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Accueil Pilotage et prise de vue

Skyplanr : un plan de vol drone écrit par l’IA, et ce qu’il reste à vérifier en France

Evelyne Par Evelyne
3 novembre 2026
dans Pilotage et prise de vue
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Tablette affichant une route de points de passage autour d'un bâtiment, à côté d'un drone replié, sur une table face aux toits d'un village

Skyplanr est un planificateur norvégien en ligne : vous décrivez le travail en une phrase, une IA écrit les points de passage, 106 contrôles vérifient le résultat, et la mission part vers DJI Fly, DJI Pilot 2 ou Litchi. En France, il lit la carte DGAC, pas les NOTAM ni les SUP AIP. La décision de voler reste la vôtre.

Nous n’avons pas fait voler cet outil : ce qui suit vient des pages de l’éditeur, lues le 3 novembre 2026, et des textes français et européens. Et une coche verte n’enlève rien à vos vérifications.

Skyplanr : de la consigne écrite à la mission par points de passage

Skyplanr est édité par Apperio AS, une société de Mjøndalen, en Norvège. Sander Helgesen, qui réalise des prises de vue immobilières avec DJI Fly sur iPhone, l’a lancé pour préparer ses propres missions.

La page d’accueil décrit trois gestes. Vous choisissez une cible (bâtiment, mât, falaise, zone à cartographier). Vous dites ce qu’il vous faut, par exemple « Inspect the roof and the facade towards the square », soit le toit et la façade côté place. Le plan revient avec un aperçu en 3D, une fiche de conditions pour le créneau choisi et la raison de chaque prise de vue.

Télépilote de dos dans une cour de ferme, radiocommande en main, suivant des yeux son drone près d’un toit en ardoise
Une mission par points de passage se prépare au sol, mais le vol se surveille à l’œil nu. Image d’illustration.

L’éditeur cite une toiture à Drammen : DJI Mini 4 Pro, 47 points de passage, 45 photos, 9 min 13 s de vol. L’agent IA, construit sur les modèles Claude d’Anthropic d’après la page technique, met 6,7 minutes en médiane, mesure faite sur 4 missions de test seulement.

Le plus intéressant vient après l’IA. Un programme séparé, à règles fixes, passe 106 contrôles à chaque point de passage et tous les 2 m le long de chaque segment. Certains bloquent le plan : moins de 5 m d’un bâtiment ou d’un obstacle mesuré au laser, temps de vol au-delà de 70 % de l’autonomie annoncée. D’autres se limitent à une alerte.

Ce découpage nous paraît être la meilleure idée de Skyplanr : si le modèle se trompe, il ne peut pas enregistrer un plan que les règles refusent. Il n’en sort quand même qu’un avis.

Drone IA ou vol automatique : où se situe Skyplanr

L’expression « drone IA » mélange deux choses que le droit européen sépare. L’EASA l’explique dans sa foire aux questions : un drone automatique suit une route définie avant le vol, avec un télépilote capable de reprendre la main ; un drone autonome gère seul l’imprévu, grâce à l’IA, sans intervention humaine. Le premier est admis dans toutes les catégories. Le second est interdit en catégorie ouverte.

Skyplanr tombe du bon côté de la ligne, parce que son IA travaille au sol, avant le décollage. En vol, DJI Fly déroule un fichier figé. Le guide de la DGAC sur la catégorie ouverte (version du 26 juillet 2026, § 9.4) pose la condition : le vol automatique est autorisé sous la surveillance du télépilote, qui doit pouvoir reprendre le contrôle manuel à tout moment. Radiocommande en main, donc, et regard sur le drone, du premier au dernier point.

L’IA appliquée à la préparation des vols n’a rien de neuf : nous avions présenté le projet européen FlightAI, qui automatise les plans de vol et l’analyse de risque.

