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Accueil Drones professionnels

Drone forestier : transport de plants, inventaire et santé des forêts

Nicolas Par Nicolas
24 octobre 2026
dans Drones professionnels
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Drone survolant une forêt d’épicéas touchée par les scolytes au lever du jour

Drone forestier : transport de plants, inventaire et santé des forêts

Le drone forestier le plus utile n’est pas forcément celui qui filme. Au Japon, il porte des sacs de plants. Le 17 juillet 2026, le groupe Sumitomo Forestry et le fabricant Mazex ont annoncé un accord : le premier présentera à son réseau d’exploitants forestiers les drones de transport Karusuke du second, qui assurera les démonstrations, la mise en service et le suivi.

Et chez nous ? En France, la mortalité des arbres a été multipliée par 2,5 entre 2005-2013 et 2016-2024, et l’ONF a mis en terre des millions de plants depuis 2021. Transport, inventaire, suivi des scolytes, reboisement : le drone forestier a de quoi faire. Reste à savoir ce que la réglementation laisse faire, car elle traite une charge suspendue sous un drone bien plus sévèrement qu’une caméra.

Sumitomo Forestry et Mazex : un drone forestier pour monter les plants

Drone forestier hexacoptère transportant un sac de plants au-dessus d’une coupe en pente
Illustration : un drone porteur monte un sac de plants sur une parcelle en pente, sous le regard de deux forestiers.

L’histoire ne commence pas en 2026. Les deux entreprises avaient déjà mis au point ensemble le Morito, présenté comme le premier drone forestier de transport du Japon et commercialisé en février 2020. Avant sa sortie, Sumitomo Forestry a multiplié les essais sur les pentes raides de ses propres forêts de Shikoku : 40 000 plants au total ont fait le trajet par les airs. Selon une étude de marché citée dans le communiqué commun du 17 juillet 2026, le Morito a ensuite dominé les ventes japonaises de drones forestiers deux années de suite (exercices 2021 et 2022).

La nouvelle gamme Karusuke vise une adoption plus large : un prix plus doux, un appareil plus maniable. Le Karusuke 25 emporte la même charge que le Morito 25, mais il coûte 1,9 million de yens hors taxes au lieu de 2,63 millions. Son encombrement au sol a fondu d’environ 64 %. Et il tourne avec deux paires de batteries, l’une en vol, l’autre en charge, ce qui permet d’enchaîner les vols avec moins de batteries.

Pourquoi le Japon s’y met-il si sérieusement ? Les plantations d’après-guerre arrivent à l’âge de la coupe, et il faut replanter derrière. Or la main-d’œuvre vieillit : d’après le livre blanc 2025 de l’Agence des forêts japonaise, cité par les deux sociétés, 25 % des travailleurs forestiers ont 65 ans ou plus, et le taux d’accidents du travail atteint environ dix fois la moyenne tous secteurs confondus. Sur les chantiers de reboisement, les plants montent encore à dos d’homme, par allers-retours, loin des pistes. Chaque sac qu’un drone forestier monte à la place d’un dos, c’est une glissade évitée.

Mazex Karusuke 25 et 55 : les chiffres du fabricant

Sur sa fiche technique du Karusuke 25, Mazex annonce une charge utile de 25 kg pour un drone forestier de 24 kg sans batteries, 1,57 m de côté une fois déplié, 25 km/h en pointe et 23 minutes de vol sans charge. La portée de commande est de 1 km. L’appareil résiste à un vent de 7 m/s et à la pluie fine (indice IPX4). La charge voyage suspendue, pas dans une soute.

Le grand frère joue dans une autre catégorie. D’après la fiche du Karusuke 55, cet hexacoptère à hélices de 43 pouces emporte 55 kg, pèse 31 kg à vide et atteint 110,6 kg au décollage à pleine charge (110,9 kg avec l’option RTK). Autonomie : 26 minutes, toujours sans charge. Il se pilote avec deux radiocommandes : le télépilote du point de départ passe la main en vol à celui du point d’arrivée, ce qui règle le problème des sites masqués par le relief. Le Mazex Karusuke 55 démarre à 2,5 millions de yens hors taxes.

