMA-P, énergie dirigée par ondes contre les essaims, roquettes guidées tirées d’avions ou d’hélicoptères.

Une précision, puisque le bruit a couru : aucune source officielle consultée ne décrit de tir laser réel en pleine ville, ni de démonstration à Saint-Denis. Le ministère vise une « industrialisation rapide des solutions éprouvées ». Rapide, c’est relatif quand on compte les systèmes un par un.

Danemark, septembre 2025 : un détachement projeté en moins de 12 heures

En septembre 2025, des drones survolent des plateformes aéronautiques au Danemark, à la veille d’un sommet informel de l’Union européenne à Copenhague (1er et 2 octobre). Le 29 septembre, un communiqué du ministère annonce, sur décision du président de la République, un détachement interarmées temporaire : 35 personnes, un hélicoptère Fennec et des moyens actifs de lutte antidrone, en complément des moyens danois et européens.

En combien de temps ? D’après la lettre hebdomadaire de l’état-major des armées du 3 octobre 2025, il a été « projeté en moins de 12 heures ». Douze, donc, et non six comme on l’a parfois lu. Pour une unité de lutte antidrone qui emporte un hélicoptère, le délai reste remarquable.

Et qui envoyait ces drones ? Devant les sénateurs, le général Bellanger a évoqué des navires de la flotte fantôme russe, soupçonnés d’être à l’origine de décollages de drones : « faisceau d’indices convergents, présomption très forte, mais finalement, attribution impossible ». Toute la menace hybride tient dans cette phrase. On sait, on ne peut pas prouver, et il faut quand même agir.

Bases aériennes et sites sensibles : une défense aérienne encore perfectible

Le chef d’état-major n’a pas fait que vanter les succès. Fin septembre 2025, l’exercice Basex a simulé une attaque saturante contre les bases aériennes. Verdict : « le résultat est perfectible ». L’armée de l’Air a « énormément progressé avec les JOP, mais pas assez capitalisé dessus », a-t-il reconnu.

Il demande une organisation très réactive entre l’état-major et les unités au sol, un commandement et contrôle qui fusionne tous les capteurs (testé pendant les Jeux, à étendre à tous les sites sensibles) et des équipements, « et c’est là que le bât blesse ».

Pour les bases qui participent à la dissuasion nucléaire, le général Le Bouil décrit une approche multicouche, tout en admettant ne pas pouvoir « garantir une étanchéité intégrale » : la bonne approche repose, selon lui, sur une gestion du niveau de risque. Le ministère vise à terme une situation aérienne unifiée des drones, reliant capteurs civils et militaires. C’est le vrai chantier de la défense aérienne à basse altitude.

Ce que la lutte antidrone change pour vous, télépilote

Vous n’êtes pas seul dans le ciel. Le général Le Bouil a rappelé aux députés qu’en 2024, 148 000 exploitants de drones étaient enregistrés auprès de la DGAC (26 % de plus qu’en 2023), pour environ 400 000 usagers en France. Toute la lutte antidrone à basse altitude consiste à distinguer, dans cette foule, le drone qui menace de celui qui s’est égaré.

Le parquet, a-t-il ajouté, poursuit « systématiquement » ceux qui ne respectent pas la réglementation, en distinguant menaces intentionnelles et erreurs de navigation. Une erreur reste une infraction : survoler une zone interdite par négligence coûte jusqu’à six mois d’emprisonnement et 15 000 € d’amende, y engager ou y maintenir son drone jusqu’à un an et 45 000 € (article L6232-12 du code des transports).

Depuis le 19 août 2026, l’article 413-5 du code pénal punit aussi d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende le survol sans autorisation d’une installation militaire sous la hauteur fixée par voie réglementaire. Au-dessus d’une base, votre drone sera d’abord un objet à identifier. Pas un loisir à excuser.

La parade n’a rien de technique. Consultez la carte des zones géographiques UAS et les zones temporaires avant chaque vol, tenez à jour votre enregistrement sur AlphaTango et relisez les règles de la réglementation drone en France. Quant à brouiller vous-même un drone gênant, notre article sur la neutralisation de drones répond : c’est interdit.

Foire aux questions

Qui intervient contre un drone au-dessus d’un site sensible ?

D’abord le ministère dont dépend le site (prisons, aéroports civils, centrales). L’armée de l’Air et de l’Espace n’assure pas la primo-intervention, mais elle est informée immédiatement de tout incident et peut prendre le relais si la situation l’exige. Les gros drones, comparables à de petits avions, relèvent directement de la posture permanente de sûreté aérienne et peuvent être interceptés par des avions de chasse.

Qu’est-ce qu’un dispositif particulier de sûreté aérienne ?

Un DPSA est une bulle de protection temporaire autour d’un événement majeur (14 Juillet, Jeux olympiques, conférence internationale). Elle interdit l’accès aérien à la zone et mobilise radars, hélicoptères, chasseurs et moyens de lutte antidrone comme les fusils brouilleurs. Le commandement de la défense aérienne en a déployé 12 en 2025. Pour un télépilote, cela signifie des zones interdites temporaires à vérifier avant de voler.

L’armée de l’Air utilise-t-elle des lasers contre les drones ?

Elle les expérimente. Selon le ministère des Armées, laser et micro-ondes ont été testés avec succès lors de grands événements, et le général Bellanger affirme que le laser développé pour les Jeux de Paris fonctionne très bien. Les roquettes LADAC validées sur Rafale en juillet 2026 sont autre chose : le laser n’y sert qu’à désigner la cible.

Que risque un télépilote qui survole une base militaire ?

Depuis le 19 août 2026, l’article 413-5 du code pénal prévoit un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour le survol sans autorisation d’une installation militaire sous la hauteur réglementaire. Si la base est en zone interdite, le code des transports prévoit aussi jusqu’à six mois et 15 000 € par négligence, un an et 45 000 € si le drone y est engagé ou maintenu.

Sources

  • Sénat, audition du général Jérôme Bellanger, 15 octobre 2025
  • Assemblée nationale, audition du général Jérôme Bellanger, 22 octobre 2025
  • Assemblée nationale, audition du général Marc Le Bouil, 12 novembre 2025
  • Ministère des Armées, lutte anti-drones et posture permanente de sûreté aérienne, 3 octobre 2025
  • Ministère des Armées, communiqué du 29 septembre 2025 (Copenhague)
  • État-major des armées, lettre hebdomadaire du 3 octobre 2025
  • Commandement de la défense aérienne, rétrospective 2025
  • Armée de l’Air et de l’Espace, exercice Coubertin LAD 2
  • Armée de l’Air et de l’Espace, roquettes guidées laser sur Rafale, 21 juillet 2026
  • Armée de l’Air et de l’Espace, XLAD 26, 21 septembre 2026
  • Code des transports, article L6232-12
  • Code pénal, article 413-5
Lu 131
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Evelyne s'intéresse aux lieux où l'on vole : spots de vol, littoral, sites naturels et patrimoine vu du ciel. Avant de recommander un endroit, elle vérifie les restrictions qui s'y appliquent, zones militaires, parcs naturels ou espaces en mer. Elle couvre aussi les zones créées pour les drones d'État le long des côtes et leurs effets sur les vols de loisir. Au-delà de ces sujets, Evelyne couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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