Ce que Skyplanr lit pour un vol en France

L’interface est en anglais ou en norvégien, et la promesse tient en une phrase : « Planned anywhere. Measured best in Norway. » La France figure pourtant parmi les pays mieux servis, car elle publie ses données. Quand les hauteurs sont estimées, la route garde 30 m au-dessus du relief voisin. Sur un relevé laser récent, France comprise, les contrôles « can use the full rules » : le plan peut passer plus près.

DonnéeSource citée par l’éditeur pour la FranceCe qui peut lui échapper
Relief et bâtimentsIGN au mètre, BD TOPO (édition du 15 juin 2026)Constructions récentes, grues
ArbresLiDAR HD, relevés de 2021 à 2025Croissance depuis le relevé
Mâts, lignes électriquesSeulement s’ils sont cartographiésCe qui n’y figure pas
Zones dronesCarte DGAC, édition créditée du 1er juillet 2025Zones temporaires, NOTAM
MétéoMET Norway, modèle d’environ 9 kmVent en hauteur estimé, jamais mesuré

Skyplanr crédite la carte DGAC dans son édition du 1er juillet 2025. Or la fiche officielle de cette couche affiche une révision du 30 juillet 2026, et le flux de la Géoplateforme annonce une édition de juin 2026. Simple crédit resté en l’état, ou données vieilles d’un an ? Nous n’avons pas la réponse. La carte qui compte est celle que vous ouvrez vous-même.

Cinq vérifications qui restent au télépilote français

Les conditions d’utilisation ne laissent aucun doute : un plan Skyplanr n’est jamais une autorisation, une clairance ni une garantie. Voici ce que cela laisse à votre charge en France.

Schéma comparant ce que Skyplanr contrôle et ce que le télépilote doit vérifier en France avant le vol
Ce que Skyplanr contrôle et ce qui reste à votre charge.

La carte officielle, sur Géoportail

Le guide DGAC est net : la carte des restrictions doit être consultée avant tout vol. Près d’un aérodrome, le plafond tombe à 30, 50, 60 ou 100 m selon la distance et le type de piste (annexe I de l’arrêté Espace) ; notre article sur l’altitude légale d’un drone amateur détaille ces cas. La carte a ses angles morts : contour des agglomérations indicatif, hélistations privées absentes, nidification non représentée.

NOTAM et SUP AIP, le jour même

Skyplanr l’écrit dans sa FAQ : il ne lit ni les NOTAM ni les restrictions temporaires. La carte non plus. Elle « n’est pas dynamique », précise la DGAC, qui renvoie au site du Service de l’information aéronautique. À vous de chercher, avec la date et l’heure du vol. Si le format rebute, notre guide montre comment lire un NOTAM champ par champ, et celui sur les zones temporaires explique ZRT, ZDT et ZIT.

L’article 4 de l’arrêté Espace

L’article 4 de l’arrêté du 3 décembre 2020, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, écarte les drones des zones interdites (sauf conditions de pénétration publiées) et des zones réglementées ou dangereuses (sauf autorisation publiée ou accord du gestionnaire désigné). Même chose près des pistes et dans l’emprise des aérodromes, sauf accord du contrôle, du service d’information de vol ou de l’exploitant.

Dans Skyplanr, une zone interdite, réglementée ou contrôlée bloque le plan, « unless you’ve declared a permit » (sauf si vous déclarez une autorisation). Déclarer dans un logiciel n’en crée aucune : l’accord vient de l’organisme que l’arrêté désigne.

Les 120 m et la vue directe

Le règlement (UE) 2019/947 impose de rester à 120 m au plus du point le plus proche de la surface de la Terre, drone en vue directe. Or DJI Fly compte depuis le décollage, et sur une pente les deux mesures divergent. Skyplanr calcule ses hauteurs à partir du relief et prévient au-delà de 120 m au-dessus du sol. Il prévient seulement.