Le détail le plus intéressant tient au crochet. Mazex le dit sans détour : sur une pente, poser le drone est difficile, et pas question pour autant de laisser tomber la charge d’en haut. Le crochet s’ouvre donc tout seul quand la charge touche le sol. Un second système la libère en urgence si elle s’accroche dans un arbre. Le fabricant cite un chantier où 12 000 plants en godets (environ 1 800 kg) ont été acheminés à 500 m du point de décollage.

Un bémol, quand même. Les 23 et 26 minutes s’entendent à vide ; avec la charge, l’autonomie sera forcément plus courte, et Mazex ne publie pas ce chiffre. Autre limite : rien n’indique, pour l’instant, que le Mazex Karusuke soit proposé en Europe.

Vidéo en japonais (Mazex, chaîne officielle, 6 janvier 2026, 4 min) : présentation du drone de transport Karusuke 55 par son fabricant. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Forêt française : pourquoi le sujet arrive chez nous

Les chiffres de l’Inventaire forestier national publiés par l’IGN le 7 octobre 2026 donnent le ton. La forêt couvre 17,7 millions d’hectares dans l’Hexagone et en Corse, presque un tiers du territoire. Mais elle meurt plus vite : 18,1 millions de mètres cubes de bois perdus chaque année sur 2016-2024, contre 7,4 millions sur 2005-2013. Le frêne (25 %), le châtaignier (22 %) et l’épicéa commun (11 %) paient le plus lourd tribut, entre sécheresses, scolytes et maladies venues d’ailleurs.

Il faut donc replanter. Selon l’ONF, le plan France Relance a financé le renouvellement de plus de 11 000 hectares de forêts domaniales, avec 8,8 millions d’arbres de 98 essences. Plus de la moitié de ces surfaces avaient été ravagées par les scolytes de l’épicéa, la chalarose du frêne ou l’encre du châtaignier. France 2030 a pris le relais avec 3,2 millions d’arbres supplémentaires.

Nuance de taille : en temps normal, l’ONF renouvelle chaque année 15 000 à 16 000 hectares, surtout par régénération naturelle. La plantation reste minoritaire. Le transport de plants par drone ne concernerait donc qu’une niche : les chantiers pentus et éloignés des pistes, où un drone forestier porteur épargnerait des allers-retours à pied. Une niche qui grossit, toutefois. L’IGN relève aussi des traces d’abroutissement ou de frottis par les cerfs et chevreuils sur 15 % des jeunes arbres. Les filets et les manchons de protection contre le gibier font justement partie de ce que les Karusuke montent au Japon.

Inventaire forestier par drone : l’œil déporté du forestier

Côté observation, l’ONF n’a pas attendu. Il a formalisé ses usages du drone dans une stratégie dédiée en 2022, a formé 25 télépilotes et a nommé un référent dans chaque direction territoriale, selon sa page consacrée à la télédétection. Le drone forestier y sert d’« œil déporté » là où l’accès est difficile : glissements de terrain, recul du trait de côte, parcelles touchées par les dépérissements. Il aide aussi à installer et à suivre les plantations.

Attention à ne pas tout lui demander. Pour cartographier les massifs en trois dimensions, l’ONF s’appuie sur le LiDAR de l’IGN, un scanner laser embarqué dans un avion, financé par France Relance. Le drone forestier, lui, zoome sur une parcelle. « Chaque technologie a ses spécificités et ses avantages », résume Fabrice Coq, chargé de mission national aménagement et télédétection à l’ONF.

Concrètement, l’inventaire forestier par drone repose sur deux outils. La photogrammétrie par drone reconstruit le relief et la hauteur du couvert à partir de centaines de photos. Le capteur multispectral mesure, lui, la vigueur de la végétation, bande par bande. Mais ni l’un ni l’autre ne voit vraiment sous les houppiers. L’Inventaire forestier national mobilise d’ailleurs près de 60 000 placettes de terrain sur cinq ans. Un inventaire forestier par drone accélère le travail, il ne dispense pas d’aller mesurer.

Scolytes et dépérissement : le satellite repère, le drone précise

La crise des scolytes de l’épicéa l’a montré. Dans son bilan de fin 2021, le Département de la santé des forêts estimait à environ 19 millions de mètres cubes le volume d’épicéas scolytés depuis 2018 dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté. Pour suivre l’épidémie, INRAE Montpellier a mis au point une méthode fondée sur les images du satellite européen Sentinel-2, qui repasse tous les cinq jours. Elle n’est pas exhaustive, mais elle dessine fidèlement la carte des dégâts.

Son point faible ? Les nuages. En 2021, ils ont gêné le suivi. Un drone forestier vole sous la couche nuageuse et distingue chaque couronne, à condition d’envoyer quelqu’un sur place. Le satellite dit où regarder ; le drone confirme, parcelle par parcelle. Le DSF le répétait : détecter tôt, récolter vite.

Pour la détection des départs de feu, autre sujet avec ses propres règles, voyez notre dossier sur le drone et l’incendie de forêt.

Reboisement par drone : transporter, oui ; semer du ciel, c’est autre chose

Derrière l’expression « reboisement par drone », on range deux métiers très différents. Le premier, le transport de plants par drone jusqu’aux planteurs, c’est ce que font les Karusuke. Le second, plus spectaculaire, consiste à lâcher des graines ou des capsules de semences depuis les airs. Juridiquement, ce second cas porte un nom : le largage.

En catégorie ouverte, la porte est fermée : un drone forestier qui laisse tomber quoi que ce soit en sort aussitôt. En catégorie spécifique, l’évaluation de risque prédéfinie PDRA-G01 de l’EASA, reprise par la DSAC dans son tableau PDRA-G01, interdit le largage de matériaux, sauf pour des articles liés aux activités agricoles, horticoles ou forestières. Le reboisement par drone fait donc partie des cas prévus, à condition de rester dans le cadre de ce PDRA ou d’une autorisation fondée sur une analyse SORA.

Reste une zone grise. Un crochet qui s’ouvre une fois la charge posée au sol, est-ce un largage ? Le tableau ne tranche pas. Le plus sûr : décrire précisément la manœuvre dans votre manuel d’exploitation et laisser la DSAC se prononcer. Franchement, mieux vaut une question en trop qu’un procès-verbal.

Transport de charge en forêt : ce que la réglementation française impose

Comme le rappelle la foire aux questions de l’EASA, la catégorie ouverte suppose un drone de moins de 25 kg au décollage, à vue, à 120 m au plus, qui ne transporte aucune marchandise dangereuse et ne largue rien. Avec 24 kg à vide hors batteries, un Karusuke 25 dépasse ce seuil dès qu’on lui accroche une charge. L’EASA cite d’ailleurs la masse supérieure à 25 kg et le largage parmi les exemples types de la catégorie spécifique.

Laquelle offre peu de raccourcis. Le ministère chargé des transports le précise : les scénarios nationaux S-1 à S-3 n’existent plus depuis le 1er janvier 2026, et les scénarios européens STS-01 et STS-02 exigent des drones de classe C5 ou C6. Les PDRA-S01 et S02 s’arrêtent à 25 kg. Reste le PDRA-G01 (moins de 3 m, moins de 34 kJ d’énergie cinétique, vol hors vue au-dessus de zones faiblement peuplées, sous 150 m, en espace aérien non contrôlé) ou une demande SORA complète.

Tableau des règles du drone forestier selon la mission : observer, transporter ou larguer
Observer, transporter, larguer : trois missions, trois niveaux d’exigence réglementaire.