Le seuil de 500 m depuis le décollage est une alerte de Skyplanr, sans valeur réglementaire. La DGAC rappelle (§ 9.3 du guide) que la réglementation européenne ne fixe aucune distance maximale : vous devez voir le drone assez clairement pour juger de sa distance aux obstacles et aux personnes, à l’œil nu, sans retour vidéo. Et une orbite autour d’un bâtiment passe derrière lui : à vous de voir si la boucle reste à vue, quitte à déplacer le décollage.

Agglomération et zone peuplée

C’est ici que l’exemple « toit et façade côté place » coince le plus. L’article 5 de l’arrêté interdit en principe le survol de l’espace public en agglomération, sauf activité professionnelle de l’exploitant ou lieu autorisé par le préfet. Pour un vol professionnel en zone peuplée, l’article 6 impose une déclaration préalable au préfet, avec un préavis de dix jours ouvrables, sur AlphaTango ou par le CERFA 15476. La zone peuplée commence, pour la DGAC, à moins de 50 m d’une agglomération des cartes aéronautiques ou à moins de 150 m d’un rassemblement de personnes.

Le « plan de vol » de Skyplanr n’y change rien : ce fichier de mission est sans rapport avec les démarches de notre guide du plan de vol drone obligatoire, et nous n’avons trouvé cette déclaration sur aucune page publique en anglais de l’éditeur.

Reste le terrain, que le logiciel ne voit pas le jour du vol : le règlement vous demande d’observer les lieux, les obstacles et les personnes présentes. Votre sous-catégorie fixe les distances : 30 m en A2 (5 m avec la fonction basse vitesse), 150 m des zones résidentielles, commerciales, industrielles et récréatives en A3. En espace privé en agglomération, il faut l’accord de l’occupant. Dans Paris, tout vol extérieur est interdit, jardins privés compris. Ces points ont leur place dans une checklist prévol drone.

Logiciel plan de vol drone : les exports vers DJI Fly, DJI Pilot 2 et Litchi

ApplicationFichierDrones indiqués par l’éditeur
DJI FlyKMZ installé dans l’applicationMini 4 Pro, Mini 5 Pro, Air 3, Air 3S, Mavic 3 Pro, Mavic 4 Pro
DJI Pilot 2KMZ pour la radiocommandeSéries Matrice 30, Matrice 4 et Mavic 3 Enterprise
Litchi, QGroundControlCSV, .plan, KML, GeoJSONAutres drones et applications

DJI Fly n’a aucun bouton d’import. Vous créez une mission de deux points, vous fermez l’application, puis le fichier de Skyplanr remplace le sien sous le même nom. L’application iPhone s’en charge, le DJI RC et le RC 2 passent par USB. Relisez ensuite chaque point dans DJI Fly : la vignette montre l’ancien tracé tant que la mission n’est pas ouverte.

D’autres limites tiennent à DJI Fly, d’après l’éditeur : 200 points par mission, pas de reprise après un changement de batterie, pas de suivi de terrain. Skyplanr découpe donc les gros travaux en plusieurs vols depuis le même décollage. Les hauteurs comptant depuis ce point, décollez de l’endroit prévu, sinon la route entière monte ou descend de la différence de niveau du sol.

Face à un logiciel plan de vol drone classique, le point de départ change. Avec Litchi Hub, vous construisez la mission vous-même. Ici, vous l’écrivez, puis vous corrigez les points, et les contrôles repartent aussitôt. Pour la cartographie, Skyplanr annonce une précision absolue de 1 à 3 m sans RTK.

Prix de Skyplanr au 3 novembre 2026

FormulePrix hors TVAPlans IA
Free0 €3 par mois, sans carte bancaire
Pilot24 € par mois ou 240 € par an10 par mois
Team (accès anticipé)29 € par siège et par mois10 par siège, partagés
Crédits, sans expiration3 € l’unité, 25 € les 10, 55 € les 25Utilisés après ceux du mois

Ces chiffres viennent de la page tarifs, lue le 3 novembre 2026 (vérification indiquée au 20 octobre). Un plan IA correspond à une mission pour une cible. Les demandes de changement, les imports et les exports ne comptent pas, et les plans du mois non utilisés ne se reportent pas.

Un outil très jeune : à qui il peut servir, avec quelles réserves

Le compteur public de Skyplanr démarre le 29 septembre 2026. Il affichait 417 plans contrôlés le 3 novembre, dont 188 en Norvège. Le traitement des photos (gratuit pour l’instant) et l’installation par USB portent encore l’étiquette bêta, l’application pour RC Pro est en développement. Rien de honteux à ce stade, mais c’est peu pour juger la fiabilité sur le terrain français.

Lisez aussi les conditions : service fourni tel quel, responsabilité écartée pour les dommages liés aux vols autant que la loi le permet, droit norvégien applicable sans retirer la protection que votre pays accorde aux consommateurs. Comptes et missions sont stockés à Stockholm, mais la consigne et le contexte cartographique partent chez le fournisseur du modèle, et plusieurs prestataires sont aux États-Unis. Pour un site client sensible, mieux vaut le savoir.

À qui cela peut servir ? Au télépilote qui vole déjà avec un drone de la liste DJI Fly et prépare des missions répétitives, en zone dégagée ou sur un site privé avec accord. Le gain porte sur le placement des points, la découpe par batterie et la lecture du relief. La partie administrative ne bouge pas d’un jour. Les trois plans gratuits suffisent pour juger sur un site que vous connaissez : regardez où Skyplanr place le décollage, et comparez avec ce que vous auriez fait à la main.

Foire aux questions

Skyplanr est-il gratuit ?

En partie. La formule Free donne 3 plans IA par mois, sans carte bancaire, et les exports comme l’éditeur de points sont gratuits sur toutes les formules. Au 3 novembre 2026, Pilot coûte 24 € hors TVA par mois pour 10 plans.

Skyplanr vérifie-t-il les NOTAM en France ?

Non. L’éditeur l’indique lui-même : l’outil ne reçoit ni NOTAM ni restriction temporaire en direct. En France, il s’appuie sur la carte DGAC, qui ne montre pas les zones temporaires. Le site du Service de l’information aéronautique est à consulter avant chaque vol.

Un drone IA peut-il voler seul en catégorie ouverte ?

Non. L’EASA exclut les drones autonomes de la catégorie ouverte. Un vol automatique y est permis si le télépilote surveille le vol et peut reprendre la main à tout moment, drone en vue directe. Une mission écrite par une IA puis déroulée par DJI Fly relève, à notre lecture, de ce second cas.

Skyplanr remplace-t-il un logiciel plan de vol drone comme Litchi ?

Pas forcément. Il écrit la mission à partir d’une consigne, puis exporte un CSV pour Litchi, un KMZ pour DJI Fly ou DJI Pilot 2. Il ne pilote rien : l’application de vol est celle que vous utilisez déjà.

Sources

  • DGAC, guide de la catégorie Ouverte, édition 2, version 1.1, 26 juillet 2026
  • Ministère chargé des transports, exploitation de drones en catégorie ouverte
  • Géoportail, Restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme
  • cartes.gouv.fr, fiche DGAC_RESTRICTIONS-UAS
  • Arrêté du 3 décembre 2020, version consolidée lue le 3 novembre 2026
  • Règlement d’exécution (UE) 2019/947, version consolidée du 1er mai 2025
  • EASA, foire aux questions n° 116449
  • Service de l’information aéronautique
  • Registre norvégien des entreprises, Apperio AS
Lu 3
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Evelyne s'intéresse aux lieux où l'on vole : spots de vol, littoral, sites naturels et patrimoine vu du ciel. Avant de recommander un endroit, elle vérifie les restrictions qui s'y appliquent, zones militaires, parcs naturels ou espaces en mer. Elle couvre aussi les zones créées pour les drones d'État le long des côtes et leurs effets sur les vols de loisir. Au-delà de ces sujets, Evelyne couvre aussi d'autres domaines du drone, de la réglementation aux usages professionnels et de loisir.

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