Dernier étage, purement français : au-delà de 25 kg, un drone forestier n’échappe plus à l’immatriculation, en vertu de l’article L6111-1 du code des transports, en vigueur depuis le 1er avril 2022. Parachute, zone tampon, assurance, marques d’immatriculation : notre dossier sur le drone de transport de charge en France détaille chaque exigence. Retenez une chose : en forêt comme ailleurs, le transport de plants par drone se prépare avec la DSAC, pas avec le vendeur.

Voler en forêt : zones protégées, faune et été à risque

Pour la simple observation, un petit drone forestier suffit souvent. Une parcelle éloignée des habitations se prête bien à la sous-catégorie A3, qui impose de ne survoler personne et de rester à 150 m des personnes étrangères au vol comme des zones urbaines. Le détail figure dans notre guide de la catégorie ouverte.

La forêt n’est pas pour autant un terrain libre. Avant chaque vol, consultez la carte des restrictions UAS sur Géoportail. Beaucoup de massifs se trouvent aussi dans des espaces protégés, et le vol en parc national obéit à des règles propres au cœur de parc.

Pensez enfin aux animaux. Le PDRA-G01 demande à l’exploitant des consignes pour réduire les nuisances, bruit compris, pour les personnes et pour la faune. Un hexacoptère de plus de 100 kg ne passe pas inaperçu. Et l’été, la prudence s’impose : en 2016 déjà, dans l’Ain et la Savoie, des départs de feu avaient conduit à des arrêtés interdisant l’accès aux massifs. Avant un vol estival, vérifiez donc les arrêtés de la préfecture.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un drone forestier ?

C’est un drone employé pour gérer la forêt : observation des peuplements, inventaire, suivi sanitaire, appui aux plantations ou transport de matériel. Un drone forestier peut être un petit quadricoptère photo comme un gros porteur du type Karusuke 55 de Mazex. Les règles changent du tout au tout selon la masse et selon que quelque chose pend ou tombe sous l’appareil.

Peut-on transporter des plants avec un drone de loisir en France ?

Seulement si la masse totale, charge comprise, reste sous 25 kg et sous la limite de la classe du drone, et si rien n’est largué. Or ces limites sont basses : moins de 900 g pour un drone de classe C1, selon l’EASA. Pour de vrais sacs de plants, il faut passer en catégorie spécifique, avec une autorisation de la DSAC.

Le reboisement par drone par largage de graines est-il autorisé ?

Pas en catégorie ouverte. En catégorie spécifique, le PDRA-G01 admet le largage d’articles liés aux activités agricoles, horticoles ou forestières, dans ses propres limites (moins de 3 m, moins de 34 kJ, zones faiblement peuplées). Au-delà, l’autorisation obtenue par une analyse SORA doit prévoir le largage noir sur blanc.

Les drones Mazex Karusuke sont-ils vendus en France ?

Les annonces de Sumitomo Forestry et de Mazex ne concernent que le Japon, où le Karusuke 25 coûte 1,9 million de yens hors taxes. Un exploitant français qui voudrait un tel appareil devrait de toute façon obtenir une autorisation de la DSAC et faire immatriculer tout drone de plus de 25 kg.

Sources

  • EASA : FAQ de la catégorie ouverte
  • EASA : la catégorie ouverte et ses classes
  • EASA : la catégorie spécifique
  • DSAC : tableau PDRA-G01, version 1.2
  • Ministère des Transports : drones en catégorie spécifique
  • Code des transports, article L6111-1 (Légifrance)
  • IGN : Inventaire forestier national 2026
  • ONF : les forêts françaises sous monitoring
  • ONF : renouvellement forestier
  • DSF (ministère de l’Agriculture) : crise scolytes, bilan fin 2021
Lu 6
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Nicolas s'occupe du matériel et du terrain : nouveaux drones, voilures fixes, batteries, caméras, et les salons et manifestations où l'on peut les voir voler. Il vérifie les chiffres annoncés par les constructeurs avant de les reprendre et signale ce qui relève encore du prototype. Il suit aussi les essais de drones hors vue et en longue élongation. Au-delà de ces sujets, Nicolas couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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